Résidences en mouvement : Annie Zadek invitée des Nouvelles Hybrides

Suivre son propre souffleVu par Zibeline

Résidences en mouvement : Annie Zadek invitée des Nouvelles Hybrides - Zibeline

Annie Zadek, subtile inclassable, était invitée en résidence par l’association Les Nouvelles Hybrides. La crise sanitaire a contraint à une résidence chez elle et non plus dans le Luberon.

Zibeline : Il est difficile de vous présenter car vous échappez à toutes les classifications conventionnelles, le conformisme, ce n’est pas pour vous ! Votre écriture englobe les genres, se plaît à mêler angoisse métaphysique et remuements de l’être…

Annie Zadek : Je ne me suis jamais définie comme auteur, je suis écrivain.e, s’il faut céder aux ukases actuels, « auteur de mauvais coups ». J’écris des livres de paroles. J’ai d’abord suivi des cours d’esthétique auprès du philosophe Henri Maldiney… la philosophie, car il n’y a pas de conservatoire pour les écrivains, ce que je regrette. Le « passage à l’acte » d’écrire s’est effectué sur une invitation du metteur en scène Jean-Louis Martinelli alors qu’il souhaitait monter un triptyque autour de Jakob Lenz. Le troisième volet de cette création devait être écrit par un écrivain contemporain. C’était l’époque du théâtre récit. Je me suis débarrassée de toute la quincaillerie du théâtre, didascalies, répartition en actes et scènes, pour une parole dressée… La voix, la prosodie, le rythme, le timbre, m’importaient. Depuis, tous mes livres ou presque ont fait l’objet d’adaptations à la scène… comme par exemple Nécessaire et urgent (Les Solitaires Intempestifs), mis en scène par Hubert Colas.

La disposition de vos textes sur les pages tient de la mise en scène. Vous les exposez aussi…

Oui, les sérigraphies sur papier raisin sont proches des travaux des artistes conceptuels. Les mots y prennent toute leur plasticité, leur dessin, mais ce serait un leurre que de les penser juste dans leur dimension plastique. J’ai parfois écrit sur des vitrines, comme les charcutiers sur leurs devantures, les écrits entrent dans le paysage, dans le monde, et je m’amuse aussi avec tout cela. En ce qui concerne les livres, chacun est écrit pour lui-même, et j’y suis mon propre souffle, dans la lignée de maître Flaubert et de Racine dans sa chasse aux adjectifs, qui ne servent à rien ! Lorsque j’ai commencé, les pages blanches, comme de longs silences, ne gênaient pas. La mise en espace de la page découle du sens.

La musique est omniprésente, accorde son tempo à chaque ouvrage…

L’inspiration c’est cela : pour la structure, Bach, et pour la langue française, le rythme des alexandrins et des octosyllabes, c’est là qu’elle est la plus sonore. Elle se rapproche alors de la poésie et du théâtre, du chant… dans mon dernier livre, Contemporaine (Éditions Créaphis), on retrouve Bach, mais aussi la sauvagerie du Kaddish, dans l’évocation de la Shoah. En exergue de Nécessaire et urgent, je citais Louise Bourgeois : « l’indicible n’est pas un problème pour moi. C’est même le commencement de l’œuvre. C’est la raison de travailler; la motivation de l’œuvre est de détruire l’indicible ». Ce pourrait être mis en exergue de tous mes livres. J’ai réalisé des films parlés, ainsi avec le texte de Contemporaine, en 2019, il y a ma voix, le bruit de mes talons sur le sol… J’ai aussi des projets musicaux, avec le compositeur Philippe Valembois en 2020 mais repoussé en raison des confinements, et avec Andrea Sarto pour une création en 2022.

Vous êtes en résidence chez vous alors que vous auriez dû vous trouver dans le Luberon…

C’est très curieux. Pour le moment, je bute sur mon nouveau titre… J’aime ardemment les résidences, se dépayser est vital, permet le pas de côté. Comme chaque création mûrit durant des années, j’ai l’impression que je vais vers mon dernier livre…

Entretien réalisé par MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2020

L’entretien complet est à retrouver sur lesnouvelleshybrides.fr

Photographie : Annie Zadek © X-D.R