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Vu par Zibeline

Manuel Valls choisit La Friche pour parler culture à Marseille

Valls savoir pourquoi

• 9 février 2015 •
Manuel Valls choisit La Friche pour parler culture à Marseille - Zibeline

Le Premier ministre descend à Marseille ! Et veut rencontrer les acteurs culturels ! Pas seulement visiter les commissariats, les écoles, le sénateur maire, mais aussi la Friche ! Et en détails, de Zinc à l’expo Charlie, des grandes tables aux petits ateliers… Pas seulement faire régner l’ordre d’en haut, mais venir prendre exemple ! D’une expérience culturelle alternative ! Pas seulement parler éducation mais aussi culture ! Et art ! Et lien !

Malgré l’accueil à la kalachnikov le matin, Manuel Valls ne dériva pas d’un iota et servit aux acteurs culturels assemblés un discours résolument lyrique, conscient semble-t-il d’enjeux culturels nouveaux après l’électrochoc que la société française vient de subir.

Le ton a changé. Cette reconnaissance que la culture est «un rempart» et pas «un supplément d’âme», qu’elle doit être placée «au cœur de nos politiques publiques», ce constat est nouveau et persiste depuis un mois. Le choix de la Friche «loin d’une culture évanescente» qui «fait le lien entre le quartier et l’art» et veut «abattre les cloisons entre les disciplines culturelles», le choix de Marseille «terreau particulièrement fertile», «porte ouverte sur le monde», qui a su en 2013 «vibrer d’une émotion collective», l’affirmation que «la culture est une arme de citoyenneté pour peu que l’on fasse une place aux artistes dans la société», tout cela est de bon augure….

Pourtant… Sait-il, notre Premier ministre, quand il affirme que les collectivités doivent financer la culture, que la baisse des dotations d’État les asphyxie ? Sait-il quand il affirme que «le budget de la culture n’a pas baissé cette année», que cette analyse est discutable selon les champs d’intervention observés, et qu’il est urgent de compenser les coupes précédentes ? Sait-il quand il fait l’apologie de la culture marseillaise que les budgets décentralisés sont en chute libre, qu’ils transforment les services de l’État en région en marionnettes impuissantes ? Sans doute le sait-il, se disent les artistes marseillais rassemblés. Car sinon, pourquoi serait-il là ? Un Premier ministre se déplace-t-il, rassemble-t-il toute une profession avec préfets et ministres d’État sans annoncer aucune mesure, aucun changement politique ?

Le gouvernement de Manuel Valls affirme que «les établissements culturels prennent leur part dans l’éducation de la citoyenneté» et font «rayonner la France dans le monde». Pour que cela continue, pour que cela recommence, il faut cesser de les appauvrir. Et prendre des mesures concrètes. En commençant par y consacrer à nouveau 1% du budget de l’État, et en veillant à une répartition territoriale moins caricaturalement inégalitaire…

Le monde de la culture attend du gouvernement socialiste qu’il prenne la mesure des enjeux économiques et humains de la destruction opérée par les politiques austéritaires successives, par les demandes absurdes de rentabilité exigées des établissements culturels subventionnés, par les crédits ridicules alloués aux politiques d’éducation artistique malgré les déclarations d’intention appuyées. Si le problème de l’indemnisation de l’intermittence semble en voie de se résoudre, celui de la baisse sidérante des subventions qui réduit impitoyablement les marges artistiques des établissements culturels et a déjà vu disparaître les structures les plus fragiles, ne laisse aucune place à la créativité nécessaire, sans parler d’idées nouvelles …

AGNÈS FRESCHEL
Février 2015

Photo : Alain Arnaudet, directeur de La Friche, expose la maquette de La Friche à Manuel Valls, Najat Vallaud-Belkacem et Bernard Cazeneuve -c- Caroline Dutrey