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L'action d'Audrey Azoulay, ministre de la Culture pour un an

Une ministre au cœur du Var

L'action d'Audrey Azoulay, ministre de la Culture pour un an - Zibeline

Audrey Azoulay, ministre de la Culture pour un an, visite les régions, règle le problème des intermittents, s’attache à défendre une culture pour tous. Mais le chantier pour reconstruire une politique culturelle progressiste est vaste…

En déplacement à Toulon le 21 avril, la Ministre est venue officialiser la Scène nationale à deux têtes Liberté-Châteauvallon, inaugurer l’exposition Mode et Photographie de la Villa Noailles, rencontrer les acteurs culturels du Var. Une journée marathon, où elle a pris le temps de répondre à quelques questions, et d’affirmer ses priorités.

Elles sont volontaristes : il s’agit « d’engager l’État », de « défendre la culture sur toutes ses formes, dans tous les territoires et envers tous, et en particulier envers les enfants ». Elle rappelle aussi, avec force, que le Gouvernement est « aux côtés des intermittents, conscient de la nécessité du maintien de ce régime ». Depuis le 21 avril, l’État a débloqué les 90 millions réclamés par l’UNEDIC et le MEDEF pour ne pas supprimer le statut…

Mais ce jour-là, souligner le rôle de l’État passe par une affirmation de l’importance du label de Scène nationale, attribué en décembre au bipôle Châteauvallon Liberté (voir www.journalzibeline.fr/scene-nationale-chateauvallon-toulon-liberte-egalite-fraternite). Une première, qui prend en compte les besoins, l’histoire et les spécificités de Toulon : on sait que Châteauvallon a été particulièrement bien doté par l’État, avec aujourd’hui plus d’1million d’euros, obtenus en partie par soutien contre la municipalité Front national des années 90. Il s’agit aujourd’hui de conforter son statut, après 50 ans d’existence d’un lieu toujours magique, havre de beauté durant l’été, à la programmation contemporaine et du monde exigeante, affichant des taux de fréquentation importants, et accueillant en ses murs les projets artistiques associatifs du territoire varois. Ainsi, lors du passage d’Audrey Azoulay, l’Atelier du lycée professionnel Cisson de Toulon répétait un spectacle de hip hop, qu’elle a regardé avec un intérêt visible.

Le Liberté a une histoire bien plus récente : Charles Berling expliquait qu’ils avaient volontairement enlevé le mot Théâtre de l’appellation d’un équipement ouvert aux arts plastiques, numériques, vidéo, et aux rencontres thématiques. Un équipement qui lui aussi affiche une bonne santé et s’est imposé dans le paysage comme indispensable, avec une fréquentation très forte, et un attachement immédiat des Toulonnais à « leur » théâtre, qu’ils attendaient depuis tant d’années. Pour autant la reconnaissance de l’État n’a pas été immédiate, et le label double a tardé à venir : si l’agglomération toulonnaise injecte plus de 2 millions dans son Liberté (à peine 570 000 euros pour Châteauvallon) , l’État est en dessous du seuil minimal (220 000 euros) : pour devenir Scène nationale, il faut que ce seuil soit atteint ; il était envisagé pour cette scène bicéphale de considérer ce seuil minimal comme atteint par les deux équipements ensemble, or il n’est pas question de fusionner avec Châteauvallon…

Aujourd’hui la réponse de l’État est claire : chacune des deux structures atteindra, à terme, le seuil des 500 000 euros annuels. Il s’agit donc d’augmenter de façon conséquente la dotation du Liberté, (plus du double d’ici 2017) et de conserver deux structures indépendantes. La Scène nationale a non seulement deux têtes, mais deux corps, et pas grand chose qui les unit : pas de contrat d’objectif commun, peu de circulation des publics. Quelques opérations croisées, mais pas de programmation partagée : chacun garde ainsi l’identité qui fait son succès.

La promesse de crédits supplémentaires

Une bonne nouvelle pour Toulon ? Certes, et la Ministre balaie les inquiétudes. Elle le garantit : il n’est pas question de déshabiller Châteauvallon pour habiller le Liberté, pas question non plus de baisser les dotations des autres équipements nationaux du Var, ou de la Région. La Direction Régionale des Affaires Culturelles recevra des fonds spéciaux pour couvrir cette dépense supplémentaire : l’inquiétude que l’on avait pour les autres Scènes nationales de la région, ou pour la scène conventionnée de Draguignan, ne semble pas de mise, même si la labellisation, double, de Toulon, renvoie sans doute celle du Théâtre de Grasse et du Théâtre Durance à un futur très lointain.

