Entretien avec Céline Kopp, directrice de Triangle – Astérides, Centre d’art contemporain d’intérêt national à Marseille

Un cœur battant au sein de La Friche

Entretien avec Céline Kopp, directrice de Triangle – Astérides, Centre d’art contemporain d’intérêt national à Marseille - Zibeline

En 27 ans, Triangle – Astérides a accueilli plus de 650 artistes, dont 56% de français, et programmé plus de 140 expositions. L’association vient d’obtenir le premier label « Centre d’art contemporain d’intérêt national » à Marseille. Rencontre avec sa directrice Céline Kopp.

Zibeline : Le label attribué par le ministère de la Culture couronne l’engagement de votre association. Quelles sont les étapes les plus importantes de son histoire ?

Céline Kopp : Triangle et Astérides sont deux associations créées à Marseille au début des années 90 et qui ont fusionné en 2018 pour continuer à repenser leurs engagements ensemble. Mais l’histoire du projet Triangle débute en 1982 dans l’État de New York. Il y a à l’origine deux anglais, le collectionneur Robert Loder et le sculpteur Anthony Caro. Ce dernier était très nostalgique des expériences d’écoles alternatives des années 70. Ensemble, ils décident de créer une retraite de 15 jours, à la campagne, avec une vingtaine d’artistes accompagnés de critiques réputés, comme Clément Greenberg, Karen Wilkin… L’idée, c’est que « les artistes apprennent des artistes » et cela devient le mantra de Triangle. Lorsqu’on rassemble des artistes dans de bonnes conditions, notamment économiques, la magie opère et continue à produire des choses des décennies plus tard. Ce workshop n’avait aucun but à long terme, mais tout de suite le désir d’une 2e édition a été là, et aussi celui d’élargir à des artistes de tous horizons, via les réseaux des fondateurs en Afrique, en Inde, etc. Une fois rentrés dans leur pays d’origine, les artistes ont souvent eu envie de dupliquer l’expérience en l’adaptant à leurs contextes… 39 ans plus tard, Triangle est un réseau informel présent dans 90 pays avec 41 structures d’artistes qui partagent une éthique et un amour pour le dialogue transnational, une vision et des savoir-faire résolument inscrits en local. En 94, New York perd son lieu et l’artiste Alun Williams, membre du conseil d’administration, propose d’accueillir les artistes à Marseille ! C’est la création de Triangle, pour l’organisation de ce workshop avec la complicité de Claire Lesteven, Bernard Plasse (galerie du Tableau) et de l’École Supérieure des Beaux-Arts. C’est aussi le début de la Friche et les étoilent s’alignent ensuite grâce à Christine Breton chargée de mission à la Ville qui y imagine des ateliers et des résidences. En 1995, Philippe Foulquié invite Triangle à rejoindre Gilles Barbier, Sandrine Raquin, Jean-Christophe Nourrisson et Claire Maugeais qui avaient fondé Astérides en 1992 et qui s’y étaient installés en 1993. Dès 1997 les deux associations créent la galerie d’exposition de la Friche… et nous n’avons cessé d’accueillir des artistes et des publics depuis. Cette aventure associative, humaine et institutionnelle, a su se penser dans la durée, se réinventer, pour continuer à servir ses missions.

Dans ce contexte, quel est l’impact du label sur les missions de l’association ?

Le label ne nous oblige pas à changer, à revoir ou à réécrire nos missions. Au contraire, l’État reconnait notre projet artistique et culturel et nos actions comme relevant de l’intérêt national. Pour mémoire, les centres d’art ont émergé en France dans les années 70 avec pour missions la production d’œuvres d’art nouvelles car ils travaillent en grande proximité avec les artistes, l’expérimentation, l’organisation d’expositions et l’invention de tous types de dispositifs de diffusion et de médiation pour s’adresser au public le plus large. Ce sont des structures qui contribuent à l’équité territoriale. Ce label est l’équivalent de la scène nationale dans le spectacle vivant. C’est un acte politique de la part de l’État qui reconnaît une action sur un territoire.

Et du point de vue financier ?

Les centres d’art contemporain ne sont pas financés exclusivement par l’État. Il ne reconnait pas un établissement qui est sien au cœur d’un territoire, mais reconnait notre centre d’art comme un lieu de coopération avec les collectivités territoriales. Cela permet que notre convention pluriannuelle d’objectifs (CPO) soit signée et discutée avec nos partenaires, la Ville de Marseille, la Région et le Département. Cela continue à officialiser un dialogue et un accompagnement qui a toujours été là dans l’histoire de notre structure et cela entérine aussi la liberté de programmation et de création de Triangle – Astérides.

Sur le plan international, le label a-t-il une incidence supplémentaire ?

L’international est dans notre ADN, et il n’est jamais pensé séparément d’une action inscrite dans l’ultra-local. Notre structure a toujours été un lieu où rencontrer la création dans toute sa diversité. Je voudrais aussi rappeler que Triangle – Astérides, c’est 27 ans de projets à parité tant dans l’accueil des résidents que dans les expositions. Nous sommes une structure singulière dans le paysage institutionnel de ce point de vue et aussi parce que la résidence est au cœur de notre activité. J’accueille ce label comme un encouragement ! Cela qualifie notre projet, notre ambition, nos missions et affirme notre appartenance à un réseau de référence inscrit dans un écosystème.

Propos recueillis par MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Octobre 2021

Triangle – Astérides est le 33e centre d’art à recevoir le label, le 3e en Paca et le 1er à Marseille

La Friche La Belle de Mai, Marseille
04 95 04 96 11 trianglefrance.org

Photo : De gauche à droite, Céline Kopp, directrice de Triangle-Astérides, Alun Williams, cofondateur et membre d’honneur de Triangles-Astérides, Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Culture, Sébastien Peyret, président de de Triangles-Astérides, Jean-Marc Coppola, adjoint au Maire de Marseille en charge de la culture pour toutes et tous © Grégoire Edouard