Elections municipales mars 2020 : la culture à Montpellier

« Quel récit chorégraphique écrit-on pour cette ville ? »

Elections municipales mars 2020 : la culture à Montpellier - Zibeline

Avec son Centre chorégraphique national (CCN), son festival Montpellier Danse et le retour de la chorégraphe Mathilde Monnier dans la ville, Montpellier s’affirme comme une place forte de la danse du grand Sud. Comment ces différentes structures peuvent-elles s’inscrire dans une démarche croisée et cohérente ? Entretien avec Christian Rizzo, directeur d’ICI-CCN.

Zibeline : Quel rapport entretient une structure d’envergure nationale comme le CCN avec sa ville d’implantation Montpellier ?

Christian Rizzo : La première chose que j’ai faite en prenant la direction du CCN, même si elle est symbolique, est de le nommer ICI (Institut chorégraphique international, ndlr). Cela signifie que le projet du CCN n’est pas hors-sol et qu’il est bien ancré dans la multiplicité des territoires qui l’accueillent. La question internationale, nationale, régionale ou métropolitaine constitue une seule et même question. Ce sont quatre cartographies qui se superposent, se renseignent et s’accompagnent constamment, sans échelle de valeur. En étant posé physiquement à Montpellier, nos propositions s’adressent aux gens les plus proches. Ce qui m’importe est d’être dans un double mouvement qui parvient à accueillir l’extérieur et à sortir du lieu.

Les politiques culturelles menées à Montpellier peuvent-elles impacter le projet du CCN ?

Elles le pourraient si elles s’en emparaient. Les politiques culturelles existent à l’intérieur des institutions à travers les projets portés. La question est : comment ces projets peuvent aussi être initiateurs de réflexion pour des politiques culturelles plus larges ? C’est à ce niveau qu’il y a moins de concertation. Je le regrette car certaines réflexions et actions que l’on mène rejoignent à mon sens les enjeux de politique culturelle. Par exemple, il serait intéressant que nos partenariats avec des structures à l’international débouchent sur des partenariats entre métropoles étrangères. Et que les deux projets puissent se charger mutuellement. Pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Les élections municipales peuvent-elles avoir une incidence sur ICI ?

De fait, puisque les institutions sont aussi portées par le politique. Le paysage chorégraphique de demain à Montpellier est-il une question politique ou pas ? Tout dépend de quel projet pour la culture dans cette ville. C’est un sujet relativement absent de la campagne. On oublie que le champ de l’art est aussi un laboratoire, qu’il a des choses à dire et à mettre en œuvre s’il était plus entendu par le politique.

Jean-Paul Montanari vient d’annoncer* qu’il restait directeur de Montpellier Danse. Un commentaire ?

Je n’ai rien à dire.

Vous êtes deux institutions qui cohabitez dans le même bâtiment dédié à la danse, cela ne serait pas incohérent qu’il y ait des ponts entre vous…

Des ponts il y en a : on fait des coproductions en commun, on réfléchit à des coréalisations pour l’an prochain. Je trouve réjouissante une ville qui a plusieurs entités qui réfléchissent sur une pratique, et même vertueux qu’il n’y ait pas un monopole de pensée sur cette pratique. Le plus important est de savoir quel récit chorégraphique écrit-on pour cette ville. Et avec quels moyens pourrait-on activer davantage de zones communes.

Mathilde Monnier, à laquelle vous avez succédé à la direction du CCN, est de retour à Montpellier, via la Halle Tropisme. Que cela vous inspire-t-il ?

Sa vie est ici, il n’y a rien à redire. Mathilde Monnier, c’est une compagnie. Montpellier Danse est un festival. Et il y a le Centre chorégraphique. Personne n’est au même endroit. Il serait très intéressant de réfléchir à la spécificité de ces projets et de voir à partir de là comment on peut les mettre en lien. Mais si tout le monde fait la même chose en parallèle et sans concertation, alors qu’on n’a ni les mêmes missions, ni les mêmes objectifs, ni les mêmes financements, on prendra le risque d’entretenir une extrême confusion qui ne permettrait pas au projet de chacun d’être compris pour ce qu’il est. Ma seule inquiétude est de savoir si les tutelles ont la capacité financière de permettre la pérennisation et le développement de tous ?

Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS

Mars 2020

Photo Christian Rizzo ©Mario Sinistaj

* Lors de la conférence de presse de la 40e édition du festival, le 3 mars

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