Une troupe est une utopie

 - Zibeline

Charles-Éric Petit et sa compagnie l’Individu créent le Songe d’une nuit d’été au Théâtre Gyptis. Rencontre avec un metteur en scène que l’on dit jeune dans un milieu par trop vieillissant, mais qui en fait possède une belle maturité artistique ! Même si les conditions économiques actuelles le maintiennent dans ce qu’on appelle pudiquement l’émergence…

Zibeline : Pourquoi, alors que l’on vous connait plutôt défenseur de textes contemporains et auteur de vos propres formes, avez-vous choisi de monter cette pièce de Shakespeare ?

Charles-Eric Petit : C’est l’aboutissement d’un trajet, il n’y a pas de hasard : cette pièce est un manifeste pour l’imaginaire. Pour le théâtre aussi, fait par des artisans, par le peuple, par nous-mêmes, qui sommes jouets des nobles et des fées. Face à eux nous avons de faibles moyens, notre savoir faire de techniciens, et nous construisons comme les personnages du songe une fable sur le principe de celle de Shakespeare.

 Mais vous jouez le texte du Songe ?

Oui, nous respectons entièrement la dramaturgie de Shakespeare, même si il y a quelques sorties de route… mais nous la mettons en boîte dès l’entrée des spectateurs, avec un prologue et un épilogue : Oberon et Titania, concrètement, dès l’entrée du public, vivent une crise de couple. Le Songe sort de cette crise, et le théâtre est la maison où ils habitent. Cela finit sur un champ de ruine de théâtre, dans un appartement constitué de la récup de théâtre, prêté par le Gyptis, l’Erac. On a pillé ici où là des idées, du matériel, des ustensiles, la fable de Pyrame et Thisbée sort d’un projecteur diapo…

…vous mettez en scène la misère des troupes ?

Oui, la troupe est une utopie. Pour Shakespeare des artisans amateurs, pour nous un champ d ruine, une impossibilité…

Il y a donc de l’autofiction, encore, là-dedans

Comme dans mes autres mises en scène. On part de soi, de sa vie personnelle, sans les figurer. Des biographies des acteurs. Et des textes. Des fonds de décors, des vestiges. Et on fabrique, on cultive le fantasme d’une troupe, et on le met concrètement en scène. Cela devient une crise de couple dans un théâtre.

Dirigé par un couple, qui va partir… est-ce un hasard ?

Il n’y a pas de hasard ! Mais disons que ce n’est pas cette crise-là que j’ai consciemment évoquée !

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL

Nota bene : un service de navette est mis en place à la sortie du spectacle … allez y en bus !

Cinéma Le Gyptis
136 rue Loubon
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