Thalassanté, tiers-lieu maritime de Marseille, est en danger

Si ThalassantéVu par Zibeline

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À l’Estaque, le Grand Port Maritime de Marseille veut résilier le bail de Thalassanté, tiers-lieu maritime implanté depuis plus de vingt ans sur le Quai de la Lave. Reportage.

Le 11 décembre, il faisait grand beau à Marseille, avec un froid vif. Pas de quoi décourager les dizaines de jeunes danseurs réunis sur le Quai de la Lave à l’Estaque, en plein battle hip-hop. Devant, la Méditerranée, bleue comme une orange, secouée par le mistral. Derrière, le village de containers de l’association Thalassanté, tiers-lieu maritime implanté là depuis l’an 2000. En cette journée portes ouvertes, Miren Berecibar, une bénévole, assurait la visite. Sur 700 m2 de terrain appartenant au Grand Port Maritime de Marseille (GPMM), différents espaces sont répartis : bureaux, buvette, cuisine, buanderie, galerie d’exposition, matériauthèque, salle de repos, brocante, et une magnifique petite bibliothèque. Depuis le toit-terrasse, la vue est imprenable. Ici, sur les bases de l’auto-gestion et de l’auto-construction, on promeut la culture de la mer au travers de projets associatifs. « Nous sommes mille membres actifs et adhérents, explique Miren. Thalassanté, ce sont 38 projets incubés, des plongeurs, un voilier, des ateliers matelotage et voilerie, bois, ferronnerie, des artistes, un studio d’enregistrement ! » Pourquoi le GPMM voudrait-il résilier de façon anticipée l’Autorisation d’Occupation Temporaire (AOT) attribuée à la structure depuis si longtemps ? « Ils sont dans l’incompréhension de nos activités, répond la jeune femme, et craignent que l’on ne puisse faire de l’argent, parce que nous accueillons deux projets entrepreneuriaux, Sud Kayak, des sorties maritimes éco-responsables, et La Boîte Savoureuse, restauration à partir de produits locaux. »1

Déménager pourquoi pas, mais rester sur le front de mer

Le président de l’association, Jonathan Cacchia, s’indigne d’avoir appris la mesure « au dernier moment, alors qu’une concertation publique entre la Ville, le Port et la population est en cours, à laquelle nous participons ! » Lui n’est pas contre l’idée de déménager, les modules de Thalassanté étant justement conçus pour être mobiles, mais souhaite résolument rester sur le terrain, accès public à la mer le plus proche des Quartiers nord de Marseille, sur un littoral où paradoxalement la population a peu de possibilités de profiter de l’eau. « Sur ces 600 mètres linéaires de quai, nous pouvons nous installer n’importe où, mais que l’on ne nous demande pas d’aller dans les collines ! De plus, nous évitons un coût énorme au Port. Si nous n’étions pas là, ce serait le bordel : incendies, vandalisme, nettoyage… On a souvent arrêté des feux et des bagarres ! »

Il est vrai que, observé d’en haut, le village de containers fait plaisir à voir : les visiteurs boivent tranquillement leur café, un stand de plantes fait le plein, des idées concernant l’avenir du lieu s’affichent aux murs. Dans le doute sur les réelles intentions du Port, Thalassanté aimerait proposer un projet citoyen alternatif sur le quai de la Lave, faisant valoir son expérience et son histoire à l’Estaque, en travaillant avec les citoyens et les associations locales. « Les CIQ nous soutiennent. À la Mairie centrale, Sébastien Barles et Hervé Menchon se sont dit prêts à nous appuyer, en proposant éventuellement une médiation. »

Car il va falloir que les collectivités se positionnent : le GPMM est en mouvement sur le littoral urbain ces derniers temps. Début décembre, selon nos confrères de Marsactu, il a lancé un appel à projets pour le secteur du J4. Son objectif d’y implanter une gare maritime de luxe, dédiée au yachting et aux croisiéristes, avec équipements pour VIP, contraste pleinement avec le projet de Thalassanté… Pendant que parlent les millions, et tandis que l’armateur CMA-CGM tente de racheter le quotidien La Provence (comme outil d’influence alors que grandissent les critiques contre la forte pollution générée par ses navires ?), les petites structures et les citoyens marseillais essaient de défendre leur accès à la mer (lire aussi notre article sur l’association Les Libres nageurs, qui réclame aux abords du Mucem et de Villa Méditerranée l’aménagement d’une piscine maritime « ouverte et publique, à destination des nageurs et baigneurs du centre-ville et des quartiers Nord »).

GAËLLE CLOAREC
Janvier 2022

1 Contacté par nos soins, le GPMM confirme vouloir résilier l’AOT « parce que l’association n’a pas respecté les termes du contrat », sans autre précision.

Photos : -c- G.C.