Une Base d’Action Sociale et Écologique en gestation à Marseille

Repaire RepèreVu par Zibeline

Une Base d’Action Sociale et Écologique en gestation à Marseille - Zibeline

La Base, espace autogéré « dédié à la justice climatique, écologique et sociale », ouvre bientôt à Marseille. Reportage.

Au n°3 de la rue Pierre Roche, juste à côté de la station de métro des Chartreux, les énergies fourmillent. En ce début d’après-midi du mois de mai, un atelier plâtre se prépare, pour rafraîchir les murs de La Base (Base d’Action Sociale et Écologique), futur lieu pluri-associatif inspiré par l’initiative parisienne du même nom. 400 m2 d’un bâtiment encore largement en chantier, qu’il s’agit de mettre aux normes pour accueillir du public.

Corinne, membre d’Alternatiba, mouvement citoyen de mobilisation sur le dérèglement climatique, est venue avec son fils pour donner un coup de main dans ce bel espace, dont certaines parties datent du XVIIe siècle. Le bail a été signé en février, nous explique-t-elle, mais les travaux ont été suspendus durant le confinement, et il faut mettre les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu. Elle pointe du doigt l’emplacement des toilettes, qui seront accessibles aux handicapés. Nicolas Nace, qui s’occupe des relations avec la presse, prend le relais pour la visite. Si Alternatiba est à l’origine de La Base, une quinzaine de collectifs se sont très vite ralliés à l’idée de co-construire un projet « pour accélérer la transition vers une société résiliente et respectueuse du vivant » : des structures historiques comme Greenpeace, d’autres plus récentes, telles ANV-Cop21, des branches marseillaises de réseaux nationaux (les Colibris), des très locales (les éco-féministes de Cœur de cagoles), un dispositif de monnaie complémentaire (La Roue), un média participatif (Télé Mouche)…

Radicalisation : du latin radicalis, qui se rattache à la racine

Comment tous ces collectifs cohabitent-ils, avec leurs cultures de mobilisations souvent sensiblement différentes ? Plutôt bien, sourit Nicolas : « l’objectif, ce n’est pas un consensus mou, mais d’ouvrir un lieu où la parole et les convictions puissent circuler ; il y a eu de vifs débats, on se découvre progressivement ». Certains ont une approche plus ardente que d’autres de l’écologie, ou de la démocratie directe. Des membres d’Extinction Rebellion, mouvement international de désobéissance civile né en Angleterre, sont présents à titre individuel, explique le jeune homme : ils ont pour principe un fonctionnement très horizontal, contrairement aux militants de Greenpeace, habitués à plus de verticalité. « Depuis deux ans, Greenpeace évolue, nous confirme-t-il, leur programme inclut des attaques politiques plus frontales : peut-être sentent-ils que la demande se porte ailleurs, vers des actions « musclées », en tout cas la dynamique des mouvements plus jeunes les intéresse beaucoup. Mais on s’entend bien et cela enrichit tout le monde. » Nul ne sait s’il sera parfois question de blocage de sites industriels ou de sabotage de trottinettes électriques sous les voûtes des futures salles de réunion, mais en tout état de cause « il n’y aura pas de positionnement au nom de La Base sur les actions de chaque collectif, même si nous pourrons en relayer certaines sur les réseaux sociaux ». Quant à la gouvernance, elle essaiera de trouver un équilibre avec des groupes de travail et une assemblée plénière tous les quinze jours : « flexible pour conserver un maximum d’autonomie, tout en restant efficace ».

Un pour tous, tous pour un

Ces jours-ci, Nicolas constate que de nombreuses personnes arrivent au local sans faire partie d’un collectif. Informées du projet par les réseaux sociaux ou le bouche-à-oreille, elles se présentent spontanément, pour aider la trentaine de membres actifs qui mettent régulièrement la main à la pâte, encadrés par deux architectes. Le profil des apprentis plâtriers, jeunes gens aux prénoms classiques, est ce jour-là plutôt homogène, comme souvent dans les milieux militants où les populations racisées peinent à trouver leur place. Nicolas opine : « Notre objectif est d’inclure encore plus de social. C’est nécessaire d’un point de vue moral, et aussi pour atteindre des victoires face au mépris des pouvoirs publics, particulièrement à Marseille. » C’est, dit-il, l’une des raisons qui ont prévalu au choix de ce lieu, dans le secteur des Chartreux, à la fois populaire et familial, entre le centre-ville et les quartiers excentrés. Il désigne une table chargée de paquets de couches. « Nous avons ouvert nos portes au Collectif d’entraide du 4e arrondissement, qui collecte des produits de première nécessité pendant la crise sanitaire. Ils sont là du vendredi au dimanche, de 15h à 18h, on ne sait pas jusqu’à quand. Tant que ce sera nécessaire. »

Tu es Base, et sur cette base…

Au fait, avec le Coronavirus, comment eux-mêmes s’en sortent-ils financièrement ? Le propriétaire, Didier Maglione, ancien électricien en reconversion dans l’apiculture, leur loue les lieux 3 000 €. Sur cette somme, 700 € sont pris en charge par une initiative colocataire, Aremacs (Association pour le respect de l’environnement lors des manifestations culturelles et sportives : lire à ce sujet notre article L’heure du Cofees). Restent 2 300€ à débourser chaque mois. Or La Base, qui devait ouvrir en mai, n’est pas prête. 22 000 € collectés via HelloAsso, des adhésions libres et des dons paieront les premiers loyers ainsi que les travaux, mais l’objectif était de tenir un bar pour assurer son fonctionnement par des entrées d’argent régulières, avec ponctuellement de plus grosses soirées. Un magasin gratuit et une bibliothèque sont à l’étude, mais par définition, ils ne seront pas lucratifs. Idem, sans doute, pour les conférences et projections. Des contributions pour utiliser l’espace de stockage pourraient compléter le budget, pas de manière décisive toutefois.

La structure n’emploiera pas de salariés pour débuter, comptant exclusivement sur le bénévolat : tous espèrent que les mesures sanitaires n’empêcheront pas trop longtemps les rassemblements, tant leur projet est fondé sur l’espoir que donne la convivialité. En touillant une gamate de plâtre, les activistes de La Base mettent du cœur à l’ouvrage pour ouvrir avant l’été.

GAËLLE CLOAREC
Mai 2020