Les villes pourraient se débarrasser de la publicité dans l'espace public. Exemples à Marseille et Montpellier

Sus à la publicité !Vu par Zibeline

Les villes pourraient se débarrasser de la publicité dans l'espace public. Exemples à Marseille et Montpellier - Zibeline

Moins de pubs dans l’espace public : comme le législateur patine, les citoyens mettent la pression. C’est le cas à Marseille et Montpellier.

Des publicités pour les SUV (« Sport Utility Vehicles »), ces gros 4×4 urbains qui consomment beaucoup de carburant, dévorent l’espace public, tant sur les voies de circulation qu’en stationnement, et qui sont plus dangereux pour les piétons, on va probablement continuer à en voir. Quelques données : ils représentaient, en 2020, 41% des ventes d’automobiles en France ; deux ans auparavant, une étude estimait à 3,3 milliards d’euros le budget total de la réclame pour des voitures ; le secteur des transports représente le tiers de la consommation d’énergie finale en France ; c’est également le principal émetteur de C02. Et pourtant, le projet de loi « climat et résilience », au vote le 4 mai à l’Assemblée nationale, avant examen par le Sénat à partir du 14 juin, ne prévoit pas de restrictions, hormis la mention de la classe d’émissions de dioxyde de carbone (A à G) des véhicules dans les supports publicitaires. La Convention citoyenne sur le climat (CCC) avait formulé douze propositions pour réguler la publicité, la surconsommation étant responsable d’une bonne part des émissions de gaz à effets de serre. Filtre après filtre, d’opérations de lobbying en amendements, contrairement à ce qu’avait annoncé le président de la République, elles sont déniées, et vanter malbouffe ou produits polluants demeure possible.

Échelle locale

Si la législation pèche à ce point à l’échelle nationale, qu’en est-il au niveau local ? Chaque territoire communal ou intercommunal peut instaurer, dans des zones définies, des règles plus restrictives que la réglementation en cours, pour l’adapter à ses spécificités via un règlement local de publicité (RLP), document de planification de l’affichage publicitaire. Grenoble, bien-sûr, est l’exemple couramment cité pour sa démarche de réduction de l’emprise de la publicité dans l’espace public, mise en place après l’arrivée d’Éric Piolle à la Mairie, en 2014. Depuis, les candidats écologistes élus dans les grandes villes aux dernières élections ont souvent évoqué la possibilité d’en finir avec les panneaux publicitaires, mais dans la pratique franchir le pas n’est pas forcément facile. Les collectivités sont sous contrat avec JCDecaux1 ou autres régies ; ne pas les renouveler implique d’importantes pertes de revenus. Selon les obédiences politiques, entre municipalités, métropoles, communautés de communes…, il arrive fréquemment qu’une institution tire à hue et l’autre à dia, ce qui favorise l’immobilisme. La société civile, quant à elle, de plus en plus consciente des enjeux que recèle le sujet, dénonce les manipulations du marketing, la pollution visuelle, les écrans numériques envahissants extrêmement énergivores, dans des actions percutantes et/ou pleines d’humour, pour maintenir la pression auprès des élus.

À Marseille

La cité phocéenne est passée l’année dernière sous l’égide d’une coalition de partis de gauche et écologistes, le Printemps marseillais. Les autres collectivités sont pour le moment restées à droite (Les Républicains), et se montrent nettement moins sensibles aux arguments des citoyens. Ce qui occasionne, comme sur bien d’autres sujets, des débats houleux. La publicité n’est pas une compétence directe de la Ville : les élus marseillais ont, par exemple, demandé à limiter la prolifération des écrans numériques dans l’espace public, mais c’est le Conseil de la Métropole Aix-Marseille-Provence qui fixera le Règlement local de publicité intercommunal (RLPi). Le projet, arrêté lors de la délibération du 15 avril dernier, sera ensuite transmis pour avis aux différents partenaires associés (État, Région, Département…), et soumis à enquête publique au dernier trimestre 2021. L’occasion pour les citoyens d’étudier le dossier et de formuler des propositions de modification.

Nul doute que des collectifs comme Résistance à l’Agression Publicitaire y seront attentifs. Le groupe local organisait, le 20 mars dernier, avec Technopolice, un détournement de la campagne « Votre sécurité, notre priorité » du département des Bouches-du-Rhône (présidé, comme la Métropole, par Martine Vassal). Les activistes montent aussi des « grands concours de pubs sexistes » ou dénoncent les campagnes d’affichage illégales sur les panneaux d’expression libre, ouvertement proposées par certaines agences. Des actions que Sébastien Barles, adjoint à la transition écologique du Maire de Marseille, approuve : « J’y suis favorable, j’ai même participé à ce genre de choses quand j’étais plus jeune. » Un discours qui tranche pour le moins avec celui de l’équipe municipale précédente, laquelle a laissé dans les couloirs de la collectivité une autre approche de la question publicitaire. « Nos propres services émettent encore de la publicité institutionnelle ! C’est un vieux paquebot, qui navigue tout seul. On leur demande d’arrêter, mais si il faut prendre des mesures plus fermes, on le fera. »

À Montpellier

La situation politique est bien différente à Montpellier, où les collectivités sont de la même couleur, rose socialiste, derrière Michaël Delafosse, à la fois Maire et Président de la Métropole. Sollicitée par Zibeline, la direction des relations presse n’a pas répondu à nos interrogations sur leur position au sujet de la publicité dans l’espace public. Il faut dire que la question doit encore être sensible, après qu’un récent canular d’Extinction Rebellion, collectif très actif dans l’Hérault, a fait parler de lui. Fin mars, un document imitant la communication métropolitaine avait été envoyé aux médias, annonçant la suppression de tout dispositif publicitaire sur son territoire. Une méthode qui avait porté ses fruits : « Notre fausse campagne d’affichage sur la déclaration d’état d’urgence climatique le 1er juillet 2019 avait été suivie 3 semaines plus tard par la déclaration officielle de Montpellier », proclame la page Facebook d’XR. Notre dernière campagne réveillera-t-elle chez Michaël Delafosse le courage politique de faire de Montpellier une ville vraiment écologique, sans publicité ? ». Pas vraiment, apparemment : le service presse a précisé aux rédactions qu’une plainte serait plutôt déposée pour usurpation d’identité numérique.

Les activistes ne se sont pas découragés. Le 24 avril, ils envahissaient une station de tram dans le centre-ville, badigeonnant le quai de faux sang. « La pub tue en vantant les mérites de commerces et d’industries qui exploitent les populations dans les mines ou les champs de coton », clamaient-ils au porte-voix, vêtus de rouge. Les passants, étonnés, semblaient plutôt sensibles à l’argumentaire. « Les actions anti-pubs sont très suivies ici, la population est investie dans cette lutte. Certains interviennent de manière spontanée » souligne l’un d’entre eux. De quoi stimuler les politiques ? L’avenir le dira.

GAËLLE CLOAREC
Mai 2021

1 JCDecaux fait partie des champions de l’évasion fiscale dénoncés par l’enquête journalistique OpenLux, publiée par le quotidien Le Monde en février dernier : publicsenat.fr/article/politique/openlux-il-faut-mettre-le-luxembourg-sur-la-liste-des-paradis-fiscaux-demandent

Photos : Grand concours de pubs sexistes par RAP à Marseille, le 8 mars 2020 -c- G.C. / Détournement des publicités sécuritaires du Département 13 par RAP et Technopolice le 20 mars 2021 -c- XDR / Faux sang répandu par Extinction Rebellion Montpellier le 24 avril 2021 -c- Photocratie – La mule du pape