Correns accueille Les Printemps du monde du 6 au 9 juin. Rencontre avec les musiciens de Banda Sagana Totem Tribute

Totems sans tabou

• 6 juin 2019⇒9 juin 2019 •
Correns accueille Les Printemps du monde du 6 au 9 juin. Rencontre avec les musiciens de Banda Sagana Totem Tribute - Zibeline

Correns accueille Les Printemps du monde, restant fidèle à l’esprit insufflé par le Chantier tout au long de l’année.

Pas moins de vingt concerts au programme*, dont un issu du travail au long cours effectué avec les élèves des écoles de Saint-Maximin et Vins-sur-Caramy. Rencontre avec les musiciens de Banda Sagana Totem Tribute, artistes du dispositif qui permettra, le 8 juin, à une centaine d’enfants d’être au cœur d’une création ethnopédagogique.

Comment s’est orchestré l’atelier ?

Banda Sagana Totem Tribute : Tout au long de l’année, grâce à leurs enseignantes, et au musicien intervenant Patrick Petit, initiés par une vaste documentation sur les animaux totémiques que nous avons fournie, les élèves ont travaillé sur la construction d’une histoire fondatrice et d’un rituel consacrant ce qui sera l’animal totémique de leur village (à Vins-sur-Caramy) et de leur école, ici à Saint-Maximin. C’est l’an zéro de leur animal totémique. Dans 300 ans, peut-être que l’on se demandera comment il est né, et ce sera la naissance de nouvelles légendes ! Les enfants sont sensibles au plaisir de l’histoire, ils ont voté (toute l’école) entre quatre versions qu’ils avaient imaginées. Ils avaient eu un questionnaire auparavant comprenant des recherches sur les mythes de leur ville. Ils ont composé, aidés de leurs enseignantes et Patrick Petit, les musiques et les paroles. Bien sûr, nous avions donné une trame. Nous partons du ludique, du plaisir, du support des images.

La réinvention des mythes permet-elle une certaine démystification ?

Cette question ne m’avait jamais été posée. En fait, fabriquer le symbole lui accorde encore plus de signification. Les masques aident à endosser un rôle, il n’y a pas de démystification, on entre dans le mythe, et l’on devient soi-même mythologique. L’enfant vit ici un apprentissage pour accéder et vivre son symbole. L’éducation dans le monde entier développe l’art de métaphore et du symbole, ce qui permet de se relier les uns aux autres… Par là, on saisit mieux les principes de la création qui plonge dans l’inconscient collectif, cela  met en œuvre une véritable alchimie. Nous travaillons sur le sens et le fond. Le corps est aussi sollicité, ses capacités d’imitation font de l’interprète un symbole.

La tradition n’est donc pas sclérosante…

Surtout pas ! C’est un humus pour la création. Une tradition qui se sclérose est une tradition qui meurt. Il y a des variations à l’infini, qui permettent de pérenniser l’énergie, de préserver une relation privilégiée entre les êtres humains et leur environnement. Le symbole vivant donne du sens.

Quel animal pour Saint-Maximin ?

Les enfants ont choisi un taureau aux cornes d’argent, en référence au fleuve Argens. Au début, il terrorisait la population, mais un jour, il a coincé ses cornes dans un buisson, et les villageois l’ont sauvé. Devenu bénéfique, l’animal a dégagé une fontaine et redonné l’eau au village qui se mourait à cause de la sécheresse. Les percussions, le tuba, un « gaffophone » maison, flûtes et galoubets accompagnent l’histoire que les enfants chantent et dansent. C’est une vraie création ethno-pédagogique. À Vins, les enfants ont choisi l’histoire d’un lion et d’un serpent qui deviendront végétariens !

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2019

* Parmi lesquels on retrouvera le duo Daltin (accordéon) / Beer-Demander (mandoline), le duo Brigitte Menon (sitar) et Nabankur Bhattacharya (tablas), Pape Amath N’Diaye et Jean-Paul Raffit, Fouad Didi et son ensemble, La Buonasera, Cantem’ (Brigitte Etienne) Article 9, Alinéa 4 et le chœur d’hommes, La Banda Loca, Urmas, Occi-Cant’, La Cantastorie, Les Souffleuses d’âmes, des séances cinéma des expositions, des conférences, des bals…et la masterclass de Ishtar Connection dont le concert aux tonalités de « fest-noz oriental » sera l’un des clous du festival (8 juin).

Les Printemps du monde
6 au 9 juin
Divers lieux, Correns
04 94 59 56 49 le-chantier.com

Photo : école Jean Jaurès de Saint-Maximin, Banda Sagana Totem Tribute et le taureau à cornes d’argent 2 © MC