Retour sur le colloque Culture(s) à l’école

Transmettre, à tous, sans langue de boisVu par Zibeline

Retour sur le colloque Culture(s) à l’école - Zibeline

Lors du 29e colloque national Éducation et devenir, une table ronde abordait la complexité des problématiques de transmission de l’art auprès des populations scolaires.

Les intervenants apportaient leur contribution par des témoignages, concernant dans un premier temps les pratiques artistiques en milieu scolaire avec des rapports d’expérience. Dominique Raybaud pour le Théâtre du Centaure dont la spécificité est de travailler en osmose avec les chevaux, en fabriquant des comédiens hybrides, présentait le travail effectué avec des enfants des Quartiers Nord de Marseille. Elle expliquait le travail en amont avec les associations, et le Théâtre du Merlan, pour effectuer la rencontre ; puis les liens tissés avec les scolaires, le rôle de passeur des acteurs, et le principe du surgissement. Car le Centaure ne cherche pas l’apprentissage du savoir, mais plutôt un choc, et parie sur le fait de désarçonner les élèves pour qu’ils se reconstruisent ensuite. Un petit film bouleversant d’émotion était alors projeté, 40 juments et leurs poulains au galop dans une cité, avec les enfants qui courent avec eux, illuminés de sourires radieux…

Réenchanter le réel, une première étape, qu’il ne faut pas laisser ensuite s’effacer ! Céline Jolivet pour le Ballet Preljocaj parle de la sensibilisation des publics, s’appuyant sur une expérience d’ancrage territorial en Pays d’Aix, et des interventions de la maternelle à l’université. Qui comportent trois axes : la rencontre des artistes et des œuvres, la pratique artistique (les intervenants se situent sur ces deux axes) et le savoir qui est dispensé par les enseignants. Ainsi le Groupe d’intervention dansée (GUID) présente des extraits du répertoire de Ballet, sensibilise, sort des salles traditionnelles ; le Pavillon Noir ouvre ses portes à des visites, à de nombreuses séances scolaires adaptées, commentées, préparées ; et les danseurs participent aux enseignements spécialisés en Lycée. Mais Céline Jolivet insiste surtout sur l’importance des enseignants, interlocuteurs essentiels, qui seuls savent évaluer les impacts, les appropriations des uns et des autres, et seuls peuvent les cadrer, les organiser, rendre effectives les rencontres.

Puis Loïc Bastos pour Les Suds à Arles explique comment le festival s’ancre sur le territoire avec 40 stages en été : si ce grand événement estival des musiques du monde effectue un travail considérable avec les éducateurs sociaux, et se préoccupe du lien intergénérationel, il intervient également en milieu scolaire, avec des projets à l’année, en particulier en SEGPA (classes d’enseignement adapté pour élèves en difficulté en collège). Il déplore que la réussite des projets dépende trop souvent du volontarisme des équipes éducatives, affirme qu’il est impossible de produire un bon travail avec une classe de 30 élèves, et défend aussi une politique qualitative et non quantitative.

La culture dans les territoires

Peut-on alors, puisque cette transmission ne peut être de masse, toucher tous les élèves de façon égalitaire ? Le premier problème évoqué est celui des équipements culturels, et des transports. Claude Fiaert, conseiller général des Alpes de Haute-Provence, évoque la spécificité de son département de 165 000 habitants, un territoire diffus qui a une histoire industrielle. Une politique ambitieuse de développement culturel est à l’œuvre, en particulier dans la Communauté de Moyenne Durance qui compte 15 000 habitants. Elle repose avant tout sur des équipements, des lieux où initier les rencontres avec les artistes (Théâtre Durance, médiathèque, cinéma), des lieux de pratique artistique (écoles de musique, de danse…), un soutien volontariste au milieu associatif, et des actions de médiation qui favorisent l’accès aux spectacles. Ainsi au théâtre Durance des passionnés développent des interventions dans les établissements scolaires, ménageant des rencontres avec les artistes, des projets danse, cinéma, des ateliers avec Sonia Chiambretto en résidence d’écriture…

Claire Antognozza, adjoint au maire de la ville d’Arles et déléguée à la culture, évoque une autre situation d’éloignement de la culture : la pauvreté. À Arles, comme à Marseille, 52% de la population n’est pas imposable. Un travail important s’effectue entre la Mairie, l’éducation nationale, la DRAC, les autres partenaires. La mission de la mairie est de poser la question de l’égalité dans la  répartition raisonnée, voire volontairement ciblée envers les populations éloignées, des propositions culturelles, qui ont trop tendance à se porter vers les élèves déjà proches de la culture.

Laurent Lucchini, proviseur du Lycée Victor Hugo, établissement dit «prioritaire», insiste sur la grande pauvreté de l’hypercentre de Marseille : sur les 20 000€ alloués par l’État au Lycée, 14 000€ sont attribués au fond social, et il reste peu pour financer les actions culturelles. D’où l’importance des partenariats passés avec le secteur culturel : la Friche de la Belle de Mai ouvre ses salles pour la pratique artistique, les projets européens, régionaux, le dispositif des PAM, les partenariats avec les associations, les places de concert et de spectacles offertes par nombre de compagnies et de lieux permettent de proposer une véritable vie culturelle aux élèves. Laurent Lucchini souligne également le rôle des chefs d’établissements, qui est de faciliter la tâche des enseignants, très sollicités, en prenant en considération le temps important qu’ils consacrent à l’organisation de l’activité culturelle : ces activités, «chronophages et énergivores pour les enseignants qui ont le courage de s’investir» «instaurent un climat de confiance et apportent de vraies bouffées d’oxygène».

Qu’il faudrait pouvoir rémunérer et prendre en compte dans les horaires de travail des enseignants ? On attendait beaucoup de la conclusion de Chantal Ohanessian, déléguée académique à l’éducation artistique et culturelle. Les problèmes de spécificité de la transmission artistique, de la pratique, de l’égalité territoriale, la question du temps de travail pour les enseignants avaient été remarquablement évoqués par les intervenants. Mais la déléguée académique s’est livrée à un exercice langue de bois remarquable, formulant un discours abscons qui n’évoquait aucune des problématiques soulevées, oubliant ce que signifie le terme colloque, et empêchant par la longueur de son discours toute discussion avec la salle… Une attitude qui augure bien mal de la capacité d’écoute et de changement de la hiérarchie de l’Éducation Nationale !

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2013

La table ronde du 19 janvier du colloque Culture(s) à l’école : un enjeu pour l’égalité était animée par Agnès Freschel.

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