Après l'annonce d'un reconfinement, le président de la Région Sud réaffirme le soutien de la collectivité au monde de la culture

Renaud Muselier : « La culture n’est pas une option, elle est vitale »

Après l'annonce d'un reconfinement, le président de la Région Sud réaffirme le soutien de la collectivité au monde de la culture - Zibeline

Entretien avec le président de la Région Sud, à l’annonce du reconfinement.

Zibeline : Quelle a été votre réaction à l’attention du monde de la culture à l’annonce du reconfinement ?

Renaud Muselier : Le retour à une situation de confinement assène un dernier coup à celles et ceux qui ont besoin d’un public pour transmettre leur art. Je tiens à saluer le courage et l’adaptabilité exceptionnelle dont ils ont fait preuve dès l’annonce du couvre-feu. Dès le début de cette crise, ils ont continué à créer en dépit de mesures toujours plus contraignantes, sans ménager leurs efforts pour que la vie culturelle demeure intense, aussi bien pour ceux qui y contribuent par leur activité de création, de diffusion ou de transmission que pour ceux qui y participent par leur regard, par leur écoute ou par leur pratique et je les en remercie. Parce qu’ils ne pouvaient attendre, nous avons fait le choix d’agir rapidement et efficacement. En mars dernier, nous avons décidé de maintenir les 30 millions d’euros de subventions déjà votés. Nous étions la première collectivité à le faire. Nous avons renforcé ce soutien avec notre plan « Terre de culture » qui nous a permis de mobiliser cinq millions d’euros supplémentaires au bénéfice des secteurs du livre, des arts plastiques, du cinéma et du spectacle vivant. Aujourd’hui, comme depuis les premiers instants de cette crise, les acteurs culturels de la région Sud peuvent compter sur notre soutien total pour traverser cette nouvelle épreuve.

Quelles nouvelles mesures la Région Sud va-t-elle mettre en œuvre en soutien à l’activité culturelle ?

Le monde de la culture, en faisant le choix de continuer à produire et à se produire malgré tout, s’engage pour que la vie de chacun de nous ne se résume pas au travail ou à la consommation de produits dits « de première nécessité ». C’est pourquoi la Région veille à ce que l’économie de ce secteur, par nature fragile, ne soit pas fragilisée davantage encore. Dans le domaine du spectacle par exemple, avancer l’heure des représentations au moment du couvre-feu a permis d’éviter la mise à l’arrêt des équipes artistiques mais cela a entrainé mécaniquement pour les lieux une baisse du public et donc des recettes. Afin de prendre cela en compte, nous avons immédiatement réagi et amplifié nos dispositifs lancés lors de la première vague.

Aujourd’hui, avec le reconfinement, il s’agit de permettre aux artistes, techniciens et équipes administratives de travailler dans des lieux de culture (théâtres, lieux de répétition ou d’enregistrement, studios…) qui sont aussi des espaces de résidence et de préparation des spectacles à venir. Cela a un coût puisqu’il faut que ces lieux restent en partie ouverts alors qu’ils n’accueillent plus de public. Nous travaillons donc à accompagner cet effort, indispensable à la création. Les salles de spectacle, les compagnies et les professionnels concernés pourront ainsi compter sur les 700 000 euros restants du plan « Terre de culture » auxquels nous ajoutons 300 000 euros supplémentaires qui serviront aussi à compenser les pertes financières nouvelles des cinémas ou des librairies.

Cette crise amène-t-elle une réflexion dans la durée sur le rôle de la Région dans l’accompagnement des acteurs culturels ?

Nous n’avons pas attendu la crise de la COVID-19 pour engager cette réflexion. Cette crise nous a confortés dans notre stratégie. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, la culture n’est pas une option, elle est vitale. Pour nous, au-delà d’un choix politique, c’est un enjeu économique et social majeur. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’ensemble des filières pour développer la culture et son accessibilité sur l’ensemble du territoire. Chaque année, nous y consacrons 3% du budget régional. C’est un engagement que nous avons pris avec Christian Estrosi. Et nous préparons une série de conventions sur trois ans avec de nombreux acteurs culturels qui ont plus que tout besoin de se projeter dans la durée. Par ailleurs, avec l’aide d’Arsud, notre agence régionale, outil des arts et du spectacle, nous continuerons d’accompagner le développement culturel à travers tout un ensemble de mesures qui prennent en compte les évolutions de la société, notamment ses préoccupations environnementales. Plus que jamais, je suis convaincu que c’est grâce à la culture que nous pourrons préparer sereinement le retour à la vie.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Octobre 2020

Photo : Renaud Muselier © DR