Entretien transatlantique avec Vivien Goldman, prêtresse du Punk

Women PowerVu par Zibeline

Entretien transatlantique avec Vivien Goldman, prêtresse du Punk - Zibeline

Le rendez-vous est virtuel mais il n’en est pas moins sympathique tant, depuis New York, la prêtresse du punk féminin Vivien Goldman donne de son temps et de sa bonne humeur ! Le prétexte est l’excellent livre qui vient d’être publié aux éditions du Castor Astral. Il faut dire que La revanche des She-Punks ; Une histoire féministe de la musique, de Poly Styrene à Pussy Rio, se dévore avec délectation. Celle qui a écrit en premier sur les filles dans le rock, puis le punk (en 1975 dans Sounds), et qui monte volontiers sur scène (un nouvel album est en préparation) n’est pas qu’une pionnière. La tata complètement rock’n’roll qu’on aurait aimé avoir relate à merveille anecdotes, rencontres et historique du genre avec beaucoup de passion et de précision sur ce marginal punk féminin, forme d’art libératrice pour les femmes.

Zibeline : Vous vivez à New York, et en dehors d’écrire des livres vous dispensez un enseignement ?

Vivien Goldman : Oui je suis basée à NY depuis 1990, je rentre juste de Jamaïque, mais je viens de Londres, j’ai habité à Paris, et suis branchée avec tout ce qui est francophone. Depuis 2005, j’y enseigne l’histoire du punk et du reggae, un cours dont je suis à l’origine. Mes cours parlent autant de Bowie, de punk, de dump music… L’idée de ce département particulier est un peu différente des autres départements de musique. Il n’y a pas que l’histoire, il y a aussi le futur de la musique pour développer les étudiants à être prêts à travailler dedans aujourd’hui.

Les étudiants doivent être gâtés, mais qu’est-ce que cela fait d’être considérée comme une prêtresse du punk féminin ?

On continue ! Je pense qu’on essaie de bouger comme artiste et ouvrier culturel. C’est génial de continuer, de faire de nouveaux travaux, il y a un besoin.

Et maintenant vous écrivez un nouveau livre, pouvez vous nous en dire plus ?

On m’a proposé de faire un livre sur les femmes et le mouvement punk, c’est ma formation culturelle, et j’ai vécu cette période, avec les Raincoats par exemple… ça m’a offert une ouverture pour la 1re fois dans la musique populaire. Aussi j’ai vu et j’ai remarqué dans les années 80 un recul sociétal. C’est crucial de construire une musique comme une forme de résistance, de le « tribaliser », car c’est le début de quelque chose, et ce mouvement continue en dépit de tout, comme un défi, un « defiant spirit », et ce en quoi je crois. J’ai divisé le livre de cette manière-là (Qui suis-je ? Sommes-nous l’argent que nous possédons ? La binarité amour / désamour se fait plus floue, Woman-ifestation…), avec des playlists pour chacun des chapitres, parce que c’est un livre assez conceptuel. Je me suis posé la question de savoir ce qui est important. Car en France c’est plus évident, j’étais enchantée parce que j’étais prise au sérieux, vous comprenez mieux ce genre de choses. Plein de gens ont surement remarqué la jeune punk chinoise car elle est contre l’avortement, pour She-punks le corps est quelque chose d’important.

Qu’est ce qui a changé entre 1975, la date de votre premier article sur les femmes dans le rock pour Sounds, et aujourd’hui ?

Oh my god ! Le monde à tellement changé, Internet change et spécialement peut-être dans les 18 dernier mois, une plus grande ouverture pour les femmes. Il y a plus d’opportunités plus de groupes. En général pour un groupe féminin, dans les festivals, c’est compliqué, aujourd’hui on cherche plus de femmes musiciennes. La première fois que j’ai vu une fille sur scène, j’ai dit c’est quoi ça !

FRED ISOLETTA
Décembre 2020

La revanche des She-Punks
Vivien Goldman
Editions Castor Astral, 20€

Photographie : Vivien Goldman ©GudrunGeorges