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Nouveaux services à la Régie culturelle régionale de Provence-Alpes-Côte d'Azur

Une régie au service des artistes

Nouveaux services à la Régie culturelle régionale de Provence-Alpes-Côte d'Azur - Zibeline

La Régie culturelle régionale ouvre de nouveaux services et élargit ses productions. Pour renforcer un secteur ou affirmer sa maîtrise ?

La Régie culturelle régionale est une ressource bien connue des artistes et des opérateurs culturels. Son parc de matériel permet aux compagnies et aux organisateurs de faire des économies substantielles en louant à bas prix, ponctuellement, du matériel technique de spectacle et de tournage.

Il est aujourd’hui augmenté par de nouvelles acquisitions : confrontés au surcoût engendré par les mesures obligatoires de sécurité qui restent à leur charge, les structures organisatrices d’événements d’arts de la rue ont singulièrement réduit les événements dans l’espace public. L’acquisition de barrières de sécurité va redonner les moyens, aux arts de la rue mais aussi aux festivals, de programmer sans ce surcoût : louées pour 120 € par jour au lieu de plus de 1000 € dans les parcs de matériel privés, les barrières peuvent arrêter les éventuels véhicules lancés dans la foule. Alternatives efficaces aux murs de béton, elles ne bouchent pas la vue, sont aisément montables et démontables, se transportent en camionnettes…

Une initiative tout à fait emblématique de la mission principale que se fixe la Régie culturelle : Laurent Genre, son directeur, précise qu’il s’agit d’aider « avant tout les associations émergentes et les petites municipalités ». C’est-à-dire ceux qui, ponctuellement, ont besoin de podiums, de gradins, d’éclairages, de sonorisation, mais aussi de câbles, d’instruments de musique, de vitrines d’exposition, de matériel de tournage : un piano à queue se loue 106 € par jour, un pupitre d’orchestre 72 centimes ! Il s’agit, de fait, d’une « modeste participation aux frais de maintenance ». C’est ainsi qu’en 2018 le parc de location a répondu aux demandes de 1265 associations et 227 collectivités locales.

Dans le même esprit de service, les containers dans lesquels les compagnies peuvent stocker leurs décors, leurs costumes, leur matériel, entre deux représentations, sont louées 10 € par jour : le « village » de 50 containers est constamment occupé, et il s’agit aujourd’hui pour la Régie d’augmenter son offre.

Espace de travail

Ce parc de matériel est situé pour l’essentiel à Bouc-Bel-Air (13) mais aussi à Saint-Laurent-du-Var (06) et à Veynes (05) : la volonté de Christian Estrosi, Président de la Régie, est de « contribuer à une meilleure répartition de l’offre culturelle sur le territoire ». Car en dehors des missions d’assistance technique et de prêt de matériel, la Régie offre à Bouc-Bel-Air des espaces de répétition destinés à « finaliser les créations » : la Ruche (60 m2 avec cabine régie et prise de son) se loue 10 € par jour. L’Atelier, boite noire de 240m2, toute équipée, réservée aux professionnels sélectionnés sur dossier, se loue 1500 € pour 3 semaines. Une véritable aubaine pour le spectacle vivant, mais aussi pour les tournages. Les deux équipements totalisent en 2018 448 jours d’utilisation.

Il s’agissait donc d’augmenter l’offre. Ce qui va être fait, à Bouc-Bel-Air, en ouvrant une nouvelle salle d’accueil des artistes du type de la Ruche (70 m2) ainsi que deux studios à destination des plasticiens. Michel Bissière, Conseiller régional en charge de la création artistique, soulignait la volonté de la Région de couvrir tous les champs de la création : 40 plasticiens par an pourront être accueillis pour une durée de 15 jours.

Il expliquait également la volonté d’équité territoriale de la Région : il s’agit aujourd’hui de développer les antennes pour les alpins et maralpins. L’antenne de Saint-Laurent-du-Var, en mal d’espace, va être déplacée à Nice, afin de créer, dès 2019, un autre village de containers et 2 salles de répétition. Pour ce qui est de Veynes, le stockage en container n’est pas envisagé pour des raisons climatiques, mais une salle de répétition de 150 m2 sera ouverte en 2020.

Les productions de la Régie

Les services rendus aux petites villes et associations sont hérités des mandatures de Michel Vauzelle et gérés intelligemment dans la continuité et le développement, sans volonté systématique de rupture. Il en est de même pour ce qui est de la production : elle reprend et développe deux dispositifs, et en invente un troisième.

