Renaud Muselier sur la politique de la Région Paca en matière de cinéma

Subsides, on tourne !

Renaud Muselier sur la politique de la Région Paca en matière de cinéma - Zibeline

Renaud Muselier, à l’occasion de l’inauguration du stand régional à la Foire de Marseille, rappelait les grandes lignes de sa politique culturelle en matière de cinéma.

Juste à côté du stand régional se tenait celui de la Ville de Marseille. Qui n’avait rien trouvé de mieux, puisque le thème de la Foire était le cinéma, de faire dès l’entrée la promo du concours de Miss France qu’elle a décidé de financer avec des subsides publics. Nos impôts, pour propager l’image de ces poupées artificielles, cover-girls qui dynamitent les combats féministes et servent essentiellement d’excitation aux adeptes de la branlette chauvine.

À la Région, le sens de l’utilisation de l’argent public est mieux préservé. Pourtant le cinéma, entre art et industrie, est un domaine où l’investissement public est complexe : il représente 17% du budget culturel régional, soit 9 millions par an, et a des retombées notables en termes d’image, d’économie et, surtout, de pratiques culturelles des habitants.

Chaque année le Centre National du Cinéma publie une enquête qui dévoile les chiffres nationaux et régionaux en termes de sièges par habitants, de salles arts et essai, de fréquentation des salles, de meilleures entrées par film…

Des enquêtes qui placent la Région Sud parmi celles où l’on va le plus au cinéma, où les retards en termes d’équipements se comblent rapidement, y compris pour l’art et essai, où le cinéma français conserve une part correcte des entrées, où l’éducation à l’image est particulièrement active : grâce à l’action publique, en particulier du CNC, le cinéma français existe encore, minoritaire derrière le cinéma américain, mais représentant plus de 35% des entrées, alors que dans le reste de l’Europe les cinémas nationaux représentent entre 12% (Espagne) et 7% (Allemagne) des entrées. Et grâce aux investissements régionaux et locaux la Région Sud reste championne, en dehors de Paris, du nombre de jours de tournage, en particulier en studios.

Pertinence artistique ou économique ?

Investir de l’argent public dans le cinéma a donc du sens. Encore faut-il qu’il réponde aux deux critères de l’intervention publique qui doit

  • soutenir l’activité économique de ce qui relève de l’utilité publique
  • soutenir ce qui, dans ce champ, ne pourrait exister sans aide publique

Deux conditions qui définissent, généralement, le champ d’action de la subvention publique envers l’économie privée.

C’est ici que le bât peut commencer à blesser. Pas aussi fort que Miss France, mais faut-il vraiment se féliciter de fabriquer Plus belle la Vie, Cain, Alex Hugo et Leo Mattei ? D’accueillir la saison 3 de Riviera ? En quoi ces productions relèvent-elles du champ de l’action publique ? Que leurs retombées économiques soient importantes, que l’image régionale en bénéficie, ne fait aucun doute. Mais ont-elles besoin, pour exister, du soutien de l’argent public, condition primordiale de son octroi ?

Le discours de Renaud Muselier est clair à ce sujet : il s’agit de retenir dans la région les activités qui rapportent, et d’être donc concurrentiel. Ce qui relève du soutien à l’économie, et ne devrait, en toute logique, pas émarger sur les subsides culturels.

C’est cette notion même de ce qui relève du champ d’une politique culturelle qui n’est pas clair, du moins dans le discours. Lorsqu’on demande à Renaud Muselier comment le choix qualitatif est opéré pour dispenser 5,5 millions aux productions cinématographiques et audiovisuelles, il répond qu’il n’interfère pas dans le choix des contenus, qu’il n’exerce « aucune censure », qu’il n’est pas question pour lui d’opérer un choix. Qui s’opère pourtant : en 2019 la région a reçu 430 demandes d’aides à la création, et n’a financé « que » 142 productions (fictions, documentaires, courts et longs métrages).

Qui choisit, donc ? Un comité d’experts indépendants, pour la plupart étrangers à la région, complété par des experts du CNC qui cofinancent ces productions. C’est ainsi que Renaud Muselier, grâce à la pertinence artistique, et non économique, de choix de ses experts, peut s’enorgueillir d’avoir aidé en 2019 à la production de Shéhérazade de Bernard Marlin (trois Césars), Liberté d’Albert Serra (Prix du Jury de Cannes), Gloria Mundi de Guédiguian, Martin Eden de Martinelli, Un fils de Sami Bouajila, tous trois récompensés à la Mostra… La commission cinéma de la région Sud a du nez !

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2019


Les 6 actions régionales (9 millions d’€)

  • Soutien à la création (5,5 millions d’€)
  • Accueil de tournages (6700 jours de tournage en 2018)
  • Education à l’image (25 000 lycéens concernés en 2019)
  • Soutien aux festivals
  • Aide à l’équipement des salles (numérique, art et essai, rénovation)
  • Conservation du patrimoine cinématographique régional

Photo : -c- Franck Pennant