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Hommage à Stéphane Hessel

Stéphane Hessel et le nucléaire Français

Hommage à Stéphane Hessel - Zibeline

Le décès du diplomate, intellectuel et surtout citoyen de 95 ans intervient le jour où Paul Quilès publie un second ouvrage mettant en cause l’armement nucléaire français, et sa prétendue dissuasion. Le dernier combat de l’homme indigné ne pouvait trouver achèvement plus symbolique.

Après le phénoménal succès aux incroyables conséquences de son petit livre Indignez-vous, découvert grâce aux Écritures croisées aixoises (voir ci-dessous), le vieux monsieur avait associé sa révolte au projet de « métamorphose » d’Edgar Morin (voir ci-dessous) attaquant très directement les reculs sociaux de la présidence Sarkozy. Puis il y a moins d’un an, bouleversé par Fukushima, et par l’absence dans la campagne de François Hollande de la question du nucléaire militaire, il publia un autre petit livre, tout aussi rapide, incisif et procédant par raccourcis et slogans, avec Albert Jacquard. Plus percutant encore, et convaincant, parce que fondé sur des analyses concrètes et évoquant des solutions simples : Exigez un désarmement nucléaire total, plus dangereux pour les lobbies, n’a pas connu le même succès médiatique, d’autant que Stéphane Hessel n’avait plus la force de le défendre, de son affable fermeté, sur les plateaux télévisés.

Le combat de ce petit livre est largement repris et inspiré par l’ancien ministre de la défense, Paul Quilès, qui démonte l’inanité d’une politique « dissuasive » dont chacun sait qu’elle ne l’est pas : juste après l’élection de François Hollande, dès juillet, l’ancien ministre écrit que « la bombe nucléaire s’apparente à une assurance mort », et affirme que la France n’appuiera jamais sur le bouton qui ferait disparaître le monde, même si elle est menacée, même si elle est atteinte. Or, Hessel l’affirmait également avant les élections présidentielles, la France socialiste  peut aujourd’hui, seule parmi les trois pays possédant la force nucléaire immédiate – La France, les EU, la Russie,  d’autres possédant des armes, mais non la capacité de riposte immédiate sur laquelle la « dissuasion » se fonde- faire cesser l’escalade absurde d’un armement extrêmement coûteux, parfaitement inutile au mieux, terriblement dangereux au pire. C’est-à-dire s’il servait, ce qui signifierait dans tous les cas, à très court ou à moyen terme, la fin du monde.

Aujourd’hui où chacun rend hommage à Stéphane Hessel, où chacun dit la grandeur de l’homme, du Résistant, du fils de Jules et Jim aussi, de l’homme de cœur, rien de mieux ne pourrait arriver que de reprendre ce dernier combat, qu’il n’a pas pu mener à terme. Achetez Exigez un désarmement nucléaire total, lisez en particulier ses arguments économiques (combien de milliards pourraient être investis ailleurs, ce que l’Allemagne a bien compris, qui n’a pas du tout d’armement nucléaire !)… puis achetez dès demain le nouveau petit livre de Paul Quilès, qui démonte les cinq mensonges d’Etat qui permettent d’argumenter pour un armement dit indispensable. Pour fouiller davantage, et en particulier prendre conscience des dangers auxquels nous avons échappé sans le savoir en 1983, reportez vous au premier livre de Paul Quilès publié cet été. Puis reprenez la lutte : celle-ci est concrète, et doit aboutir, ce serait le plus bel hommage possible au courage et à la clairvoyance de monsieur Hessel.

AGNÈS FRESCHEL
Février 2013

Nucléaire, un mensonge Français

Paul Quilès

Editions Charles Léopold Mayer, juillet 2012

 

Arrêtez la bombe

Paul Quilès, Bernard Norlain et Jean Marie Collin

Editions du Cherche Midi, mars 2013

 

Exigez un désarmement nucléaire total

Stéphane Hessel, Albert Jacquard

Stock, avril 2012

 

Deux articles parus dans Zibeline 38 et Zibeline 44 après des rencontres autour de Stéphane Hessel :

 

Éternelle jeunesse de la résistance

Pour la 27e édition de la Fête du Livre, les Écritures croisées créent l’événement, et la surprise

