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La contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux fait un passage à Marseille

Voyage vocal et poétique

• 5 novembre 2018 •
La contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux fait un passage à Marseille - Zibeline

Pour sa toute première date à Marseille, la contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux propose un récital Goethe-Baudelaire à La Criée le 5 novembre. Ambitieux, foisonnant et généreux : le programme ressemble en tous points à son interprète !

Comment vous est venue l’idée de partir des textes, et non pas de la musique, pour articuler votre concert ?

J’aime avoir une ligne conductrice. J’ai voulu proposer des choses inédites. Je me suis rendu compte que j’avais peu chanté Goethe. J’avais chanté les Rückert Lieder, du Schiller… Par exemple, Marguerite au Rouet, ça avait été tellement chanté, je n’osais pas ! Et puis, l’année dernière, j’avais créé un programme, plus long, consacré exclusivement à Baudelaire. C’était un projet que je partageais avec un comédien. J’ai voulu le repenser dans une optique purement musicale. Je me demandais : qui peut rivaliser avec Baudelaire ?

L’œuvre de Goethe vous semble comparable à celle de Baudelaire ?

En termes d’ampleur, c’est évident. Baudelaire a toujours beaucoup compté pour moi. C’est le premier à avoir mis des mots aussi justes sur la dépression, sur le désespoir amoureux. Ça me touche. Il peut être donneur de leçons, mais je lui pardonne ! Il n’a pas peur d’aller dans une sensualité sans concessions, dans les odeurs, dans quelque chose de sale. « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or », ça veut tout dire ! Même si on ne retrouve pas toujours cela chez Goethe, en explorant son œuvre et ce qu’en ont fait les compositeurs, il y avait des liens. Notamment une omniprésence du voyage. J’ouvre le concert sur Kennst du das Land ? et je le clos sur La Vie Antérieure : c’est une façon de rappeler cette idée du voyage impossible, où l’on cherche ce qu’on n’arrivera plus jamais à atteindre.

Cette idée très romantique du voyage…

Oui, qui pourtant trouve des échos très différents selon les compositeurs ! Je suis allée vers les textes qui me parlaient mais surtout vers des musiques qui permettaient de les confronter à différentes ambiances, et pas toujours celles que connaissent les spectateurs. Les Lieder de Fanny Mendelssohn ne sont par exemple pas du tout connus, et c’est tellement dommage ! On attend peu de Beethoven dans ce genre, à tort.

Vous donnez de plus en plus de récitals. Est-ce celui dans lequel vous êtes le plus à l’aise ?

J’adore le récital, mais la santé c’est toucher à tout avec modération ! Je pense qu’être toujours face à moi-même me rendrait trop perfectionniste et trop soucieuse. L’opéra, ça permet de toucher à tellement de styles ! Le concert avec orchestre, c’est génial. Si je devais choisir : je pense que si je passais toute ma vie à chanter le Requiem de Verdi et Le Chant de la Terre de Mahler, je serais heureuse. Je n’aurais même pas besoin des applaudissements ! Tout l’univers est dans ces œuvres-là.

Et pas forcément dans le répertoire baroque, dans lequel on vous a beaucoup entendue ?

Je chante toujours du baroque, mais moins qu’à mes débuts. C’est terrible à dire, j’ai souvent eu un sentiment d’imposture sur ce répertoire ! Si j’y ai apporté quelque chose, ça a été malgré moi. Je pense que je peux faire quelque chose d’intéressant de Bach, ou de Vivaldi par exemple, mais avec Haendel je ne me sens pas à ma place. Quand je vois la facilité de Philippe Jaroussky ou de Sandrine Piau dans la légèreté des vocalises, je me dis que c’est quelque chose que je n’aurai jamais !

Vous n’allez pas me faire croire que vous regrettez votre voix !

Et pourtant ! En termes de tessiture, le contralto lyrique m’empêche de toucher à Amnéris ou à Eboli : j’ai des difficultés dans l’aigu… Mais je me satisfais rarement, c’est aussi ce qui me porte. Ce besoin de sortir de moi, et d’aller vers les autres. Je ne pense pas qu’on puisse chanter sans ça, sans la pleine conscience nécessaire à une présence sur scène. En tout cas, moi, je ne pourrais pas !

Entretien réalisé par SUZANNE CANESSA
Octobre 2018

À venir
Marie Nicole Lemieux
5 novembre
La Criée, Marseille

Photo : Marie-Nicole Lemieux © Manuel Cohen


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/