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Vu par Zibeline

Une fête pour le MuCEM

 - Zibeline

À voir les matériaux de construction qui s’étalent à ses pieds, le doute s’insinue. Voiles de béton entassées, attendant sagement de rejoindre leurs congénères au-devant de la surface vitrée à laquelle elles serviront d’écrin, terre éventrée, fers à béton sortant du sol, pelles-mécaniques en faction devant des grues éteintes, le MuCEM ressemble à un bateau échoué à l’entrée de Marseille !

Entré dans un cube encombré, on peut néanmoins appréhender la majesté de l’édifié : immenses volumes ceinturés de vitrage ; jambes infinies qui s’élèvent du sol à travers les étages jusqu’au sommet de l’ouvrage; plafond striés en caissons de béton; tout est grandeur. Ce soir, pas de visite mais une forme d’hommage et d’invite au voyage. Accueil charmant, parcours fléché de cordons lumineux et de lampes, on gravit les escaliers pour rejoindre un magnifique espace qui traîne à ses pieds la rade de Marseille et qui, avec une corde en forme de passerelle, s’agrippe au vieux Fort Saint-Jean. La soirée habillée de noir et de blanc pariait d’être longue et endiablée. Vers 21 h, Philippe Avinent, directeur de Vinci pour son secteur Sud, l’entreprise bâtisseuse, prit la parole devant la troupe réunie en assemblée, à deux pas des buffets. Il nous apprit ainsi que la soirée était une initiative de l’entreprise et un pari pris avec les responsables du MuCEM. Il vanta les qualités de Rudy Ricciotti, présent, en habits -un débardeur bleu marine- de rebelle architecte. Arguant du génie du concepteur, il remercia aussi la foule de ceux qui contribuèrent à dresser l’ouvrage, bâti pour durer «des siècles et des siècles…». Proclamant l’amour de sa société pour Marseille, il remercia M. Blum, «attaché au monde de la culture et de la construction» avant de proclamer le MuCEM «nouveau phare de Marseille». Il conclut, après une brève digression à caractère technique, en invitant à regarder un diaporama, d’ailleurs séduisant, avec, pour propos, les étapes de la construction. Il n’omit pas de dire que les photos, affichées sur les murs et réalisées par Lisa Ricciotti, étaient à vendre.

À sa suite, Yves Aubain de la Messuzière, président de l’association de préfiguration du MuCEM, s’escrima à parler dans une ambiance redevenue extrêmement bruyante. Évoquant l’héritage des Zigourats de Mésopotamie, prenant à témoin Amin Maalouf pour ses engagements méditerranéens et sa vision de la tolérance, il insista sur le caractère de lien du nouveau lieu. Pont entre les rives, la culture est un remède, un antidote aux peurs et aux malheurs. Il inscrivit ainsi les expositions et le travail du MuCEM comme un moyen de rassemblement des publics et des cultures… La fin de son intervention se perdit dans les rumeurs de la foule. Aussi, lorsque Bruno Suzzarelli, président du musée, prit la parole, il évita de prononcer son discours et se contenta d’annoncer un film sur les objectifs et les projets de son établissement. Le bruit l’avait définitivement emporté.

Présage d’un avenir festif ? Organisation ambigüe ? Le public était apparemment acquis à Vinci mais moins passionné par les questions de culture. Voilà bien un des défis qu’il faudra relever pour l’institution.

RENÉ DIAZ

Juillet 2012

 

Un moment de grâce

La fête de première, co-organisée et financée par Vinci et le MuCEM, aurait pu laisser un goût amer : l’argent dépensé en champagne, buffets de Passedat (Le petit Nice, qui tiendra le restaurant sur le toit) et fouta tunisienne offerte à chaque invité contraste avec les difficultés économiques du monde culturel régional. Mais il faut bien attirer les mécènes -puisque le MuCEM doit trouver 20% de recettes propres- et les entreprises ne s’invitent pas avec des chips, du cubi et des cahouettes… On construit donc un événement qui n’a plus rien de culturel, et où les artistes et les penseurs regardent avec effroi le peu de respect qu’on porte à leur parole. Paradoxe effarant !

Un moment pourtant on y échappa. Thierry Fabre parvint à s’emparer du micro et à dire que, dans la salle à côté, un «derviche contemporain» allait danser. On monta sur les bancs pour l’apercevoir dans un contexte plus recueilli… et Ziya Azazi commença à tourner. Imperturbablement. Mais dès l’entrée avec plus de chair que de spiritualité vague, plus de souffle que d’éther soufi, les bras dansant des petites phrases autonomes, la musique jouant de timbres traditionnels et d’accents pulsés, et le visage du danseur riant, et les pieds toujours voltant sous la jupe lourde, verte de son velours brillant. Peu à peu se dénudant, faisant virer au dessus de sa tête les épaisseurs de tissus qu’il retirait de dessus sa chair, l’homme continuait de tourner, plus près, vibrant, habité de sa tradition et la faisant descendre du ciel vers la terre, de la transe divine vers la présence charnelle… déclenchant des slaves d’applaudissements émus.

Comme quoi, la grâce artistique peut descendre sur tous, pentecôte universelle, quand elle est portée avec tant de talent !

AGNÈS FRESCHEL

Juillet 2012

 

Les 30 juin et 1er juillet 3000 personnes ont pu visiter le chantier du MuCEM, en 15 groupes de 200 personnes. Elles ont découvert son architecture, son histoire et ses ambitions, à travers plusieurs vidéos et un film projeté, et guidés par de jeunes guides friandes d’anecdotes. L’affluence des inscriptions closes en moins de 48h,  prouve à quel point l’appétit du MuCEM est grand !

Rendez-vous en janvier 2013, pour les premières expos !

www.mucem.org