Qu'attendent-ils d'une politique culturelle régionale ? La réponse d'Olivier Py (10/10)

Tout appartient à tous

Qu'attendent-ils d'une politique culturelle régionale ? La réponse d'Olivier Py (10/10)  - Zibeline

par Olivier Py (directeur du Festival d’Avignon)

Une politique culturelle locale se doit d’être à la fois nationale, ces deux mots ne s’opposent pas, ils s’appellent et se complémentent. Ce n’est ni un parisianisme déconcentré, ni un folklore départemental. Dans la politique culturelle, nous construisons la République, qui n’a pas pour centre la capitale, mais chaque citoyen. National en région était le projet de Jean de Vilar et reste le combat à mener. Et que chaque ville de France devienne une capitale culturelle. Mais nous pouvons aller plus loin. La culture française est une culture universaliste ; elle oppose le projet national au discours nationaliste. Le projet culturel local se doit d’être européen et international. Les ennemis de la culture sont aussi les ennemis de l’Europe. Et les ennemis de l’universalisme entonnent déjà le chant de l’insécurité culturelle. Ouvrons-nous au monde, c’est le seul moyen de rester ce que nous sommes. C’est le seul moyen aussi de faire mentir ceux qui croient qu’il y a DES cultures et non pas LA culture. Évidemment il nous appartient de travailler sur la médiation de la culture, d’irriguer les quartiers, les écoles, les associations, pour que les trésors universels n’appartiennent pas à un groupe d’initiés.

Le communautarisme aussi est un danger pour l’idée que nous nous faisons de la Culture. Tout appartient à tous, il n’y a pas de lien génétique ni social ni sexuel entre une culture et un être humain. La culture est justement ce qui lui permet d’échapper à ces conditionnements. Nous sommes enrichis des cultures de tous et nous travaillons à la fertilité du métissage.

Car hélas nous ne sommes pas aussi libres qu’il le faudrait. Mais nous pouvons être libres dans notre vie intérieure, qui n’a pas de limites. C’est bien cela qu’il faut donner à Tous, cette liberté inaliénable. Et c’est en cela qu’il faut être Local, travailler sur un territoire, rencontrer les hommes et les femmes comme des individus et non des statistiques. La politique culturelle locale devrait être notre ambition la plus fondamentale, la plus républicaine et la plus universelle. Décentralisons les musées et les œuvres, décentralisons encore et encore les théâtres et les rencontres, décentralisions, ouvrons, accueillons, inventons, échangeons, rencontrons, espérons ; l’avenir ne mérite pas moins.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Avril 2021

Photo : Olivier Py © Christophe Raynaud de Lage



Qu’attendent-ils d’une politique culturelle régionale ? Une question posée par Zibeline à dix acteurs culturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur, à l’approche des élections régionales.

Ci-dessous, les réponses de :
Eloïse Mercier
Yohanne Lamoulère
Germana Civera
Françoise Adamsbaum
Laurent Eyraud-Chaume
Fred Jumel
Manu Théron
Benoît Arnulf
Béla Czuppon