Entretien avec Maurice Xiberras, directeur de l'Opéra de Marseille

Un opéra au cœur de la cité

Entretien avec Maurice Xiberras, directeur de l'Opéra de Marseille - Zibeline

À la tête de l’Opéra de Marseille depuis 2008, Maurice Xiberras poursuit son action, après les dernières élections, grâce à la confiance renouvelée de la municipalité.

Zibeline : Présentez-nous un peu de ce beau théâtre cher aux Marseillais.

Maurice Xiberras : C’est l’un des plus anciens opéras de France car la présence lyrique à Marseille remonte à Lully. Créé au cœur de la cité, brûlé et reconstruit dans les années vingt dans un style Art déco unique au monde, notre théâtre municipal a toujours été un lieu de rencontre des Marseillais : il est authentiquement populaire. Aujourd’hui encore cela se traduit par une politique des prix : quand on pense que pour 11 euros on pourra écouter Juan Diego Florez alors que, pour sa tournée mondiale, les prix sont bien plus élevés ! On a eu chaud lors des dernières élections car certains élus remettaient en question l’existence même du théâtre prétendant qu’on pouvait aller à Lyon ou Paris pour entendre des opéras ! On peut dire que l’Opéra de Marseille est sauvé, au moins jusqu’à la fin de la mandature de M. Gaudin ! Reste une inconnue : que va faire la Métropole ? De fait la programmation est bouclée jusqu’en 2018, mais les travaux de rénovation envisagés sont remis à plus tard : la période n’incite pas à la dépense. On assure la maintenance et la sécurité, mais ce serait bien que les travaux soient achevés en 2024 pour le centenaire de la réouverture de l’opéra.

Quel budget pour l’opéra ?

La subvention est de 12,7 millions d’euros qui couvrent les salaires fixes de près de 300 personnes dont 88 musiciens permanents, 30 choristes et les artistes supplémentaires, les frais de productions, décors, costumes, les cachets… 4,2 millions sont consacrés à l’artistique. On n’a pas à rougir quand on voit ce que l’on propose, en regard des budgets de Montpellier (jusqu’à 30 M), Nice (24 M) ou Lyon (35 M) ! Promesse nous a été faite de travailler à budget constant !

Quelles sont les satisfactions que vous retenez de votre action à Marseille ?

De voir qu’avec «peu de moyen» on rencontre des succès comme celui du Cid (avec Roberto Alagna) : c’est la première fois qu’une production d’un opéra de province est reprise à l’Opéra de Paris ! La Victoire de la Musique de Richard Galliano à propos d’une composition écrite pour nous l’an dernier… On retrouve une renommée internationale : pour preuve, les grands chanteurs reviennent comme Roberto Alagna, Béatrice Uria-Monzon, Patrizia Ciofi… et France Musique ou Radio Classique enregistrent régulièrement nos concerts, nos productions… Il manque encore une vraie salle de répétition pour l’orchestre qui permettrait de dégager le plateau pour d’autres manifestations, des ballets…

Et la présence de Lawrence Foster a fait faire un bond à l’orchestre !

Tout le monde reconnaît aujourd’hui sa qualité ! On est heureux d’avoir pu faire venir ce chef exceptionnel à Marseille. Il faut savoir que pendant vingt ans l’Orchestre philharmonique est resté sans directeur artistique ! On se demande comment il n’a pas explosé en plein vol ! Désormais il joue à qualité constante, comme on a pu le constater au Silo pour le Boléro de Ravel ou la 9e Symphonie de Beethoven. Et les grands chefs veulent revenir à Marseille ! De nombreux jeunes renouvellent les pupitres, ils apportent du sang neuf. On a tellement dit de bêtises sur nos musiciens ! Aujourd’hui ils ont beaucoup appris… en matière de discipline aussi.

On vous confie également la direction du Théâtre de l’Odéon ?

Oui ! On retrouve la situation historique d’avant 2001 : celle d’une fusion de moyens entre l’Odéon et l’Opéra. Jean-Jacques Chazalet a effectué des miracles dans ce théâtre qui a pour mission de défendre l’opéra comique, l’opérette et le «boulevard» : c’est le dernier lieu en France à programmer des saisons de ce répertoire dit «léger» et qui possède un vrai public. Faisant valoir ses droits à la retraite, il me transmettra progressivement son «bébé» la saison prochaine. Je me fixe pour mission de faire venir des jeunes à l’Odéon avec plusieurs idées comme celles de créer des opéras pour enfants, de faire participer la Maîtrise des Bouches-du-Rhône, de lancer un atelier lyrique de jeunes chanteurs qui tournerait avec des spectacles dans le département, les établissements scolaires, et du coup d’initier un travail d’insertion professionnelle.

Propos recueillis par JACQUES FRESCHEL
Mai 2014

Tournée estivale

C’est une première ! Lawrence Foster dirigera l’Orchestre Philharmonique de Marseille en juillet à deux reprises au Festival Bad-Kissingen (Allemagne), cinq ou six fois en Chine dont un concert exceptionnel sans doute retransmis en direct de la place Tian’anmen et, pour finir, aux Chorégies d’Orange (4 août).

Lawrence-Foster--c-Marc-Ginot

Photos : Maurice-Xiberras-c-X-D.R. et Lawrence-Foster-c-Marc-Ginot


Opéra de Marseille
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