60 laboratoires de recherche français se penchent sur la pollution plastique

Sus au plastique !

60 laboratoires de recherche français se penchent sur la pollution plastique  - Zibeline

La recherche française s’unit pour lutter contre la pollution plastique.

Le 10 février dernier, le CNRS invitait les journalistes à une visioconférence de presse, pour marquer les deux ans d’un programme de recherche exceptionnel. Depuis 2019, l’institution a fédéré, avec l’Ifremer1 et l’Anses2, des scientifiques de multiples disciplines pour travailler sur la pollution plastique en milieu aquatique. Les membres du Groupement de recherche (GDR) Polymères et Océans -soit 250 chercheurs dans plus de 60 laboratoires, chimistes, physiciens, biologistes, écologues et écotoxicologues, océanographes, économistes et sociologues- se coordonnent pour étudier sous tous les angles possibles la colonisation de l’environnement marin par nos déchets de toutes tailles, du gigantesque filet de pêche aux nanoparticules.

Affiner le constat

Car la situation est grave : les mers sont depuis trop longtemps un déversoir commode de nos pollutions exponentielles, qui asphyxient les écosystèmes. Au-delà des fameux « gyres » ou « continents de plastiques » flottant en surface, des particules de plastique tapissent les fonds marins et sont en suspension partout dans l’eau, jusque dans les zones les moins peuplées de la Terre, aux Pôles par exemple. Il faut établir d’où elles viennent, comprendre comment elles évoluent dans le temps, comment elles se déplacent et s’accumulent, quels sont leurs effets sur les chaînes alimentaires et le vivant dans son ensemble, et comment les sociétés humaines, en retour de boomerang, sont impactées. D’où l’intérêt de croiser les approches, avec pour objectif, comme le soulignait Pascale Fabre, physico-chimiste de l’Université de Montpellier, qui dirige le GDR, une « mission d’information envers la société civile, vu l’importance sociétale du sujet ».

Dangers invisibles

Le grand public a souvent vu de sinistres images d’oiseaux marins ou de tortues autopsiées, le ventre plein de bouchons colorés. Mais la recherche a commencé à se pencher sur les dangers des micro, et plus récemment des nano-particules de plastique, difficiles à quantifier de par leur taille infinitésimale, alors qu’elles sont largement présentes dans les milieux marins. Julien Gigault, chimiste de l’environnement, évoque leur capacité à interagir avec divers contaminants. Ika Paul-Pont, éco-toxicologue, révèle que toute la chaîne alimentaire est impactée : elles vont se loger jusque dans le foie, les reins des poissons, les tissus des crustacés, les planctons. Avec des effets cocktails encore méconnus, car des milliers de molécules n’ont pas encore été étudiées3.

Les scientifiques s’interrogent sur le cycle du plastique, sa très mauvaise dégradation, sa capacité à transporter espèces invasives, bactéries ou champignons sur de très grandes distances, voire à répandre la résistance aux antibiotiques de certains organismes. Ou encore sur les nuances en fonction des quantités présentes dans tel ou tel environnement, les effets conjugués de l’acidification des eaux et du changement climatique… Le chantier est énorme.

Du constat aux solutions

L’autre chantier auquel il faut s’atteler de toute urgence est celui des solutions. Fabienne Lagarde, de l’Institut des molécules et matériaux du Mans, souligne qu’il faudra impérativement en passer par une diminution drastique de l’usage des plastiques, dont nous faisons une consommation immodérée. L’apport des sciences humaines et sociales sera de première importance pour apprendre à se passer de ce marqueur de notre civilisation. Mateo Cordier, économiste, vient de démontrer que miser sur la technologie pour dépolluer les océans n’aurait qu’un résultat dérisoire. Très enthousiaste sur l’approche interdisciplinaire du GDR, il insiste sur deux facteurs qui pourraient inciter la population mondiale à produire moins de déchets : l’éducation, pour permettre à chacun d’en comprendre les enjeux, et le renforcement du contrôle des lobbies et de la corruption. « Si l’on continue à croire au dogme de la croissance économique, la pollution plastique ne diminuera pas », dit-il.

GAËLLE CLOAREC
Février 2021

1Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer

2Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

3 Rappelons que le plastique est composé à 95 % de polymères et à 5 % d’additifs souvent très toxiques, colorants, retardateurs de flamme ou antioxydants.

Photo : Échantillon de plastique prélevé sur la campagne Tara Méditerranée en 2014 -c- Cyril Fresillon CNRS Photothèque