Car la Région Paca compte désormais deux Centres dramatiques nationaux (Marseille et Nice), 5 Scènes nationales dont une qui en coûte deux (le Liberté-Châteauvallon, qui vient s’ajouter aux Salins de Martigues, à La Passerelle de Gap, La Garance de Cavaillon, le Merlan de Marseille), des Festivals nationaux très nombreux sur le territoire, un patrimoine exceptionnel et coûteux à entretenir : la DRAC PACA aura du mal, sans une réelle redistribution des budgets d’État, à conserver des marges de manœuvre pour des équipements, des compagnies, des orientations nouvelles…

Les budgets de l’État en régions

Car qu’en est-il de la répartition territoriale des budgets de l’État ? Après plusieurs années de baisse consécutive, le budget du ministère de la Culture et de la Communication affiche enfin une hausse en 2016, ainsi qu’une volonté de mieux répartir des dépenses culturelles particulièrement inégales entre la Capitale, l’Île de France et les autres régions.

La Ministre affirme qu’aucun autre État ne consacre un budget aussi important à la Culture. Ce qui n’est pas faux, à strictement parler, même si les dépenses culturelles d’État ont fortement diminué : jusqu’au début des années 2000 les ministères de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports, de la Défense, des Affaires Étrangères… dépensaient plus ensemble, pour la Culture, que le MCC tout seul. Aujourd’hui ces dépenses se réduisent à quantité négligeable, sans report de ces financements vers le MCC.

Par ailleurs cette affirmation d’un fort engagement de l’État cache la réalité d’un pays qui donne peu d’autonomie à ses collectivités territoriales, et lui impose actuellement une forte diminution de ses dotations. En Allemagne, ce sont les régions et les villes, autonomes économiquement, qui construisent les politiques culturelles et les financent. Et de fait la vie culturelle allemande est beaucoup mieux financée que celle des « provinces » françaises, qui collectent beaucoup moins d’impôts depuis la fin de la taxe professionnelle, se voient imposer des réformes territoriales et des baisses des moyens attribués directement par l’État. La légère hausse du budget de la culture est loin de compenser ce que les collectivités territoriales se voient souvent obligées de supprimer. Car le Ministère a beau affirmer que la culture doit être une priorité, il est difficile de l’imposer dans les faits : à l’Europe, qui reste sourde, aux villes, qui ne peuvent supprimer leurs autres engagements, dans les crèches, les écoles, les transports, le stades, les piscines, pour maintenir leurs subventions culturelles. Et parmi leurs équipements, doivent-elles choisir entre leurs théâtres, leurs musées, leurs opéras, leurs bibliothèques, leurs festivals ?

Et les compagnies indépendantes ?

Aujourd’hui, localement, les acteurs culturels doivent défendre leur existence pied à pied, heureux lorsqu’on maintient simplement des budgets qui n’ont cessé de baisser, et en prise aux larges coupes de la plupart des Conseils départementaux et des Villes. Ici les Régions PACA et Languedoc Roussillon Midi Pyrénées ont maintenu leurs budgets 2016, l’État également, mais cela est loin de compenser les coupes de 20 % que l’on observe dans la plupart des territoires…

La création par l’État de Compagnies nationales, qui seront deux ou trois par Région tout domaine confondus (70 en tout), va venir encore compliquer la donne. Pour faire partie de ces quelques élus, il va falloir avoir un « rayonnement national et international ». Comment y parvenir, lorsque les conventionnements des DRAC diminuent, s’abaissant parfois aujourd’hui à 30 000 euros par an ? Comment créer un peu sérieusement, et diffuser, et rayonner internationalement, quand les théâtres, opéras, centres chorégraphiques produisent de moins en moins de compagnies indépendantes, se concentrant souvent sur leurs propres productions, ou celles de ceux qui les programment en retour ? Comment demander à des compagnies indépendantes régionales une qualité de création alors que les collectivités les aident de moins en moins, que l’État depuis des années a bloqué leurs conventionnements, que les Festivals les programment peu, que théâtres les produisent de moins en moins, que les mécènes ne financent que les grosses maisons ou les actions culturelles à vocation sociale ?

Tous les artistes le savent : il faut désormais, pour avoir des moyens, postuler pour diriger un lieu. L’État Français, qui labellise, nomme, déplace, mais ne paye que peu, veut reprendre la main dans des territoires que sa politique a délaissés, en créant des compagnies nationales, et en labellisant l’existant, comme à Toulon. Mais ce que le MCC donne aujourd’hui est très loin de compenser ce que la réforme territoriale et la baisse des dotations d’Etat a d’ores et déjà coûté directement à la vie culturelle…

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2016

Photo : Hubert Falco, Maire de Toulon, Audrey Azoulay, ministre de la Culture, Charles Berling et Pascale Boeglin, directeurs du Liberté. En arrière plan Marc Giraud, Président du Conseil départemental du Var. Devant le Liberté -c- Agnès Freschel


Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr