Le soutien remarquable de la Région Paca aux musiques actuelles et du monde... pourvu que cela dure !

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Le soutien remarquable de la Région Paca aux musiques actuelles et du monde... pourvu que cela dure ! - Zibeline

La politique régionale de soutien aux musiques actuelles est exemplaire… espérons qu’elle continue sous Estrosi !

Tous les ans la Région PACA édite, avec l’aide de l’ARCADE, un CD, double depuis quelques éditions, des musiques actuelles et du monde produites dans la région. Ce sont 63 groupes qui figurent dans la compilation, destinée à promouvoir les artistes auprès des professionnels, dans les festivals de France et du monde. Et tous, plus 7 autres qui n’ont pu produire à temps une plage pour enregistrement, ont été soutenus par le CAC (entendez Conseil Artistique à la Création) en 2015, pour un total de 300 000 euros. Une aide essentielle, selon Raphaël Imbert (Cie Nine Spirit) et sans laquelle nombre d’artistes auraient dû soit s’arrêter, soit quitter la région. «Le CAC a été un facteur déterminant dans ma volonté de ne pas m’exiler. Mes camarades des autres régions ne peuvent réussir en jazz sans passer par la case Paris ou New York. Pour tous les musiciens de la région PACA, le CAC est incontournable.» Car outre l’accompagnement des artistes, le développement des groupes, la structuration des réseaux de production et le soutien aux Festivals, en particulier à Babel Med, la Région veille à favoriser l’émergence, et la pluralité des esthétiques.

Un travail remarquable, dont le double CD est le témoin incontestable. Si l’on pouvait regretter dans les cinq éditions précédentes la nette majorité de musiciens hommes, ce n’est plus le cas. «Sans doute grâce à un comité de sélection paritaire…» fait remarquer Fred Bruschi, le chargé de mission aux musiques actuelles à la Région. De même, mieux qu’auparavant, la multiplicité de Babel s’affirme dans la diversité des plages chantées : ses artistes qui tous vivent et travaillent ici, s’expriment en Français en Anglais, mais aussi en Occitan (beaucoup !), en Arabe, en Grec, en Indien, en Espagnol, en Portugais, en Malinké, en Chinois !

Babel est donc dans les mots, mais aussi dans la musique : les influences sonores viennent de tous les coins du monde, et toutes les esthétiques de la chanson, de la pop, du rock, du rap, des musiques du monde, du jazz, des musiques amplifiées ou acoustiques, sont là. Les deux CD, l’un de musiques amplifiées, l’autre de musique du monde, proposent cette année des parcours évolutifs pour l’oreille, de la chanson française, passant par le rock puis des plages plus électroniques pour les musiques amplifiées, partant des formations explorant les répertoires traditionnels pour aller jusqu’aux musiques plus contemporaines, et instrumentales, dans le second CD. Un double voyage donc : des groupes que l’on connaît bien parce qu’ils passent souvent sur nos scènes, d’autres que l’on découvre avec plaisir. Ainsi la chanson d’Ottilie B, la voix grave de Oh ! Tiger Mountain, l’électro d’Ivy Slan, le duo d’Isaya, ou le chant Sefarade de Françoise Atlan, les connexions multiculturelles de Temenik Electric ou Ahamada Smis, le flamenco virtuose de Juan Carmona ou Luis de Carrasca, l’ancrage occitan de D’Aqui Dub, de Rassegna, de Radio Babel Marseille ou du chœur de La Roquette, nous sont familiers. Mais on découvre aussi des Marseillais jouant du gamelan balinais, un trio vocal occitan remarquable (Tant Que Li Siam), on retrouve le rap résistant de Dupain, une plage très intéressante, jouant des mots comme d’une matière sonore, de Fleur Sana, une proposition théâtrale et décalée du duo Catherine Vincent

Décidément la région a du talent musical ! Il y a fort à parier que ce Babel souvent revendicatif, et toujours très métissé (Ksir Mokoza dans son rap s’en prend directement au FN), aurait fortement déplu à Marion Maréchal Le Pen. Il reste à espérer que Christian Estrosi, qui dans sa ville soutient plutôt la musique lyrique et la danse classique, saura voir toute la richesse de ce Babel enchanté, et permettra de continuer un travail pertinent, aux résultats indéniables, dans un secteur qui, malgré la crise qui touche les musiques enregistrées, a su garder grâce à une politique intelligente une vigueur qu’on ne lui connait pas ailleurs.

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2015