Entretien avec la nouvelle adjointe à la culture d'Arles, Claire de Causans

« Tradition n’est pas un gros mot, c’est l’ADN de la Provence »

Entretien avec la nouvelle adjointe à la culture d'Arles, Claire de Causans - Zibeline

La nouvelle municipalité arlésienne semble vouloir porter une attention plus marquée à la culture traditionnelle. Entretien avec l’adjointe Claire de Causans.

L’engagement de Claire de Causans est d’abord, et depuis longtemps, associatif. Pour sa première bataille en politique, cette mère de trois garçons a choisi le bon cheval. Architecte de formation, elle est devenue l’adjointe en charge de la culture et de la vie associative du nouveau maire d’Arles, l’ancien journaliste et président de France Télévision, Patrick de Carolis. Les Rencontres de la photographie, Les Suds, les fondations Van Gogh et Luma, les éditions Actes Sud, des musées de bonne facture, des monuments romains inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco… Arles transpire l’art et la culture. Entre les grands rendez-vous viendra bientôt s’immiscer une programmation complémentaire, proposée directement par la ville.

Zibeline : Qu’est-ce qui vous a conduit à être candidate ?

Claire de Causans : J’ai beaucoup œuvré, et je continue comme bénévole, dans au moins trois associations. Je n’ai pas de carte politique et je n’en ai jamais fait de ma vie, mais j’avais envie d’être auprès de ma ville et des Arlésiens. Je me suis engagée peut-être même avant de connaître le candidat vers lequel j’irais. Par l’intermédiaire de quelqu’un, Patrick de Carolis m’a approchée et proposé de partir en campagne à ses côtés. Jusqu’au dernier moment je ne savais pas vers quoi j’allais.

Vous avez prolongé cet engagement en figurant sur la liste du parti Les Républicains aux élections sénatoriales…

Ce qui m’importait c’était de défendre notre territoire. Sur toutes les listes en lice, j’étais la seule représentante d’Arles. Vu ma position, il n’y avait aucun risque d’être élue.

Être adjointe à la culture et à la vie associative à Arles, ce n’est pas rien. Comment concevez-vous votre rôle dans une ville au dynamisme et à l’attractivité exceptionnels sur le plan culturel ?

Je connais bien le monde culturel arlésien. Je ne suis pas seule, nous travaillons en équipe, de manière transversale, et main dans la main avec Sophie Aspord, l’élue en charge du patrimoine. La culture est très implantée et partagée puisqu’elle concerne 2000 emplois. Elle doit permettre de développer le territoire et d’attirer d’abord les Arlésiens. La volonté du maire est de rééquilibrer un plafond culturel très haut avec un plancher social très bas. Sa priorité est l’emploi et la formation des jeunes arlésiens. Et la période que nous traversons montre qu’Arles ne peut pas vivre que de la culture et du tourisme. Très peu de temps après son arrivée à la mairie, Patrick de Carolis a réuni les acteurs culturels de toutes tailles dans des assises où il a présenté très clairement les grandes lignes de ses objectifs. Ils étaient très surpris de la démarche, et heureux à la fois. De la même manière, une concertation a eu lieu avec les éditeurs pour monter ensemble le prochain Arles se livre.

Peut-on faire mieux ou du moins autrement que ce qui fonctionne très bien ?

On peut faire différemment. Nous avons des festivals très installés, qui viennent d’institutions, de personnes emblématiques de la ville et qui, bien sûr, vont rester. Mais on ne parle, dans ce cas, que de saison estivale. La désaisonnalité est notre credo, c’est de là que viendra le changement, comme cela se fait déjà avec Les Suds en hiver et Arles se livre. La ville, avec sa direction culturelle, installera progressivement sa propre programmation qui viendra en complément de celles des opérateurs culturels que nous continuerons de soutenir. La culture doit également se tourner vers les quartiers et intégrer les jeunes. L’année prochaine, Arles fête les 40 ans de l’inscription de ses monuments au patrimoine mondial de l’Unesco. On proposera des événements pendant tout le mois d’octobre.

Êtes-vous favorable à de nouveaux équilibres financiers en termes de subventions à la culture ?

La crise sanitaire a creusé un déficit de 4,5 millions dans les finances de la ville. Les aides de l’État et autres ne sont pas encore arrivées. Cela va sans doute avoir un impact sur les subventions. Ce sont les budgets de tous les élus qui sont touchés. On fera le mieux possible. Notre perspective est d’aller chercher de l’argent ailleurs. Le Département et la Région sont de très bons partenaires.

Patrick de Carolis a annoncé l’annulation de Drôles de Noëls en raison du contexte sanitaire mais il se dit que ce programme, qui connaissait pourtant un beau succès, ne sera pas renouvelé l’an prochain. Pourquoi et par quoi sera-t-il remplacé ?

Drôles de Noëls, c’était quatre jours de spectacles de qualité et ce n’est pas cela qui est mis en question. Mais les commerçants n’en voyaient pas vraiment les retombées à cause des horaires. L’ensemble des élus de la majorité voit Noël autrement : très populaire et pendant les quatre week-ends du mois. Cette année, le budget étant très contraint, on a axé sur les lumières et les sujets de Noël, pour accompagner les commerçants. Et c’est la première fois que les villages et hameaux de la commune sont aussi illuminés. On a de très bons retours. Populaire n’est pas un gros mot. Tradition non plus, c’est l’ADN de la Provence. On peut tout à fait mêler et moderniser les deux termes. Les passerelles se font très bien.

La délégation de service public du Théâtre, scène conventionnée pour les nouvelles écritures, arrive à échéance fin juin. Souhaitez-vous que Valérie Deulin soit reconduite à la direction ?

Monsieur le maire tient absolument aux nouvelles écritures. En revanche, on va sans doute mettre une ligne supplémentaire dans le dossier sur le fait de programmer quelques spectacles un peu plus tous publics. On est en train d’écrire le cahier des charges. Je ne peux pas en dire plus car c’est dans le cadre d’un marché avec des candidats, dont, j’espère, madame Deulin.

Avez-vous fait connaissance avec Christoph Wiesner, nouveau directeur des Rencontres d’Arles ?

Je l’ai vu plusieurs fois. Je pense qu’il a bien pris la mesure des choses. Ce n’est pas une rupture, loin de là, c’est un changement de vision par rapport à son prédécesseur (Sam Stourdzé, ndlr) que je connaissais bien, et c’est toujours intéressant. L’équipe est restée pour assurer la transition.

Quel type de relation comptez-vous mettre en place avec la Fondation Luma ? Y aura-t-il plus de connexion, de concertation que précédemment ?

Il me semble qu’il y en avait déjà. Je parlais de passerelles tout à l’heure. Privé et public doivent pouvoir composer un bon équilibre. Par exemple, avec l’Agglomération, on est en train de mettre en place, dès la réouverture au printemps, deux navettes électriques qui circuleront entre le parking à côté de la fondation et le musée archéologique Arles antique avec un arrêt sur le boulevard des Lices.

Les personnels et usagers de la médiathèque se mobilisent régulièrement pour réclamer plus de moyens pour un meilleur fonctionnement. Vont-ils être entendus ?

Oui. Le personnel était en souffrance. Des agents supplémentaires ont déjà été affectés. Tout rentre dans l’ordre. Le moindre petit village met un panneau pour orienter vers sa bibliothèque. À Arles, je crois qu’il n’y en a même pas. On va donc améliorer la signalétique. C’est un lieu phare pour Monsieur le maire.

Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS
Décembre 2020

Photo : Claire de Causans © Florent Gardin-Ville dArles