La COP22 au Maroc, attendue -ou pas- sur les solutions concrètes face au réchauffement climatique

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• 7 novembre 2016⇒18 novembre 2016 •
La COP22 au Maroc, attendue -ou pas- sur les solutions concrètes face au réchauffement climatique - Zibeline

La 22e Conférence des Parties, dite COP22, bat son plein à Marrakech jusqu’au 18 novembre, dans le but de limiter les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, et donc le réchauffement climatique. La société civile croit de moins en moins à son efficacité et s’autonomise.

Rappelez-vous, c’était il y a un an, à Paris1 : la COP21 s’achevait, l’État d’urgence ayant assigné à résidence les militants de l’environnement les plus remuants, et Laurent Fabius, épuisé par une négociation intense, annonçait un accord juridiquement contraignant. 195 pays s’engageaient sur le papier contre le réchauffement climatique. Ratifié en septembre par les deux plus gros pollueurs au monde, la Chine et les USA, et par le troisième, l’Inde, un mois plus tard, le texte vise à contenir la hausse des températures moyennes sous le seuil de +2°C par rapport au niveau préindustriel.

Les enjeux de la COP22

La COP22 aura lieu du 7 au 18 novembre au Maroc : à l’heure où nous écrivons ces lignes, elle n’a pas encore commencé, mais tout le monde espère que cette édition de la conférence, organe de décision suprême de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, sera celle des applications concrètes. Un glissement massif des capitaux, abandonnant les énergies fossiles pour encourager les renouvelables ; un réel effort pour rééquilibrer l’investissement des pays riches, les plus énergivores, face aux pays du Sud, les plus impactés par le réchauffement ; la prise en compte de la problématique spécifique aux espaces maritimes, élément clé de l’équilibre climatique.

Le pays accueillant

Les délégations des 197 Parties concernées (197 États -dont le dernier intégré, la Palestine- et l’Union Européenne) se rassembleront à Marrakech. D’aucuns se réjouissent : après un pays occidental cossu comme la France, il est bon qu’un pays du Maghreb, dont les côtes et les zones désertiques sont déjà frappées de plein fouet par la hausse des températures, reçoive la Conférence. Reste que sa situation particulière n’est pas anodine : le Maroc est un royaume autoritaire, proche des pays du Golfe, et sa politique environnementale est loin d’être exemplaire.

Odyssée Ibn Battûta

odyssee-ibn-battuta-etape-seyne-sur-mer-c-gaelle-cloarec-2Comme lors des précédentes COP, d’innombrables ONG et collectifs écologistes convergeront vers le site, espérant influer sur les débats. Mais cette année, de manière plus prononcée encore, la société civile entend conjuguer luttes environnementales et sociales. C’est l’objectif premier de l’Odyssée des Alternatives Ibn Battûta2, une initiative qui relie à la voile Barcelone et Tanger, organisant à chaque étape, avec les structures locales, des forums et mobilisations centrées sur la justice climatique. Le 22 octobre, l’Odyssée s’est arrêtée à La Seyne-sur-Mer, pour une journée d’échanges avec les équipages participants, des projections, débats et nombreux ateliers.

Relier les peuples

Si la présidence marocaine se réunit avec la société civile pendant la COP22 afin « d’élaborer ensemble un agenda pour le climat commun », annonce le site officiel, ladite société civile n’est pas forcément convaincue. Certes, les grosses ONG, rompues au lobbying, jouent le jeu volontiers. Mais nombre des plus petites structures et des activistes n’attendent rien ou pas grand chose des grands organismes. Pour Jean Ronan Le Pen, de la plate-forme Océan & Climat, « Les institutions sont devenues un obstacle. La FAO par exemple n’aborde la question maritime que par la « pêche durable », mais l’enjeu ne se limite pas à ça ! ». Comme le souligne Hervé Paris, du collectif Altercarto (usages citoyens des données statistiques), « Nous, on s’en fiche de la COP, ce qu’on veut c’est se mettre en réseau, et creuser le débat sur le changement de modèle productiviste : il est en latence mais il n’a jamais eu lieu ».

Espérer

L’escale de l’Odyssée à la Seyne-sur-Mer n’était pas dénuée d’espoir. On y a vu de jeunes adolescents issus des quartiers très populaires de Martigues présenter fièrement le film qu’ils ont réalisé sur l’écocitoyenneté. Avec l’association de scientifiques Les Petits Débrouillards, ils ont entre autres fabriqué leur propre station d’étude de la qualité de l’air : on ne leur en contera plus. À Gabès, l’étape suivante, ce sont les initiatives populaires face à la pollution industrielle, un ravage en Tunisie, qui prendront le relais.

GAËLLE CLOAREC
Octobre 2016

1 Lire notre article consacré à la COP21 dans Zibeline n°91

2 Ibn Battûta : explorateur berbère (1304-1377)

Photos : Odyssée Ibn Battûta – étape Seyne-sur-Mer -c- Gaëlle Cloarec