À La Ciotat, la Villa Deroze reprend vie

Une « petite villa Médicis » à La CiotatVu par Zibeline

À La Ciotat, la Villa Deroze reprend vie  - Zibeline

Confié par Madame Deroze à La Marelle, un nouveau lieu de création ouvre ses portes à La Ciotat. Fanny Pomarède, directrice de production et suivi de projets de La Marelle, Barbara Satre, co-directrice de la Galerie Béa-Ba, et Romain Mathieu, critique à Artpress, sont aux commandes.

Zibeline : Pourquoi La Marelle a eu besoin d’un nouveau lieu et pourquoi à La Ciotat ?

Fanny Pomarède : C’est plutôt une opportunité. On a rencontré madame Deroze il y a plusieurs années alors qu’elle était en train d’hériter de la maison de son père Gilbert Deroze. Il a longtemps été pharmacien à La Ciotat et a tout laissé tomber pour se consacrer principalement à la sculpture. Danielle Deroze en a gardé des souvenirs d’enfance nourris de la venue des artistes qui venaient boire le café, beaucoup étaient installés de l’autre côté de la colline dans une autre résidence, la « Rustique Olivette ». À la mort de son père elle a souhaité que la maison revive de cette manière-là. En raison des longueurs de la succession notariale il a fallu du temps pour que tout se mette en place, mais cela nous a permis de faire mûrir le projet. Danielle Deroze avait plutôt en tête des résidences de plasticiens puisque son père était sculpteur, alors que La Marelle est spécialisée dans le domaine des résidences d’écriture. On a d’emblée proposé à une amie de longue date, Barbara Satre, de nous accompagner sur la programmation de ce lieu en croisant littérature et arts plastiques. Le cœur de la Marelle reste à Marseille, avec une extension à La Ciotat qui est plus que bienvenue : nous sommes depuis longtemps sur des problématiques de lieu. Nous sommes très attachés à la Villa des Auteurs où nous sommes installés depuis le démarrage à La Friche de La Belle de Mai. Mais aujourd’hui on n’a que le rez-de-chaussée où on partage nos bureaux et un appartement de résidence. On ne peut accueillir qu’une résidence à la fois alors que nous avons toujours eu envie de réunir plusieurs artistes. Ce que nous n’avons pas pu réaliser à La Friche, c’est ce que nous permet aujourd’hui cette villa à La Ciotat.

Barbara Satre : Nous étions aussi mus par l’ambition de faire état de ce qui nous semble être un commun des pratiques artistiques aujourd’hui, précisément de chercher à se décloisonner à s’hybrider.

Un apport essentiel alors !

F.P. : Très investie dans le projet, Danielle Deroze est surtout d’une générosité incroyable. Le lieu nous est mis à disposition gracieusement. Il y a eu beaucoup de travaux de rénovation, car la maison n’avait pas été habitée pendant longtemps, et elle y a mis beaucoup de temps, d’énergie et d’argent. C’est un fabuleux cadeau.

Du vrai mécénat.

B.S. : C’est quelqu’un qui aime énormément les arts et qui cultive cette haute idée d’une nécessaire vie de l’art et des pratiques artistiques qui doivent se faire par la rencontre. Aujourd’hui plus que jamais, ce rapport à l’isolement chez les artistes devient absolument cruel et c’est presque sanitaire que d’avoir ce genre de démarche.

F.P. : Il faut ajouter que les disciplines artistiques sont très cloisonnées, au niveau des institutions bien sûr, des chargés de mission, des guichets auxquels on peut aller sonner mais aussi dans les pratiques. Les programmateurs, les lieux d’accueil sont souvent très spécialisés.

Combien d’artistes accueillerez-vous en résidence en même temps ?

F.P. : Trois projets idéalement.

B.S. : Les jauges seront variables en fonction des projets. L’objectif c’est d’abord et avant tout de s’adapter aux propositions : ce sont des résidences de recherche donc on ne demandera pas une restitution. L’objectif ne sera pas une demande de résultat mais vraiment d’aménager les conditions les plus favorables afin que la création puisse se faire.

