Les directeur.trice.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : Anne Renault, pour Scènes & Cinés

Un optimisme à toute épreuveVu par Zibeline

Les directeur.trice.s des lieux culturels font état de la situation  actuelle : Anne Renault, pour Scènes & Cinés - Zibeline

Forte de ses 6 lieux répartis sur le territoire Istres Ouest Provence, la régie culturelle Scènes & Cinés n’a jamais cessé de maintenir le lien avec le public et les artistes. Entretien avec sa directrice artistique Anne Renault.

Zibeline : Comment les équipes de Scènes & Cinés ont abordé la situation exceptionnelle que nous vivons ?

Anne Renault : C’est en effet un peu particulier pour nous, parce qu’on a six lieux et cinq équipes. Après le mois de sidération en mars, il a fallu trouver de nouvelles pratiques de fonctionnement, entre du présentiel et de petits moments de télétravail. C’est assez lourd parce qu’il faut faire des réunions très régulières avec tous les lieux, il faut soigner la communication interne et vraiment embarquer les équipes, très mobilisées et demandeuses d’exister dans cette histoire.

Puis à partir du moment où on a dû refermer les lieux* on a cherché comment garder le contact avec les spectateurs et on a expérimenté des captations en live. Ce n’est pas la panacée, mais c’est une façon de maintenir un lien et de leur dire qu’ils existent et qu’on ne les oublie pas. Dans le même temps on a largement ouvert nos plateaux aux compagnies, et à ce jour 23 résidences se sont mises en place. Tout le monde a joué le jeu, on avait vraiment envie que les équipes continuent à fonctionner, y compris les équipes techniques même si elles ont bien évidemment eu à entretenir les établissements. On affine petit à petit. On a commencé fin novembre, puis un peu en décembre, et de manière beaucoup plus évidente en janvier. 

Comment avez-vous repensé le Festival Les Elancées dans les conditions qu’on connaît ?

Fin janvier on a pris la décision de le transformer en une édition « de poche » à destination des professionnels, en concertation avec les équipes des lieux et avec les compagnies. Il a fallu aller très vite, et sur les 20 compagnies on en a gardé 10, en privilégiant celles qui souhaitaient montrer leur travail, soit parce que c’était une création, soit parce que leur pièce venait d’être créée et avait très peu tourné (lire journalzibeline.fr). Au regard de ce que j’avais programmé, le choix s’est fait de manière assez évidente, naturelle. Le festival est pensé comme un soutien aux artistes à un moment de leur création, pour leur permettre d’avancer dessus. Ces avant-premières ont été l’occasion pour eux de se confronter à un regard, ce qui est précieux en ces temps de salles interdites au public. Le rapport à la salle nourrit la création bien évidemment, et la création du spectacle vivant ne se fait que dans l’immédiateté. Sans ce rapport au public il est compliqué de faire vivre une œuvre. De fait le festival a été utile à son endroit. 

Comment envisagez-vous la suite de la saison ?

Je suis une incorrigible optimiste ! On va essayer de nourrir l’envie jusqu’à ce qu’on rouvre. Il va peut-être y avoir des signes de frémissement, en mars ça va être très compliqué mais en avril on peut peut-être espérer au moins pouvoir accueillir à nouveau les enfants. Des pistes sont actuellement à l’étude au ministère donc j’espère qu’on pourra ouvrir nos salles avec l’envie du public chevillé au corps, ça c’est certain. Pour le reste de la saison on n’a pratiquement rien annulé, j’ai la chance d’avoir six lieux sur lesquels répartir les spectacles. Globalement pour l’instant ça fonctionne, tout s’est fait en concertation avec les compagnies, certains spectacles n’avaient pu terminer leur tournée ou ne retournaient pas la saison d’après donc on a bien sûr payé les desdits ; on est solidaires des artistes, des administratifs et des techniciens.

Est-ce qu’il faudra qu’on joue cet été, qu’on ouvre les lieux en juillet-août ? On n’a pas encore évoqué ça, les questions sont encore très ouvertes. 

Je pense qu’on a encore à inventer, à réfléchir sur nos missions. Ce qui est sûr c’est qu’on est très adaptatifs, une adaptation au quotidien, de tous les instants. On va tout faire pour inventer avec les artistes et les lieux de nouvelles manières de programmer, essayer que ce ne soit pas une année noire pour la création.

Propos recueillis par DOMINIQUE MARÇON
Février 2021

* La Colonne à Miramas, l’Olivier à Istres, le théâtre de Fos, l’Espace Robert Hossein à Grans, l’Espace Gérard Philippe à Port-st-Louis et l’Oppidum à Cornillon-Confoux

scenesetcines.fr

Photo : Anne Renault © P. Leiva Scènes&Cinés