Le Festival de Chaillol : un travail de fond sur le territoire avec les artistes en Présences

Un espace de relation

• 21 janvier 2022⇒27 février 2022 •
Le Festival de Chaillol : un travail de fond sur le territoire avec les artistes en Présences  - Zibeline

Le Festival de Chaillol poursuit son travail de fond sur le territoire du gapençais. Michaël Dian, son directeur artistique, fait le point.

Zibeline : Avant de parler de la saison 2022, quel regard portez-vous sur l’année 2021, qui n’a pas offert la sortie de crise qu’on attendait ?

Michaël Dian : La crise sanitaire a brutalement rappelé à chacun sa vulnérabilité et, dans tous les domaines, l’interdépendance des acteurs. En 2020, le sol de nos certitudes se dérobait. La sidération passée, l’année 2021 a été celle des réponses, de l’État et de la puissance publique, des professionnels qui n’ont cessé d’ajuster leurs cadres d’intervention à l’évolution de la situation sanitaire. Nous en sommes encore là, ce qui est à la fois passionnant et épuisant.

Passionnant ?

Oui, parce que les bouleversements que nous vivons semblent préfigurer une redéfinition de nos environnements culturels. Il est trop tôt pour distinguer ce qui relève de facteurs conjoncturels de ce qui est la marque d’évolutions plus profondes, mais à l’évidence les comportements et les pratiques changent. Que faut-il penser de la moindre fréquentation des lieux culturels constatée presque partout ? Du développement concomitant des usages numériques, qui se sont d’abord imposés comme substitut avant de s’affirmer comme nouvel espace de fréquentation des œuvres ?

Comment renouer avec les publics ?

Si le public semble hésiter à revenir dans les salles, je ne crois pas qu’il faille l’interpréter comme un moindre besoin de culture. La question ne se pose pas dans ces termes. Mais incontestablement, quelque chose a bougé, comme si le nord magnétique de nos besoins s’était déplacé. Peut-être est-ce parce que nous avons été intimement fragilisés, privés de cette modalité de l’existence tellement simple et essentielle : vivre et faire ensemble.

Concrètement, comment cela se traduit-il dans les saisons de l’Espace Culturel de Chaillol ?

Le premier besoin culturel d’un individu, c’est la reconnaissance de sa singularité. Dans tout ce que nous mettons en œuvre, nous nous attachons à accueillir des personnes, artistes ou habitants. Nos formats sont dimensionnés modestement, dans de petits lieux de la vie de tous les jours qui maillent le territoire. Cela permet une richesse des interactions, une qualité dans la relation. C’est un choix auquel nous tenons, tout comme l’itinérance, qui est le principe premier de nos actions. Ne pas avoir la charge d’un équipement suppose un goût prononcé et une grande culture de la coopération, des dispositions d’esprit qui se doublent de véritables savoir-faire techniques. L’hospitalité, ça se construit.

La réponse passe par plus d’investissement dans le territoire ?

Oui, pour autant que le territoire désigne un espace habité, riche et vivant et non un nouveau mot clé. Car ce dernier est désormais sur toutes les lèvres, prononcé comme un remède aux dérèglements du monde. Son usage exponentiel raconte quelque chose de nos aspirations collectives, quelque chose qui appelle d’autres modalités d’attention, un sens retrouvé de la responsabilité, du soin et des égards. S’ancrer dans le terrestre, pour reprendre le mot de Bruno Latour1, c’est savoir que le paysage qu’on admire existe avant la carte postale, qu’il est une œuvre collective, un héritage façonné par les générations. C’est aussi faire le pari du dialogue avec les habitants et reconnaître que toute manière d’habiter un territoire est éminemment culturelle. C’est enfin admettre qu’« il faut du temps pour ne pas voir que soi dans le monde vivant »2  et commencer d’imager des formes culturelles qui permettent à chacun de contribuer, d’entrer en résonnance.

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2021

1 Bruno Latour, Où atterir ? Comment s’orienter en politique, La Découverte
2 Estelle Zhong Mengual, Apprendre à voir, le point de vue du vivant, Actes Sud

 À venir

Artistes en présences (résidences et concerts dans divers lieux du Gapençais)

Trio SR9
21 au 23 janvier

Loïc Guenin & le Quatuor Béla
2 au 6 février

Kevin Seddiki et Jean-Louis Matinier
29 au 27 février

Photographie © Alexandre Chevillard