Y aura-t-il des contreparties de la part des artistes ?

F.P. : Comme à la Marelle il n’y a aucune obligation faite aux auteurs accueillis, ni de temps de médiation, ni de résultat. On est conscients que la création prend du temps et que celui de la résidence est très court, que c’est juste une étape et qu’il faut parfois attendre plusieurs années pour que la résidence produise quelque chose de concret. Différentes propositions de rencontres, d’ateliers, de diffusion sont offertes et il n’est jamais arrivé qu’un auteur ne se saisisse d’aucune d’entre elles. En fait ils sont plutôt demandeurs de pouvoir diffuser leur travail de rencontrer des lecteurs.

On est en train de rencontrer aussi les partenaires culturels et institutionnels à La Ciotat pour voir quels croisements on peut imaginer avec des lieux culturels sur place, des établissements scolaires etc. Et puis on essaie de faire en sorte que tout cela communique entre Marseille et La Ciotat et plus largement au niveau du Département et de la Région.

Financièrement comment cela va fonctionner ?

F.P. : Sur le principe des résidences, La Marelle est principalement soutenue par la Drac et la Région, cela va rentrer dans son économie. Il y aura un programme général de résidences, résidences de création et résidences de formation, une partie réalisée à Marseille et l’autre à La Ciotat. C’est dans ce cadre-là que les auteurs accueillis à La Ciotat percevront une bourse de la même manière que ceux qui sont accueillis à Marseille.

B.S. : C’est pourquoi nous y allons progressivement. La Marelle, forte de son expérience, organise les résidences. Pour le reste, c’est en cours de construction. On va aussi adosser à l’intérieur du projet de la Villa Deroze la structure qui est la mienne, une association elle-même en cours de refonte et qui s’intitulera « DA/DA, des artistes et des auteurs ». Cette structure permettra de s’occuper des résidences, plutôt art plastique et visuel, d’un point de vue administratif tout autant que technique dans le cadre d’un partenariat associé au site de la Villa Deroze. On avancera en fonction des aides allouées.

Vous ne parlez pas de la musique…

F.P. : Oh si ! Il y a d’ailleurs des résidences où ce sera écriture et musique. Nous partons de nos cœurs de métier, c’est-à-dire l’écriture pour La Marelle, les arts visuels pour Barbara mais on continuera à inciter des auteurs et artistes accueillis à prolonger ces croisements avec d’autres disciplines. Par exemple pour la première résidence que l’on va accueillir le 11 mai, l’auteure Emmanuelle Pireyre sera invitée. Elle sera rejointe par l’auteur-compositeur-interprète Bastien Lallemant dans le cadre du projet Chansons pour Multipistes.

La magie opérera-t-elle ? Nous l’espérons. Déjà les sculptures anthropomorphes de Gilbert Deroze scellent une articulation entre l’art et la nature. La situation géographique de la villa offre une multitude de points de vue sans en imposer un seul. Tout est là pour que soient fructueuses les rencontres entre les artistes de divers horizons, photographie, sculpture, peinture, musique, écriture… et les échanges pluridisciplinaires favorisés. L’espace est suffisant pour que chacun puisse s’isoler et que tous puissent se rencontrer. La maison autorise « naturellement » les porosités dans un esprit de convergence. Tout cela découle d’une volonté politique sur le modèle de la Villa Médicis, à notre mesure ! On sélectionne les artistes qui ont un réel besoin de ce type de cadre pour leur travail. La mise en place de ce dispositif permet l’éclosion de travaux qui ne pourraient pas exister autrement. Que cela se passe dans le sud de la France correspond à une volonté de décentralisation et installe le travail artistique dans le paysage de notre actualité pour un art vivant.

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2021

04 91 05 84 72 la-marelle.org

Photographies © Fanny Pomarède