PMA et filiation : deux mamans témoignent

Une famille ordinaire

PMA et filiation : deux mamans témoignent - Zibeline

À 31 ans, Annie* et Julie* vont être mères pour la deuxième fois grâce à une procédure d’assistance médicale à la procréation, réalisée en Belgique. Rencontre.

La nouvelle vient de tomber. Ce sera un garçon. Le deuxième. Le foyer d’Annie et Julie s’agrandit. Un projet de vie devenu évident assez rapidement. « Quand nous avons vu que c’était sérieux entre nous, nous avons voulu fonder une famille. Puis on attendu le bon moment, le confort matériel… » Entre les futures épouses, l’une originaire de Toulouse et l’autre de La Rochelle, la rencontre a lieu de manière assez banale : sur les bancs de l’université, en master de communication et ressources humaines, à Paris, en 2009. Il y a deux ans naissait Jules*, après une première insémination qui n’a pas fonctionné. À l’origine, Annie et Julie auraient souhaité un donneur de leur entourage qui serait devenu une sorte de parrain de leur progéniture. En vain. C’est donc vers un autre mode de conception et la Belgique que se tourne le couple. Le premier rendez-vous avec la gynécologue a lieu dans une clinique en janvier 2016. « Elle nous a tout simplement demandé ce qui nous amenait », témoigne Annie qui portera le premier enfant. Dès le départ, les futures mamans font le choix d’un donneur unique et se procurent 6 « paillettes » provenant d’un Danois. « La sélection se fait à partir d’un profil psychologique, d’une interview audio et de photos d’enfance du donneur. Il nous a semblé correspondre à nos valeurs. À leur majorité, nos enfants pourront obtenir son adresse si elle est toujours valide. »

Pour leur deuxième conception, c’est Julie qui a le ventre rond. Enceinte de quatre mois, elle rejoint son épouse dans une pizzeria du quartier où elle travaille comme responsable de la formation. Des collègues la saluent. Toutes deux membres de l’Association des parents gays et lesbiens (APGL), elles ne courent pas les manifs et préfèrent « un militantisme du quotidien », alliant transparence et vigilance. « On n’en fait pas un sujet de revendications mais on est aux aguets en cas de situation de sexisme et d’homophobie », résume Annie, qui avoue avoir un portrait de Simone de Beauvoir au bureau. C’est, pour elles, le meilleur moyen de faire évoluer les regards et les comportements, particulièrement dans le monde de l’entreprise. « C’est de l’intérieur qu’on peut changer les mentalités. En montrant que tout est normal », glisse Julie. Quand j’ai demandé à quels jours de congés j’aurai droit quand ma femme accoucherait, mon responsable n’a pas su me répondre. Pourtant, il y a 150 000 salariés dans l’entreprise, je ne dois pas être la première dans ce cas », sourit Annie, chef d’agence comptable. Dans la famille aussi, il a parfois fallu faire preuve de patience et de pédagogie. « Mes parents voulaient juste que je sois heureuse. La pilule est passée à chaque étape. Quand on leur a expliqué que tout était pareil que pour un couple hétéro, ils étaient rassurés. Aujourd’hui, ils sont super fiers », témoigne Julie.

Pas si pareil pourtant, quand on y regarde de plus près. « L’officier d’état civil a refusé d’inscrire notre fils sur le livret de famille. Il a donc fallu attendre que la procédure d’adoption effectuée par Julie aboutisse. Pendant un an, ma femme n’était personne et l’enfant n’avait qu’un parent légal », rappelle Annie. La future loi française incluant l’ouverture de la PMA à toutes les femmes devrait régler ce problème. Mais pas tous. « Si le projet passe en l’état, c’est-à-dire avec une mention sur l’acte de naissance qui revient à renseigner sur le mode conception, on continuera de passer par l’adoption sans faire cas de la nouvelle loi », préviennent-elles de concert, pointant « un système patriarcal hétérocentré ». Et d’estimer qu’une telle discrimination (lire notre entretien avec le député Pierre Dharréville) devra être portée devant la Cour européenne des droits de l’homme.

LUDOVIC TOMAS
Septembre 2019

* Les prénoms ont été changés

Photo : -c- Ludovic Tomas