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A Marseille, Médecins du Monde inaugure un dispositif pour l'accès aux soins des plus précaires

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A Marseille, Médecins du Monde inaugure un dispositif pour l'accès aux soins des plus précaires - Zibeline

À Marseille s’inaugure un dispositif qui permettra aux plus précaires, qu’ils aient ou pas un titre de séjour, d’accéder aux soins médicaux sans avoir à avancer les frais. La Pass de ville est destinée à lever les barrières qui excluent de plus en plus de personnes du système de santé français.

Entretien avec Delphine Payen-Fourment, chargée du projet chez Médecins du Monde.

Zibeline : En quoi consiste ce dispositif ?

Delphine Payen-Fourment : Les Permanences d’Accès aux Soins de Santé ont été créées en 1998 pour prendre en charge les personnes en situation de précarité, mais ce sont des dispositifs strictement hospitaliers. Il en existe déjà plusieurs à Marseille, notamment à La Timone et à l’Hôpital Nord, mais ils sont saturés et sous-dotés. Nous entendons venir en complément, pour ceux qui n’ont pas besoin d’être pris en charge sur site hospitalier. La Pass de ville a été testée en région parisienne, dans des communes plus petites. Marseille est la première grande cité à la mettre en place.

Qui porte ce projet ?

À Saint-Denis et Montreuil, mairies communistes, le projet était soutenu par un engagement politique fort, à Gennevilliers par un réseau de médecins libéraux engagés sur le VIH et la toxicomanie. À Marseille, nous l’avons proposé à l’URPS (Union Régionale de Professionnels de Santé, ndlr) Médecins Libéraux Paca, qui a tout de suite accepté.

Quels sont les publics concernées ?

SDF ou pas, tous ceux qui n’ont pas de couverture maladie. La première entrée pour en bénéficier, en France, passe par le travail : donc les personnes qui ne peuvent pas travailler. Si elles ont un titre de séjour, nous les aidons à obtenir la CMU (Couverture Maladie Universelle). Si elles sont en situation irrégulière mais « stable », c’est-à-dire sur le sol français depuis plus de trois mois, nous les orientons vers l’Aide Médicale d’État. Médecins du Monde milite pour que cette prestation, qui ne relève pas de l’Assurance Maladie, y soit intégrée, car chaque année elle donne lieu à une polémique.

Laquelle ?

Régulièrement à l’Assemblée, au moment du vote du budget, il lui est reproché d’être coûteuse. Alors qu’il s’agit d’un très faible pourcentage, au regard de l’Assurance Maladie et du trou de la Sécurité Sociale ! De plus il s’agit d’une question de santé publique : ces personnes arrivent parfois porteuses de maladies, qu’il faut traiter. Si la tuberculose se répandait cela coûterait beaucoup plus cher !

Comment la Pass de ville est-elle financée ?

Nous avons des fonds propres et des partenaires institutionnels : l’Agence Régionale de Santé, la Préfecture régionale à l’égalité des chances, le Département 13, la Métropole Aix-Marseille, la Région Paca et la Ville de Marseille. Le budget pour la 1re année est établi à 160 000€, nous tablons sur 1000 patients. Nous comptons en prendre en charge progressivement jusqu’à 6000 et, au terme de trois ans d’expérimentation, démontrer l’utilité du dispositif, en espérant que le relais soit pris par les pouvoirs publics.

Si c’était le cas, sous quelle forme ?

Directement par la Mairie, ou bien via une structure qui se créerait exprès. L’essentiel est que les professionnels de santé, médecins, laboratoires d’analyses, pharmacies, centres d’imagerie médicale, s’engagent à suspendre leur facturation jusqu’à ce que les patients obtiennent une prise en charge. De la sorte, ils peuvent bénéficier des soins immédiatement, et les praticiens sont réglés ultérieurement.

Comment allez-vous toucher ces patients ?

Notre accès principal est au 4 avenue Rostand (3e arr.) : ce sont les bureaux de Médecins du Monde à Marseille. Il s’agit d’un Centre de Santé, tous les jours des gens poussent la porte et sont accueillis par des bénévoles. Puis nous allons diffuser l’information auprès du Réseau Santé Précarité, tous les Centres d’hébergement, Accueils de jour, etc.

GAËLLE CLOAREC
Janvier 2019

La Pass de ville à Marseille

  • 10 médecins généralistes
  • Centre dentaire du Panier (17 fauteuils)
  • Pharmacies Les Rosiers (14e) et Perdrix (Canebière)
  • 2 laboratoires d’analyses (14e et 1er)
  • 1 radiologue (14e)

Photo : A l’accueil de Médecins du Monde à Marseille -c- Olivier Papegnies