Les Scènes de Bistrot, tournées artistiques dans les Bistrots de pays, inventées en 2013, se sont considérablement développées. Deux fois par an dorénavant des artistes de la région se déplacent en tournée dans le réseau des bistrots labellisés des villes de moins de 2000 habitants. Un dispositif qui permet de soutenir à la fois le développement territorial et la création contemporaine régionale.

Les grandes expositions photographiques qui auront lieu en 2019 s’inscrivent également dans cette continuité : le guide Terre de Festivals, publié chaque année par la Région alors PACA, n’a plus d’édition papier et le site culturo.fr a pris le relais de l’information auprès du public. Ce guide papier était illustré par des étudiants de l’École Nationale Supérieure de Photographie (ENSP) d’Arles : la Région, qui rétribuait les étudiants et achetait les photographies de son guide, possède donc un fonds de plus de 4000 photographies des festivals, mais aussi des paysages régionaux qui les accueillent. Cet été, la Régie culturelle produira une grande exposition qui se déploiera d’abord à Avignon (du 28 mai au 13 juin) puis à Arles durant les rencontres de la photographie (du 1er juillet au 31 août) avant Marseille en octobre et novembre. L’occasion de souligner une continuité sans heurt.

Une politique régionale discutée

Car si la Régie culturelle, émanation de la Région désormais Sud, est au service des artistes, certaines autres décisions les impactent négativement : les subventions de nombre d’associations culturelles qui devaient être votées en mars sont reportées en mai, ce qui oblige les structures culturelles à naviguer à l’aveugle, et sans budget, pendant plus de la moitié de l’exercice, un vote en mai ne déclenchant le paiement qu’en juillet, au mieux. Renaud Muselier s’était engagé, lors des Assises régionales, à ne plus mettre les associations subventionnées dans ces situations paradoxales où elles risquent la cessation de paiement à cause des retards d’attribution des subventions.

De même, il est clair qu’à budget constant global une augmentation des moyens des agences régionales, Régie culturelle et ARCADE, entraîne, pour le reste, une diminution de l’enveloppe. Aussi l’accueil de ces nouvelles missions et ressources est-il mitigé parmi les opérateurs que nous avons interrogés : ils sont sensibles aux services rendus, attentifs aux coûts générés, mais surtout aux conséquences sur leurs budgets…

Opéra extra

Comme ils l’étaient, pour la plupart, sur le dispositif Extrapole, qui donne aux « gros » opérateurs de spectacle vivant, lorsqu’ils acceptent de se fédérer, des moyens supplémentaires par un apport en production de la Région. Un dispositif intelligent et efficace mais qui, à budget constant, grève automatiquement les ressources de ceux qui n’y participent pas.

Un dispositif semblable, peu ou prou, est mis en place par la Régie culturelle autour des 4 opéras régionaux : Nice, Marseille, Toulon et Avignon. Mais ce qui dans l’économie du théâtre pouvait être contesté est une évidence dans l’économie de l’opéra : il s’agit de faire tourner les productions plutôt que de les multiplier, et donc de faire des économies notables sur le coût des plateaux lyriques, des décors, des costumes, des répétitions… tout en s’appuyant sur les orchestres et les chœurs de chaque maison.

La première création, que la Régie culturelle coproduit à hauteur de 30%, est une production pour enfants : Pomme d’Api (Offenbach) et Le Singe d’une Nuit d’été (Serpette) sont d’ores et déjà programmés dans les 4 maisons durant la saison 2019/2020. Une version légère, avec transcription piano, sera également proposée pour la diffusion sur les scènes régionales.

L’autre production est également en route : La Dame de Pique de Tchaïkovski, mise en scène par Olivier Py, coproduite par la Régie culturelle à hauteur de 36%, est également programmée dans les 4 opéras à partir de février 2020.

Cette mise en commun des moyens de production des opéras devrait leur permettre de concevoir des productions plus ambitieuses : si les orchestres de ces 4 maisons ont ces dernières années atteint un niveau d’excellence, si les voix sont souvent flamboyantes, les mises en scène sont au mieux consensuelles et inexistantes, au pire ringardes et grossièrement symboliques. Une mise en commun, qui impliquera également une réflexion commune, sera bienvenue.

Pourvu que cela n’implique pas une amputation des subventions des autres opérateurs de la musique en région. Renaud Muselier, contrairement à Martine Vassal, est attentif à laisser aux artistes la liberté de créer, et ne passe pas commande pour des capitales provençales, des capitales de la gastronomie ou des Dimanche de la Canebière qui instrumentalisent les artistes dans des opérations culturelles de communication. La Région, jusqu’à présent, a su se garder de cette tentation à la limite de la légalité. Les opérateurs culturels que nous avons joints leur en sont reconnaissants !

AGNÈS FRESCHEL
Mars 2019

regie-maregionsud.com

Photo: c Franck Pennant