La « start-up associative » Synergie Family lance son Épopée à Sainte-Marthe

Synergie Family, une épopée marseillaise

La « start-up associative » Synergie Family lance son Épopée à Sainte-Marthe  - Zibeline

L’association est à l’initiative d’un projet inédit de village dédié à l’innovation sociale et éducative. Un « lieu de tous les possibles » où pourront se côtoyer entreprises, associations, chercheurs, artistes et habitants.

Paul Ricard aurait sans doute apprécié. Les locaux historiques de la société qu’il a fondée en 1932, dans le quartier Sainte-Marthe à Marseille, accueilleront dès l’an prochain un projet dont le chef d’entreprise progressiste disparu en 1997 ne renierait ni l’ambition ni les valeurs. Son nom : l’Épopée. Son objectif : révéler et faire grandir les talents du territoire. « Nous croyons à la création de schémas alternatifs d’éducation. Mais les pédagogies alternatives les plus connues sont souvent trop chères pour les publics qui nous intéressent », explique Laurent Choukroun, directeur général de Synergie Family. Cette « start-up associative » comme elle se plaît à se définir, spécialisée dans les actions socio-éducatives, a imaginé un tiers-lieu sous la forme d’un village de l’innovation éducative et sociale. « Notre système fonctionne pour plein de monde. Mais on n’apprend pas tous de la même façon et on n’a pas tous les mêmes formes d’intelligence, est convaincu le responsable qui fait sienne la citation de Jacques Brel : le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose ». Un système auquel il reproche parfois de « demander à un poisson de grimper à un arbre ». 

Pédagogies alternatives

Son parcours personnel a forgé sa conviction que la réussite et l’épanouissement ne cochent pas nécessairement les cases des schémas traditionnels, que l’échec et « le temps expérientiel » sont des moteurs sur le chemin de l’accomplissement. « Je viens du monde de l’échec scolaire. Je n’ai jamais trouvé ma place dans le système éducatif », témoigne Laurent Choukroun qui déplore « un vrai problème dans l’orientation » des jeunes. À 18 ans, il se découvre une passion pour les arts martiaux. À 21, il crée son club et devient, trois ans plus tard, formateur d’État pour le ministère des Sports. C’est une rencontre avec Franck et leur indéfectible amitié qui conduiront à la création, il y a une dizaine d’années, de la première association : Synergie Sport Sud. Celle-ci propose des activités culturelles et de loisirs aux jeunes des quartiers populaires de l’est marseillais. Chacun des deux complices devenu parent, l’envie de se consacrer davantage à leur vie familiale respective les convainc de tout arrêter. Pour ne pas licencier la seule salariée de l’époque, Laurent et Franck décident d’attendre la fin du contrat de celle-ci avant de dissoudre l’association. Mais la réforme des rythmes scolaires et une sollicitation de la mairie de Marseille en recherche urgente de structures pour prendre en charge l’accueil périscolaire chamboulent leur plan. Pour Synergie Family, c’est le début d’un développement intense qui la mène à élargir le champ de ses missions, de la gestion de Maisons pour tous et de centres de loisirs à des programmes d’ingénierie sociale. Jusqu’à, dans le contexte de crise lié à la pandémie, la mise en œuvre de dispositifs de solidarité communs à des associations, des entreprises et des citoyens en direction de familles en détresse et de personnes isolées. L’unique salariée d’avant 2013 a progressivement laissé place à quelque cinq cents collaborateurs implantés au-delà du seul territoire marseillais.

180 partenaires potentiels

En lançant le chantier de l’Épopée, Laurent Choukroun applique son principe selon lequel « l’entrepreneur est quelqu’un avec la capacité de créer une fiction, d’y faire croire et de la rendre réelle » ; celui qui, « au-delà du rêve, a une pulsion de réalisation ». Cette pulsion a pris corps en découvrant les neuf hectares libérés par le déménagement de Ricard de Sainte-Marthe pour s’installer aux Docks. La visite du lieu se déroule une semaine avant le confinement. « C’est un patrimoine non seulement de l’entreprise mais de la ville. On peut sentir l’histoire, l’énergie, la passion du personnage. On a eu un coup de cœur », raconte le directeur. L’acquisition d’un tel site étant au-dessus de leurs moyens, Synergie Family appelle « les copains » de l’économie sociale et solidaire et de l’innovation éducative pour les associer et rendre possible l’aventure. De son côté, la société Ricard entend privilégier une vente aux finalités humanistes et éthiques plutôt qu’une juteuse opération immobilière. Le 24 avril, un appel à manifestations d’intérêts est lancé en espérant « rassembler des acteurs de l’écosystème de l’innovation pédagogique ». À la sortie du confinement, quelque 180 partenaires potentiels avaient répondu. Les collectivités territoriales, de leur côté, sont également enthousiastes. « En cette période sensible, le message a eu un écho incroyable », relève Laurent Choukroun. Bien que situé dans les quartiers Nord, l’Épopée se dédie à toutes les familles et profils. « Il faut arrêter de ghettoïser les cancres. Ce ne sera pas un lieu figé mais un lieu de vie et d’expériences qui devra évoluer en fonction des besoins des gens. » Un lieu d’arts et de culture aussi, à la fois en termes de diffusion, de création et d’apprentissage. Une première programmation d’événements est annoncée pour le second semestre de 2021.

LUDOVIC TOMAS
Juin 2020

epopee-village.com 

Photo : L’épopée, Projet vue © Georges Albert, architacte D.P.L.G.