Inattendu, le choix d’un invité d’honneur, Stéphane Hessel, qui n’est pas à proprement parler un écrivain : c’est pourtant une salle comble qui applaudit, à la soirée inaugurale, l’arrivée du résistant à la carrière diplomatique exceptionnelle, et qui rend hommage aux idéaux qu’il défend et incarne en même temps : une culture humaniste et européenne, une immigration exemplaire, l’engagement indéfectible pour les droits de l’homme et pour le Tiers-Monde. Inattendue aussi la personnalité même de cet invité : dès son arrivée, il improvise avec son complice Jean-Louis Crémieux-Brilhac, son conscrit, grand historien et fondateur de la Documentation française, une saynète facétieuse qui régale le public ; sa vie et ses messages sont profondément édifiants, mais il s’amuse et cabotine presque. Il incarne la mémoire d’un siècle, de la déportation à la création de l’ONU, de De Gaulle à Mendès France, mais il vient pour parler au présent, des désastres écologiques,  des conflits du Moyen-Orient, du climat politique, avec un engagement idéaliste et parfois provocateur de jeune militant et de vieux renard à la fois ; et il s’interrompt soudain pour réciter, à la façon d’un mantra, un poème d’Edgar Poe… Avec un rendez-vous avec les étudiants, une programmation cinématographique riche de l’expérience tragique du monde, une belle exposition photographique réunissant les clichés les plus célèbres de l’actualité, et un panel d’invités qui lient leur engagement artistique à la lecture de l’histoire, la Fête du Livre a une nouvelle fois réussi son pari, en se plaçant cette année sous le signe de l’éternelle jeunesse de la Résistance. Et sous  la protection d’un jeune homme de 92 ans !

AUDE FANLO
Octobre 2010

La Fête du livre a eu lieu du 1er au 3 oct 2010 à la Cité du livre, Aix, dans le cadre des Écritures Croisées

 

La voie de la métamorphose

Visiblement on attendait beaucoup de la rencontre Edgar MorinStéphane Hessel organisée durant le Festival d’Avignon. Excédant largement la salle qui leur était réservée, mais aussi les trois espaces de retransmission en direct les deux nonagénaires ont réuni plus de 1200 personnes suspendues à leurs propos… Mais s’ils ont suscité un enthousiasme chaleureux, ils ont également déçu quelques attentes.

L’engouement pour le petit livre de Stéphane Hessel est réjouissant. Le cri qu’il y pousse est nécessaire, salutaire, clairvoyant. Les analogies que cet homme si estimable fait entre la montée des fascismes dans les années 30, la « marche aveugle » qu’il a vécue, et notre climat actuel, fait froid dans le dos. Pourtant sa façon de se garder des pensées pessimistes (« il faut regarder les moments précieux ») est forcément émouvante, et bienfaisante. Cependant il parle en témoin, et en diplomate législateur : il sait ce que la politique française actuelle est en train de détruire du système social de l’après-guerre (éducation, culture, santé, justice, logement, égalité des droits fondamentaux…), ce que l’économie mondiale est en train de détruire de notre humanité commune (spéculation qui affame, engendre la violence et détruit la planète), mais s’en remet pour l’avenir à « la voie » décrite par Edgar Morin.

Celui-ci constate que « la solidarité d’Etat est mise en péril par la rentabilité » et que le monde manque de « pensée globale » parce que « les partis de gauche sont vidés de leur substance » par la « pieuvre financière » qui « impose aux Etats ses lois tandis que les Etats les imposent aux populations ». Mais ses recettes pour aller « vers une régénération d’une pensée politique complexe » qui cesserait de « réduire la raison au calcul, barbarie qui ignore sa barbarie et se croit fondée sur une analyse exacte des choses » sont, pour l’heure, peu convaincantes. La « métamorphose » qu’il appelle de ses vœux peut-elle naître de cette « autre politique économique possible » qui réhumaniserait les villes, serait écologique, solidaire et sociale, jugulerait la spéculation financière et limiterait le profit illimité ? Comment y parvenir ? En légiférant ? En se révoltant ? Comment imposer aux gouvernements des principes qui tiendraient compte de l’intérêt des peuples ? Si l’on comprend bien ce qu’il refuse, ce qu’il prône est plus difficile à saisir… « L’espérance est possible », nous dit-il. Mais pour sortir de cet « aveuglement » dans lequel nous vivons, il nous faudra combattre avec toutes les armes de l’esprit…

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2011

Le Théâtre des Idées a eu lieu le 19 juillet 2011 dans le cadre du Festival d’Avignon