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Entretien avec Yom, explorateur musical

Yom, clarinettiste tout-terrain

Entretien avec Yom, explorateur musical - Zibeline

Le musicien revient à la Mesón pour Eternelle Odyssée, en trio acoustique.

On l’a découvert en agitateur du klezmer puis en gourou électro-rock, accompagné par ses Wonder Rabbis. Yom n’en finit pas d’explorer. À commencer par lui-même.

Entretien.

Zibeline : Parlez-nous de cette nouvelle aventure.

Yom : La pièce s’appelle Eternelle Odyssée. C’est une sorte de suite au Le Silence de l’exode et esthétiquement on ne peut pas nier une fraternité. Je suis entouré de Régis Huby au violon et Frédéric Deville au violoncelle. Après m’être inspiré de l’Ancien Testament, cette fois c’est une mise en parallèle entre l’Odyssée d’Ulysse et celles de personnes qui se retrouvent à traverser le monde pour survivre à des conflits, aux changements climatiques… D’un côté du miroir, un héros mythologique de la culture occidentale ; de l’autre, des anonymes absolus qu’on a plutôt tendance à refouler aux frontières alors qu’ils font des choses héroïques. Tout ça dans un esprit de voyage et de transe.

Quel a été votre cheminement, de vos débuts klezmer aux expérimentations qui ont suivi ?

J’ai décidé de jouer de la clarinette quand j’avais 5 ans, en écoutant Pierre et le loup. Il y a plus original. J’ai découvert que mon grand-père paternel, que je connaissais à peine, avait été clarinettiste dans les bals des mines du Nord de la France. J’ai donc commencé à jouer avec son instrument qui lui avait 72 ans. Je suis juif par ma mère, originaire de Transylvanie. Son père était communiste et athée. Il y avait une distance vis-à-vis du judaïsme. J’ai voulu opérer un retour vers mes racines. Venant du classique, je me suis rapidement rendu compte qu’il y avait deux façons d’entrevoir le klezmer : soit on mettait cette musique dans un musée et on la jouait telle quelle parce qu’elle avait failli mourir au XXe siècle ; soit on avait une attitude plus artistique, moins conservatrice. Je ne me considère pas comme détenteur d’un savoir ancestral qui m’aurait été transmis de génération en génération. Et je n’ai aucune raison de rester bloqué dans une forme de tradition, qui serait d’ailleurs totalement factice puisque cette tradition a disparu puis a été ressuscitée à New York dans les années 70. Le klezmer est une musique de concert, qui s’aventure dans plein de territoires. David Krakauer l’a depuis longtemps mélangé au funk, au hip-hop. C’est dans cette zone de créativité que j’essaie de m’inscrire.

Vous êtes fils de psychiatre et de psychanalyste…

Ça amène forcément une forme de recul sur la manière dont on va aller chercher ses racines. Dire « je suis clarinettiste klezmer » ou « je suis juif » est une manière simple et rassurante d’exister. Dès 19 ans, il a fallu que je cherche autre chose. D’ailleurs, je cherche encore et je suis loin d’avoir trouvé. Les rencontres avec des musiciens comme Wang Li (guimbarde et flûte, ndlr) ou Baptiste-Florian Marle-Ouvrard (l’organiste de l’église Saint-Eustache à Paris, ndlr) m’ont ouvert une fenêtre sur un monde radicalement différent du mien. Cela m’a fait comprendre qu’on ne doit s’installer dans rien. Ce n’est pas un chemin de tout repos, mais c’est celui que j’ai décidé d’emprunter.

Vos prochaines explorations ?

Il y en a moult ! À commencer par des variations autour du trio que l’on va élargir dans un premier temps en quatuor à cordes plus la clarinette. Un projet avec des musiciens d’Inde d’où je reviens. Un autre dans la danse contemporaine. Et, même si ce n’est pas pour tout de suite, je commence à travailler un duo avec un jeune chanteur égyptien exceptionnel, Abdullah Miniawy.

Tous ces projets seront-ils transposés sur le plan discographique ?

Je trouve dommage de scinder mon travail en plusieurs projets comme s’ils ne pouvaient pas communiquer entre eux. J’ai envie de rassembler tous mes univers dans une œuvre continue, plus symphonique, où l’instrumentation changerait, de plage en plage. Pour moi, tout est uni.

LUDOVIC TOMAS
Mai 2019

À venir
18 & 19 mai
La Mesón, Marseille

Photo : Yom (c) Sylvain Gripoix


La Mesón
52 rue Consolat
13001 Marseille
04 91 50 11 61
http://lameson.com/