La MJC de Briançon, lieu à défendre

Un lieu à défendre

La MJC de Briançon, lieu à défendre - Zibeline

Au cœur de la crise de l’asile et en proie à des difficultés financières, la MJC-Centre Social de Briançon (MJC-CS) ne doit pas fermer ses portes !

Créée en 1965 par une vingtaine de briançonnais, la Maison des Jeunes et de la Culture fêtait en 2015 ses cinquante ans, forte d’un engagement citoyen exceptionnel. Progressivement la MJC, à la croisée du lien social et de la culture, a multiplié les missions : centre social et familial, elle a créé l’Eden Studio côté cinéma art et essai, l’Espace Babylone (aujourd’hui La Face B) pour la musique actuelle, la Galerie du 35 pour l’art, le Pôle Jeunesse et Zanzibar à l’animation du jeune public. En outre, depuis 2003, elle est le lieu d’accueil des personnes étrangères du département des Hautes-Alpes. Depuis le démantèlement de Calais, cet Espace partagé solidaire est devenu CAO (Centre d’accueil et d’orientation), recevant une vingtaine de demandeurs d’asile chaque jour. Un deuxième CAO s’est ouvert en 2016-2017, mais un grand nombre de soudanais accueillis étant dublinés*, ils ont entrepris une grève de la faim qui a mobilisé les citoyens pour une grande marche vers Gap.

Aujourd’hui un grand nombre de réfugiés et de personnes étrangères arrivent dans le Briançonnais par la frontière italo-française : la MJC-CS, prise entre ses missions d’accueil et d’intégration des personnes étrangères dans le cadre des actions soutenues par l’État et une réalité humaine complexe, devient un lieu stratégique au cœur d’une région en crise. Sans entrer en guerre contre l’État, la structure tente de ménager un espace où la dignité humaine, la solidarité et la démocratie demeurent des valeurs. Mais à l’heure où trois cadavres de migrants ont été retrouvés dans les Alpes, plaçant le territoire de Briançon sous les feux médiatiques, à l’heure où l’afflux de migrants s’y concentre depuis que la Vallée de la Roya est sous contrôle ultra renforcé, la situation financière de la MJC-CS met en grand péril ces missions multipliées.

Le pacte républicain mis à mal

Depuis le début de l’année 2018, l’association est fragilisée. En février le conseil d’administration alertait le commissaire aux comptes et les partenaires sur ses difficultés économiques, qui pouvaient entraîner à très court terme sa disparition. Depuis, une procédure de sauvegarde a été engagée, une table ronde avec les différents partenaires a été sollicitée, et de nombreuses actions collectives ont été mises en place : rencontres avec les habitants, réflexions collectives sur le devenir d’une structure plus que nécessaire. Fin mai une réunion publique sur les nouvelles gouvernances possibles de l’association est proposée : la dynamique, collective, témoigne d’une volonté de poursuivre les missions que chaque Briançonnais, et chaque citoyen engagé, ne peut que soutenir.

La situation résulte « de la conjonction de plusieurs facteurs, politiques, financiers, matériels, humains que rencontrent de nombreuses associations en France, et qui brisent le pacte républicain : les habitants ne peuvent plus mener d’action pour renforcer le vivre ensemble et la démocratie en comptant sur la solidarité nationale. Aujourd’hui l’approche sociale et culturelle à travers les prismes de la rentabilité, de la concurrence, de la sectorisation, de la raréfaction des finances publiques et la technocratie remettent en cause notre modèle de fonctionnement associatif », déplore Luc Marchello, le directeur. Au mois d’avril, suite à la diminution de subventions de l’État et du Conseil régional, face aux incertitudes des politiques publiques, il n’a d’assurances que sur la moitié du budget 2018.

De son côté, le président de la Communauté de Communes du Briançonnais a tenu à réaffirmer le soutien de la CCB au projet de l’association. Il a tenu également à s’exprimer sur la question de l’accueil des migrants qui est venue impacter fortement l’activité de l’association, considérant qu’elle subissait des « pénalités » de la part de l’État vis à vis de l’implication dans l’accueil des personnes étrangères. Le député rapporteur du budget, Joël Giraud, soutient lui aussi les démarches de la MJC-CS. Un plan de sauvegarde est lancé, des dynamiques locales se poursuivent.

Une mobilisation nécessaire

Le 1er juin, la mobilisation citoyenne a permis la fin du contrôle judiciaire des « 3 de Briançon », accusés d’avoir aidé des migrants à passer la frontière le 22 avril lors d’une marche antiraciste au col Montgenèvre. La situation de la MJC-CS nous concerne tout autant : comme toutes les zones qui tentent de résister aux aberrations libérales, c’est un lieu à défendre pour que ces espaces solidaires partagés perdurent, nous permettant de vivre ensemble.

Delphine Dieu
Juin 2018

* Les Migrants, selon le Règlement de Dublin, sont obligés demander l’asile dans le pays européen qui le premier a relevé leurs empreintes.

Photo : -c- XDR