Les directeur.ice.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : 6mic, vaisseau musical aixois

Un anniversaire 6mic

Les directeur.ice.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : 6mic, vaisseau musical aixois - Zibeline

La salle aux allures de rocher imprenable sur le Pays d’Aix a accueilli une poignée de concerts depuis son ouverture. Entretien avec Stéphane Delhaye, son directeur.

Le vaisseau musical était attendu depuis de longues années sur le territoire aixois. Inauguré le 6 mars 2020, 6mic a vécu son éclosion au rythme des restrictions. Pour son premier anniversaire, son directeur fait le point.

Zibeline : Quel est le bilan de cette première année particulière ?

Stéphane Delhaye : Notre travail depuis un an consiste à reporter ou annuler des dates, que ce soit pour les concerts ou les actions culturelles. On a pu recevoir du public lors du week-end d’ouverture ainsi que pour un concert la semaine suivante avant d’être tous confinés. Fin septembre-début octobre, on a pu à nouveau ouvrir aux spectateurs dans le respect des contraintes c’est-à-dire assis et à mi-jauge. Nous avions adapté notre programmation et utilisé les salles avec gradins et le hall du site. C’était d’ailleurs plutôt sympathique mais malheureusement le deuxième confinement est intervenu. Depuis, bien entendu, la diffusion publique est à l’arrêt, a priori pendant encore un bon moment.

Avez-vous pu continuer à maintenir le lien avec les artistes ?

Début juillet, nous avons rouvert les studios de répétition et accueilli des résidences de création, notamment en soutien à la scène locale. On essaye de maintenir le plus possible cette dimension pour que les artistes puissent continuer de travailler. En attendant d’être autorisés à montrer le fruit de ce travail au public, on construit des solutions alternatives. Nous avons un projet d’émissions diffusées en direct sur le web. À côté de ça, il y a le volet accompagnement de groupes émergents. On aimerait bien accueillir aussi des groupes amateurs pour qu’ils puissent répéter mais la réglementation ne leur donne plus accès aux studios. On ne comprend pas bien pourquoi. Quand on est quatre ou cinq dans un studio de répétition, le risque sanitaire est le même que l’on soit amateur ou professionnel. C’est la même chose pour les actions culturelles : on a le droit d’emmener un musicien dans une salle de classe si le rectorat, le directeur d’établissement et l’enseignant l’autorisent mais on n’a pas le droit de faire venir des élèves dans notre lieu alors qu’il est grand et ventilé.

Allez-vous malgré tout souffler votre première bougie ?

Même si on n’a pas pu exploiter le bâtiment comme on l’aurait souhaité, on prépare un événement vidéo d’anniversaire qui sera diffusé sur les réseaux le 6 mars. Le programme devrait durer une heure et demie. Il y aura des prestations artistiques mais je ne peux pas en dire plus pour garder la surprise. L’idée est de faire découvrir ce qui se fait à 6mic.

Tout cela n’est-il pas un peu décourageant ou frustrant ?

Décourageant, non parce qu’on est des combatifs. La situation nous échappe et on est obligé de faire avec. Notre activité, même si elle ne se voit pas, continue de nous donner des élans et des objectifs. Et puis, on a attendu tellement longtemps que ce lieu apparaisse sur le territoire… En revanche, on voit bien que pour les équipes artistiques, cela commence à devenir compliqué. Certains se découragent voire s’effondrent de ne pas pouvoir faire leur métier et à cause du manque de visibilité. Nous sommes extrêmement attentifs et vigilants à les soutenir y compris moralement.

Et financièrement ?

On a essayé de maintenir les cachets des intermittents quand c’était possible. On imagine des projets pour les faire travailler. Pour les dates reportées, comme nous fonctionnons au contrat de cession, ce n’est pas à nous mais à l’employeur de mettre en place le chômage partiel. Mais si c’est une annulation, on prend part à la solidarité et on s’accorde avec les productions pour payer une partie du cachet. On se serre les coudes et cela fonctionne plutôt bien. On est par ailleurs en train de réfléchir à un rendez-vous, à l’échelle de la métropole, de partage d’informations et de réflexions à destination des intermittents, en présence de représentants de différents organismes gestionnaires et pourquoi pas de psychologues.

6mic s’implique-t-elle dans la mobilisation pour la culture ?

Au niveau national, la Fedelima (Fédération des lieux de musiques actuelles, ndlr), dont je suis membre du bureau exécutif, et le Syndicat des musiques actuelles (SMA) discutent avec le ministère pour imaginer des protocoles de reprise. Nous interpellons aussi localement les pouvoirs publics à travers le PAM, le pôle des acteurs de musiques actuelles de la Région Sud. Le ministère parle d’une reprise progressive des activités, par étape, à partir du moment où l’on aura un feu vert. Mais c’est un calendrier très théorique puisque la question de la date n’est pas abordée. Si on en croit ce qu’il se dit, ça va dépendre de l’organisation des concerts-tests.

Participez-vous à l’organisation de celui censé avoir lieu au Dôme de Marseille ?

Nous avons participé à une réunion à l’invitation du collectif qui en est à l’origine. On a proposé notre aide et on est à disposition. On ne connaît encore ni la date ni les conditions. Il faut rappeler que c’est avant tout une étude scientifique. Une fois qu’on aura les résultats, l’idée est d’aboutir à un séminaire courant avril pour échanger au moins à l’échelle européenne.

Le travail de programmation continue-t-il à 6mic ?

Oui, mais avec les reports de 2020 puis de 2021, on arrive à des embouteillages à tous les étages. De nouveaux projets ont du mal à se faire une place dans les grilles de programmation largement surchargées. Notre calendrier est ouvert jusqu’à 2023 voire 2024.

La situation n’implique-t-elle pas davantage de coopération entre les différents lieux de diffusion ?

Cela fait partie de notre ADN de collaborer avec le plus d’opérateurs du territoire possible. On s’appelle régulièrement. Le problème d’embouteillage va aussi exister entre nos lieux. Cela peut avoir des effets pervers. Trop de propositions ne vont-elles pas disperser le public ? Mais d’abord, est-ce qu’il va répondre ?

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Février 2021

Photo : Stéphane Delhaye © Vincent Agnès

6mic-aix.fr