La thématique du genre abordée au collège par le biais de la danse avec Arthur Perole et le Festival +de genres

Quand les corps prennent la paroleVu par Zibeline

La thématique du genre abordée au collège par le biais de la danse avec Arthur Perole et le Festival +de genres - Zibeline

Le chorégraphe Arthur Perole a mené des ateliers sur la thématique du genre, dans deux classes de collèges à Marseille et Draguignan. Le résultat a donné lieu à une exposition à Klap. Reportage.

« Être une femme, c’est dur et être une femme noire, c’est encore plus dur. » « On ne peut pas rejeter une personne parce qu’elle est différente. » « Il n’y a que des présidents hommes, c’est pas bien. On devrait laisser sa chance à tout le monde. » « J’ai peur du ridicule et du jugement. » L’exposition visuelle et sonore Leur corps ayant pris la parole à leur place du chorégraphe Arthur Perole n’a pas la prétention de dresser le portrait d’une génération. Elle en dit néanmoins beaucoup. Rapports filles-garçons, perception de la notion de genre, discriminations, religion, avenir, les adolescents y livrent leurs vérités. Avec spontanéité, pudeur, humour. Certainement surpris qu’un artiste les embarque dans un tel projet, celui d’une mise en miroir de deux classes de collèges de milieux sociaux sensiblement différents, l’un à Marseille (Edgard Quinet) et l’autre à Draguignan (Général Ferrié), à travers l’expression et la représentation des corps dans la construction de l’identité. Par un dispositif d’écrans divers et d’enceintes, l’image se retrouve séparée du son. « Cela permet d’écouter une parole sans la coller à un visage, explique Tadeo Kohan, commissaire de l’exposition. On leur a demandé de danser sur leur musique préférée. L’idée était de montrer comment les corps parlent malgré nous. On aperçoit aussi ce que les micro-détails disent de ce qu’on est. Le résultat est une mosaïque d’identités sans assignation ». Des paroles et des mouvements libérés voire libérateurs, permis grâce à une relation de confiance qui s’est construite au fil d’ateliers menés en janvier en partenariat avec Klap Maison pour la danse qui accompagne les projets de la Compagnie F d’Arthur Perole et Théâtres en Dracénie où celui-ci est artiste associé.

Solidarité et assurance

Dans les captations préparatoires à l’exposition, les participants de chacune des classes se sont filmés à l’aide de portables, répondant à des questions du type « C’est quoi une fille ? », « Est-ce qu’un garçon ça pleure ? » ou encore « Qui est la plus féministe entre Simone Veil et Nicki Minaj ? ». « Sur les questions de genre, ils étaient tous cloisonnés, confie le chorégraphe. Mais lorsque j’ai montré des images de Voguing (une danse pratiquée notamment par la communauté noire gay des États-Unis, s’inspirant des poses de mannequin, ndlr), les jeunes de Marseille étaient traumatisés parce que c’est les leurs qui la dansent. En revanche, ils n’ont eu aucun problème à se déguiser. » Entre des élèves d’une 6e relevant de l’éducation prioritaire à Marseille et ceux d’une 4e du centre-ville dracénois, les différences ne sont pas toujours là où on les présage. « Ils n’ont pas du tout les mêmes conditions de vie. J’ai constaté beaucoup de solidarité entre les jeunes marseillais. Et plus de problèmes de confiance en soi chez ceux de Draguignan », poursuit Arthur Perole. « C’étaient des gamins très inhibés. Ils se sont ouverts au fil de l’année. Ce travail sur le corps et la parole leur a donné beaucoup d’assurance », constate Claire, professeur documentariste au collège Edgar Quinet, à Marseille. Ce ne sont que quelques heures avant l’inauguration de l’installation, en ouverture du festival + de genres, que les deux groupes se voient pour la première fois. Le rendez-vous a lieu à Coco Velten, dans le quartier de la Porte d’Aix, à Marseille. À domicile, pendant l’attente de l’arrivée des Varois, l’excitation se fait entendre.

Paroles d’adolescents

« Y’a que des Français ! », pressent Leïla. Quand les deux groupes se découvrent, sa formulation trouve son sens. La composition de chacune des classes révèle l’absence totale de diversité visible du côté des petits dracénois. Rassemblés en tribus animales le temps d’un après-midi ludique pour faire tomber les éventuels préjugés respectifs, les collégiens ne tarderont pas à vaincre leur appréhension.

Et avant que l’œuvre dont ils sont le sujet leur soit divulguée, Arthur Perole diffuse un montage de vidéos issues du « confessionnal » mis en place pendant les ateliers, accueilli dans un brouhaha de surexcitation. Morceaux choisis : « Les drag queen, c’est vulgaire. Chacun son style mais ils abusent », juge un élève de Draguignan. « Il faut avoir une religion mais il ne faut pas la montrer », estime un Marseillais. « Pourquoi on accepte plus les choses pour les garçons que pour les filles ? », soulève-t-on dans le Var. « Les poils sur les filles, ça marche pas trop », décrète-t-on dans la cité phocéenne. « MeToo, c’est bien mais la justice, c’est mieux », affirme une Dracénoise. « On ne va pas arrêter de porter le burkini parce qu’on n’a pas le droit de se montrer à poil. On ne va pas pêcher pour eux », justifie une camarade marseillaise. « L’esclavage, c’est terminé. Pourquoi on les appelle les gens de couleur ? », s’interroge un jeune varois.

Prévu sur deux ans, le projet de la Compagnie F est censé aboutir à un spectacle. Un objectif « compliqué », selon Arthur Perole. Mais les jeunes ont semble-t-il montré qu’ils étaient capables de relever bien des défis.

LUDOVIC TOMAS
Mars 2020

À écouter ici https://soundcloud.com/arthur-perole/en-attendant-que-les-portes-se-rouvrent-1?fbclid=IwAR39OvBAWEtnAGa77GKHZM6awIZ0cR5ooQ6NS1SrtqCO8ZfJ6Adonwunvm4

Photographie © Anne-Sophie Popon