L'environnement au cœur du projet culturel à Châteauvallon

Retrouver les lucioles

L'environnement au cœur du projet culturel à Châteauvallon - Zibeline

Jean-Baptiste Sastre, artiste associé à Châteauvallon – scène nationale, a décidé pour son prochain spectacle* de travailler sur l’œuvre de la philosophe Simone Weil. « Comment exprimer la grâce de cette femme, sa pensée brûlante ? L’image de la luciole m’est venue en tête, comme une petite lumière dans la nuit des totalitarismes. » Désireux d’éclairer sa pièce exclusivement par une lumière naturelle, il a contacté un écologue, Fabien Verfaillie, rejoint par un spécialiste de bioluminescence, Marcel Koken (CNRS). L’initiative a rapidement pris de l’ampleur, avec une dimension participative autour de la biodiversité, en lien avec l’Observatoire des Vers luisants et des Lucioles.

Pour Pascale Boeglin, co-directrice de la scène nationale, « Jean-Baptiste Sastre ne pouvait pas tomber mieux avec son idée ! ». Châteauvallon est un site exceptionnel : 10 hectares de nature, sur la commune d’Ollioules (83). « Ce lieu, créé dans les années 1960 autour d’une « utopie réaliste », avait une vraie réflexion sur l’architecture et les jardins. Avec les années il est resté très exigeant sur la programmation, moins à ce niveau ; nous avons le désir de la retrouver. Le théâtre est avant tout un lieu citoyen. L’environnement est la question centrale de notre époque, c’est donc normal qu’il se trouve au cœur de notre projet. »

Sciences participatives

Au final, le spectacle sera éclairé par des bactéries luminescentes, pour l’heure « cultivées » dans les coins sombres du théâtre. Mais le processus de sciences participatives se développe : les habitants de la région sont invités à signaler les vers luisants repérés dans leur jardin ou autres espaces verts**. Marcel Koken explique que le public réalise ainsi « ce qui n’est pas à la portée des chercheurs, en démultipliant les observations ». Les données cartographiées seront fort utiles, rapportées à d’autres éléments, car ces animaux, de la famille des Lampyridae, se raréfient : en cause, la pollution lumineuse, particulièrement perturbante au moment de la reproduction, mais aussi la fragmentation et le rétrécissement des habitats naturels. Ainsi bien sûr que l’agrochimie. Les vers luisants se nourrissent exclusivement de limaces et escargots : si tout ce petit monde survit, c’est l’indicateur d’un environnement relativement sain. Une collecte d’individus reproducteurs est en cours, qui seront répartis dans des écoles. Les élèves s’en occuperont toute l’année sur le conseil des scientifiques, avant d’effectuer un « relâcher » en mai 2020. En ce qui concerne les lucioles, Fabien Verfaillie précise ne pas être certain qu’il en reste dans le Var, « mais nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise : l’an dernier une population a été retrouvée en Corse, où l’on n’y croyait plus ».

Revenir à la nature

La petite lumière des vers luisants fait rêver, d’où la forte adhésion populaire au projet. Comme dans d’autres régions du monde, où le sort d’espèces emblématiques, tigres ou koalas, permet d’attirer l’attention sur les écosystèmes et la destruction de la biodiversité, le premier objectif du projet selon l’écologue est la sensibilisation des publics. Dans cette optique, la démarche écologique de Châteauvallon s’élargit progressivement : il est question de créer des clairières au milieu des pins pour diversifier la végétation, les oliviers ont été taillés et produiront des récoltes, des poissons nagent dans le bassin, sont prévus des ruches, potagers participatifs… « et des transports propres pour arriver le moins possible en voiture ! » s’enthousiasme Pascale Boeglin. « Cet été, nous invitons les visiteurs à des balades avant les spectacles, pour découvrir les endroits du domaine qu’ils n’ont jamais vus, au lieu d’accéder directement à la salle. »

On a envie de défendre que ce que l’on connaît, dans son expérience propre. Marcher dans l’herbe, écouter les grillons, s’asseoir sur une pierre encore chaude, humer l’odeur des cades… Mille et une façons de redonner de l’importance à la nature, pour soi et les enfants qui grandiront après nous. « D’une manière générale, toute instruction devrait avoir pour objet essentiel d’augmenter la sensibilité à la beauté du monde », écrivait Simone Weil…

GAËLLE CLOAREC
Mai 2019

* Plaidoyer pour une civilisation nouvelle sera créé au Festival d’Avignon 2019

** Via une hotline (07 83 43 62 36) ou sur le site asterella.eu

Photo : Femelle de Lamprohiza Delarouzei (Jacquelin du Val, 1859) -c- Henri Salvan


Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com