Les Marseillais de Baja Frequencia invitent la scène LGBT+ sud-américaine sur leur nouvel EP

Reggaeton d’un nouveau genre

Les Marseillais de Baja Frequencia invitent la scène LGBT+ sud-américaine sur leur nouvel EP - Zibeline

Dans leur nouvel EP SudAmericat, Baja Frequencia, duo de la bande à Chinese Man, invite des artistes LGBT+ de la scène alternative latino-américaine.

Non, le reggaeton n’est pas condamné aux paroles crétines et aux clips dégradants pour les femmes. Le nouvel EP du duo Baja Frequencia, SudAmericat, met en lumière une nouvelle génération d’artistes engagés, qui révolutionnent le genre en Amérique du Sud. Le projet naît en 2019 alors que le duo marseillais est en tournée en Colombie et Argentine. Pour Azuleski et Goodjiu, les deux membres du groupe signé par le label Chinese Man Records, ces concerts offrent aussi l’occasion de découvrir quelques-un·es de leurs homologues sud-américain·es. Après sa prestation à Buenos Aires, le duo est invité par la rappeuse et DJ Chocolate Remix, qui joue dans un club voisin. « On est allés à cette soirée où se trouvait la scène bouillonnante actuelle, raconte Simon aka Azuleski. C’est une scène à laquelle se mélange la culture clubbing et rave party, beaucoup plus underground que l’idée qu’on peut se faire du reggaeton. » Dans ce mouvement florissant figure le neoperreo, auquel s’intéressait déjà Baja Frequencia. En rapport avec le perreo, nom de la danse très sexuelle traditionnellement associée au reggaeton, il s’agit d’un courant musical alternatif qui s’est développé en Amérique du Sud à partir des années 2010. « C’est un reggaeton revendicatif à l’esthétique plutôt techno ou carrément métal. » Autrement dit un reggaeton qui rejette les codes machistes, misogynes et homophobes et dans lequel les voix féministes et LGBT+ trouvent naturellement leur place. « Dans le milieu underground, il y a moins de problème à se revendiquer de la communauté », relève Azuleski. Des prises de position en accord avec la démarche de Baja Frequencia qui côtoient des artistes LGBT depuis son premier EP, de la rappeuse californienne Blimes Brixton à sa consœur new-yorkaise Dai Burger. « On s’intéresse avant tout aux personnes d’un point de vue artistique mais celles qui nous touchent davantage ou que l’on trouve plus intéressantes dans leur façon de créer sont plus souvent LGBT qu’hétéros ou cis* même si nous sommes hétéros et cis. Il y a une forme d’expression beaucoup plus novatrice que dans certains milieux qui ont tendance à tourner en rond, manquer de propos et sonner creux. »

Discours inclusif

Si les Marseillais n’ont jamais fait de la collaboration avec des artistes queer un objectif, les discours et comportements inclusifs ont toujours été parmi leurs préoccupations. « À l’époque où on faisait du reggae, on combattait déjà les préjugés homophobes qu’il pouvait y avoir dans les soirées. Ça nous fait plaisir de voir que des gens prennent le contre-pied dans le reggaeton. C’est également le cas dans le Dembow dominicano, autre sous-genre du reggaeton, originaire de République dominicaine, que s’approprient des artistes transgenres », témoigne Azuleski. Deux ans après leur virée sud-américaine suivie d’une crise sanitaire venue perturber l’avancée du projet, Baja Frequencia est particulièrement fier de présenter SudAmericat, fruit de rencontres artistiques explosives. Un six-titres torride où se croisent reggaeton, baile funk, cumbia, acid, techno, juke et trap. Six morceaux représentatifs de la scène neoperreo et autant d’invité·es parmi lesquel·les des activistes LGBT+ et féministes comme la Péruvienne Yanna ou encore l’Argentin Shuubass. Quant à sa compatriote Chocolate Remix, dont le titre Belicosa dit sa colère face aux injustices de genre et de race, la BBC l’a nommée parmi les cent femmes les plus innovantes et inspirantes du monde. Le 4 novembre, sur la scène marseillaise du Makeda, partageant l’affiche avec Baja Frequencia et DJ Waka, l’Argentine n’aura pas failli à sa réputation.

LUDOVIC TOMAS
Novembre 2021

* abréviation de cisgenre : qualifie une personne dont l’identité de genre est en concordance avec le genre qui lui a été assigné à la naissance.

À écouter
SudAmericat, Baja Frequencia (Chinese Man Records)

Photo Baja Frequencia © Boby