La Grotte Cosquer reconstituée à la Villa Méditerranée

Sauvée des eaux

La Grotte Cosquer reconstituée à la Villa Méditerranée  - Zibeline

Découverte en 1985 par un plongeur à qui elle doit son nom, la grotte Cosquer est accessible, dans le massif des calanques entre Marseille et Cassis, par une entrée située à 37 mètres sous le niveau actuel de la mer. Une galerie remonte ensuite sur environ 120 mètres jusqu’à une grande salle dont une grande partie est restée au-dessus de l’eau. C’est là déjà que réside le caractère exceptionnel de ce lieu, seul au monde à présenter une entrée sous-marine et avoir gardé intactes les représentations pariétales après la fin de la dernière glaciation et de la remontée générale des eaux. Jamais non plus on n’avait découvert dans la région provençale de vestiges artistiques de l’époque paléolithique. Malgré les destructions dues à la mer, les restes iconographiques sont remarquables tant par leur quantité que par leur conservation : les scientifiques qui se sont attelés au recensement aux datations et aux descriptions –Jean Clottes (qui a même passé son diplôme de scaphandrier afin de pénétrer dans la grotte), Jean Courtin (qui outre les éditions savantes a évoqué Cosquer dans Le Chamane du bout du monde, éditions Point) et Luc Vanrell– ont dénombré 177 animaux de onze espèces différentes, un humain à tête de phoque, 44 mains négatives noires et 21 rouges, 216 signes géométriques sans compter les figures indéterminées, ce qui permet d’affirmer que la grotte Cosquer est l’une des plus importantes grottes ornées d’Europe, à l’instar de Lascaux, des Trois-Frères, Altamira ou Chauvet.

Une mine de renseignements

Ces découvertes permettent de reconstituer ce qu’était la faune locale, il y a 27 000 ans : bouquetins (28), cerfs élaphes (15), chevaux (63), bisons et aurochs (24)… et parmi les animaux marins, 9 phoques, 4 poissons et 3 pingouins. Ce qui permet aussi de concevoir l’état de la météo de l’époque ! Curiosité, nombre de mains sont mutilées, soit par ce que certains doigts étaient pliés ou avaient été perdus. En hauteur, des mains d’enfants font supposer qu’ils ont été tenus à bout de bras pour imprimer leur marque… Dans quel but ? Personne ne sait. Une hypothèse germe cependant quant à l’emploi des fragments de stalactites et de stalagmites dont les extrémités ont disparu : le carbonate de calcium provenant de la poudre de ces concrétions brisées pouvait être utilisé médicalement en cas de fièvres, de maladies cardiaques, d’ulcères, de blessures ou de membres cassés… (on l’emploie encore dans le traitement de l’ostéoporose). Ce serait alors l’un des premiers exemples concrets de la médication de l’histoire du monde !

Reconstitution et restitution

Le projet de rendre accessibles ces savoirs et ces œuvres va enfin prendre forme dans l’actuel bâtiment de la Villa Méditerranée. Suivant la méthode utilisée pour la grotte Chauvet Pont d’Arc avec un maillage 3D et un ensemble de photographies (à lire ici), une reconstitution fidèle à l’original permettra à tous d’accéder aux fascinantes œuvres rupestres de la grotte Cosquer, servira aussi de point d’ancrage d’un comité scientifique, favorisant la recherche. Grand public et élites savantes y trouveront un centre culturel de premier plan. Cette appropriation d’un passé commun donnera aussi à réfléchir sur la montée des eaux actuelles et, s’inscrivant dans la perspective des modifications des reliefs de la préhistoire, combien est grave l’urgence climatique contemporaine.

MARYVONNE COLOMBANI 
Octobre 2019

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Photo : © Drac-Paca-SRA, Luc-Vanrell


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