Entretien avec Sophie Camard (LFI) sur la politique culturelle du Printemps marseillais

Sophie Camard

Entretien avec Sophie Camard (LFI) sur la politique culturelle du Printemps marseillais - Zibeline

Le Printemps Marseillais, mouvement sans précédent qui allie les gauches à Marseille, a-t-il un programme culturel ? Enquête sur les désirs et les visions de chacun…

La question a été posée par Zibeline, en conférence de presse, lors de l’annonce officielle de la naissance du Printemps Marseillais. Le mouvement de rassemblement des gauches et des engagements associatifs a-t-il un programme culturel, une commission culture ? Vaguement évoquée dans un des quatre piliers fondateurs (égalité, écologie, activité économique, démocratie), la culture ne serait-elle qu’une question d’égalité ?

Enquêtant plus avant, Zibeline a interrogé les quatre principaux courants politiques de ce printemps, ainsi qu’un membre du collège citoyen.

Contrairement à l’impression de flou qui pouvait se dégager des prises de positions jusqu’alors, une grande cohérence des réponses apparaît, et des lignes de force communes : participation citoyenne, démocratisation, proximité, pratique artistique, mais aussi soutien affirmé aux artistes, refus de la culture spectacle, dénonciation de l’instrumentalisation s de la culture à des fins de communication…

Des propositions concrètes sont avancées, des moyens pour y parvenir, avec des nuances de priorité selon les tendances. Mais tous mettent la culture, les artistes, les habitants au cœur de ce printemps désiré…

Ils ont cependant un autre point commun : Aldo Bianchi, président de l’association Marseille et moi, Jean-Marc Coppola (PCF), Michèle Rubirola (EELV) Benoît Payan (PS) et Sophie Camard (FI) ont tous ont été extrêmement prolixes ! L’ensemble dessine un programme…


Entretien avec Sophie Camard, Porte-parole de La France Insoumise.

Zibeline : Quelle est la place de la culture dans le Printemps Marseillais ?

Sophie Camard : Le printemps marseillais est en construction. La culture fait partie des sujets bien identifiés dans un futur programme mais elle manque, à ce jour, d’une incarnation forte. Les acteurs du monde de la culture que j’ai pu rencontrer sont pour beaucoup fatigués, ou en retrait, ou en demande. Beaucoup se débattent dans de lourdes contraintes financières ou souffrent d’un manque de considération. La porte est ouverte pour faire ensemble.

Quel bilan tirez-vous de la politique culturelle de la Ville de Marseille ?

Il n’y a pas de politique culturelle à Marseille. Les quelques espoirs de l’année 2013 sont déjà loin. La culture de base est sinistrée, notamment les bibliothèques et musées. Le massacre du site de la carrière antique de la Corderie, pour construire un immeuble fade et imposant, est une cruelle illustration du mépris pour le patrimoine quand tant de curiosités ou sites remarquables pourraient être mis en valeur. L’effondrement éthique et politique de cette municipalité se lit aussi par ce manque cruel de considération pour la culture.

Quels sont les axes principaux de la politique culturelle que vous comptez mettre en place ?

Assurer les conditions d’un accès de base à la culture, avec un critère territorial (présence d’équipements dans chaque secteur) : ouvrir les bibliothèques, les musées, un vrai projet pour le Conservatoire de musique en partenariat avec les écoles… et une politique transversale d’éducation populaire pour lutter contre « l’auto-censure sociale ». Les enfants sont le public de demain. La culture doit être familière.

Recenser, valoriser les lieux remarquables (politique du patrimoine) : et si on pouvait flâner d’un lieu à un autre dans la ville, en marchant et en admirant tous les trésors cachés de notre cité ?

Faire de la culture un levier d’émancipation et de changement social : la culture hors les murs, pour apaiser l’espace public trop souvent privatisé et maltraité. Le Vieux Port piétonnisé méritait à lui seul une programmation artistique, simple d’accès (pas besoin de lourds plateaux techniques) : danse, musique, expositions temporaires… mais identifier aussi des lieux dans chaque arrondissement. Arts du cirque, orchestre de l’Opéra, ballet de Marseille ou simples écoles de danse… nous avons beaucoup d’artistes à domicile à solliciter. Pensons aussi aux arts plastiques, aux cinéastes indépendants marseillais, au street art, à la mode… Il y aurait tant à faire pour que la créativité marseillaise sorte de sa confidentialité.

Comment comptez-vous financer cette politique culturelle ?

Nous avons déjà beaucoup d’équipements à remettre en route, avec un personnel à remobiliser. On peut aussi retravailler tous les projets d’établissements ou les conventions avec les lieux ou artistes subventionnés. Pensons à l’Opéra de Marseille qui est une régie directe ! Il y aura toujours un budget à réexaminer et, si nous le pouvons, à augmenter, mais il y a surtout du souffle et de l’énergie à impulser de la part de la municipalité en direction de ses propres services et équipements directs.

Quel message voudriez-vous adresser aux acteurs culturels et aux artistes de la ville ?

Qu’on les aime et qu’on a besoin d’eux pour diffuser un peu de bonheur dans notre ville malmenée.

Qu’est-ce pour vous qu’une démocratie culturelle, et est-ce ce que vous souhaitez pour Marseille ?

La « démocratie culturelle » c’est, en principe, une vision moins élitiste de la culture, la reconnaissance de la diversité culturelle, l’intégration de la culture dans la vie quotidienne. Je ne confonds pas cette notion avec le nivellement, la marchandisation de la culture, ou l’enfermement dans des préjugés sociaux et/ou identitaires, du type « les quartiers Nord, c’est le rap ». Je préfère laisser la place à la surprise et à la découverte. Un orchestre symphonique pourrait très bien jouer dans un concert en plein air là où on ne l’attend pas. Laissons la place à l’inattendu. C’est la base de la créativité.

Entretien réalisé par DOMINIQUE MARÇON
Octobre 2019

Photo : Sophie Camard c X-D.R.