A Nîmes, des lieux hybrides et partagés se développent

Un spot de tiers-lieux

A Nîmes, des lieux hybrides et partagés se développent - Zibeline

A Nîmes, dans un quartier populaire en mutation, des espaces partagés hybrides se développent en marge des institutions. En 2013, le Spot a ouvert la voie.

Quand Nicolas Combis rachète l’immeuble de l’ancien siège de la fédération départementale du Parti communiste, ce fils de militants était loin d’imaginer la suite. En attendant la concrétisation d’un projet immobilier dont il a hérité au décès de son père, il met à disposition des organisateurs de l’Expo de Ouf les 500 mètres carrés de locaux vides pour y accueillir, en septembre-octobre 2013, la deuxième édition de ce festival dédié aux cultures urbaines et alternatives. L’événement mêle street art, expositions, musique, au cœur des quartier populaires Nord-Gambetta et Richelieu du centre-ville nîmois. Les cinq appartements prévus dans le bâtiment ne verront jamais le jour, le propriétaire des murs et les occupants éphémères trouvent un terrain d’entente, un bail est signé : le Spot était né. Rénové progressivement, le site commence par accueillir des artistes, propose des expositions, des performances, des concerts, des ateliers pédagogiques, des conférences…

Économie sociale et solidaire

Aujourd’hui y résident également des associations culturelles et des travailleurs indépendants portés par les valeurs de de l’économie sociale et solidaire. On y trouve donc des bureaux et ateliers partagés, une salle de concert, une boutique autour du skate, une cantine, un bar et même une microbrasserie. Et de se définir comme « un lieu hybride et alternatif, pépinière de projets et vivier de compétences ». « Notre impact est bien plus fort que celui du centre social de quartier. Nous avons peu de rapport avec la mairie même s’ils trouvent ce qu’on fait extraordinaire. Il n’y a pas la volonté de s’appuyer sur notre travail pour le développer », estime Nicolas Combis, 38 ans, père de trois filles, et dont les investissements immobiliers sont désormais destinés à l’émergence de tiers-lieux, dans la dynamique ouverte par le Spot. « Mon but est d’acheter un bien le moins cher possible pour permettre des loyers à bas coût ». De l’immobilier éthique et équitable en quelque sorte. Parti de rien, le Spot est sur le point d’engager un septième salarié (dont des postes de médiateur), atteint 150 000 euros de un chiffre d’affaires et 75% d’autofinancement. Récemment, une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) a vu le jour, avec 120 sociétaires, entreprises et citoyens, y compris la communauté d’agglomération. Même la Caf imaginerait bien implanter un espace numérique.

Le petit Berlin nîmois ?

En 2016, à quelques encablures, un petit frère voit le jour, l’Archipel, dans l’ancien bâtiment d’une mutuelle cheminote. « C’est parti d’une personne qui voulait stocker ses bandes dessinées », jusqu’à l’ouverture d’une librairie dédiée à la BD indépendante et d’une épicerie. L’été, des soirées sont proposés sur le toit-terrasse. Malheureusement, ce propriétaire-là est sur le point de vendre son bien, mettant de fait un terme à l’expérience. « On le regrette mais on cherche une solution pour la suite », avance Nicolas Combis, dont la dernière acquisition dans le quartier est devenue un nouveau tiers-lieu  : la Verrière. Ici, pas de bar mais une belle bâtisse sur deux niveaux avec cour intérieure, consacrée essentiellement au travail et cogérée par les 23 locataires, du plasticien au thérapeute, en passant par un illustrateur et un designer social.

Face à la transformation du quartier, la crainte d’une gentrification est légitime. « Il y a de la marge. Les prix de l’immobilier restent bas », affirme Combis qui voit plutôt une opportunité de faire se rencontrer plusieurs types de population. Même si des annonces n’hésitent pas à vendre l’image d’un petit Berlin nîmois.

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2020

Photo : Nicolas Combis ©Ludovic Tomas