Le Puits de Sciences ouvre en 2022 à Gardanne. Entretien avec Nicolas Fortuit, directeur de la SEMAG

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Le Puits de Sciences ouvre en 2022 à Gardanne. Entretien avec Nicolas Fortuit, directeur de la SEMAG - Zibeline

Projet phare de la ville de Gardanne, le Puits de sciences qui ouvrira en 2022 dessine fortement sa volonté d’être un pont entre les publics.

Le 11 octobre 2017, la Ville de Gardanne recevait des mains de Sébastien Lecornu, Secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, le prix « Ville de demain, ville intelligente » pour son projet de reconversion du Puits Morandat à l’initiative du maire, Roger Meï, et piloté par la SEMAG*. Au cœur de ce dispositif, le Puits de Sciences qu’évoque pour nous Nicolas Fortuit, directeur de la SEMAG.

Zibeline : comment s’est décidée la reconversion du puits Morandat ?

Nicolas Fortuit : En 2003, Gardanne a vécu le traumatisme de la fin de la mine, avec mille personnes au chômage. Monsieur le maire a pleuré le jour de la fermeture et a décidé de concevoir un plan d’aménagement qui créerait au moins mille emplois pérennes en réponse à cette perte dramatique. Au premier objectif politique de mettre en place un nouveau parc industriel, s’est ajouté un deuxième objectif, tout aussi capital, à vocation d’éducation, de formation, de culture. Le propos étant de rendre à ceux qui avaient été touchés par la fin de la mine un travail, et à leurs familles et donner les possibilités à leurs enfants, qui par habitude travaillaient à la suite de leurs parents à la mine, de trouver un emploi pérenne. D’où l’accueil du Centre microélectronique de Provence Georges-Charpak (l’un des six centres de formation et de recherche de l’école des mines de Saint-Etienne). Nous cherchons à instaurer sur le site de Morandat une vraie synergie entre les mondes économique et culturel. D’autre part, un terreau très actif est déjà présent, Gardanne organise depuis de nombreuses années la fête de la science, en relation avec le Centre Charpak. Ici, l’on passe à une autre échelle, pour répondre aux besoins d’une population plus large, venue de la métropole, du département, de la région, voire au niveau national et international.

Une ambition de « Cité de la Villette » du Sud ?

Nous ne sommes pas Paris, il ne s’agit pas de la même échelle, même si nous sommes au cœur de la deuxième Région de France, et en termes d’espace capable, nous serons le deuxième centre scientifique de France. Le pôle Morandat s’étend sur quatorze hectares, le Puits de sciences occupera les 4000 m2 de bâtiments existants, et disposera de trois hectares de pinède, qui permettront aussi des activités en extérieur. Par notre position géographique, nous nous trouvons au barycentre de la métropole et du département et nous sommes en complémentarité avec les structures existantes, Aix-Marseille Université, l’Éducation Nationale, le Centre Départemental de Ressources en Sciences, les acteurs du réseau régional de CCSTI (Centre de Culture Scientifique, technique et industrielle), ceux des réseaux nationaux et internationaux de CSTI (Conseil Stratégique des Technologies de l’Information), l’École des Mines installée à Gardanne sur le Campus Charpak, le technopole de l’environnement de l’Arbois, The Camp, mais aussi les associations, les institutions culturelles, les entreprises innovantes, les start-ups, comme Aix Marseille French Tech… Quatre axes de développement sont à noter : d’abord le Puits de Sciences est conçu comme un lieu fédérateur, outil au service du réseau « Culture Sciences PACA », lieu de ressources, de coproduction, d’hybridation des savoirs ; deuxièmement, il aura les caractéristiques d’un « living-lab », qui permet aux entreprises de tester en situation réelle leurs innovations, l’usager est ainsi placé au centre de la conception du produit ou du service innovant ; troisièmement, il aura une dimension d’innovation pédagogique en ce qui concerne la transmission de la culture scientifique, technique et industrielle, vitrine de toutes ces initiatives au profit d’un large public ; enfin, un parcours d’interprétation ludique décloisonne le concept du musée, et rend accessible par l’expérimentation et le jeu des données scientifiques, technologiques et industrielles.

Un « Tiers-lieu », qui donne l’exemple…

Absolument, cet incubateur de projets de culture scientifique se doit d’être irréprochable dans sa conception, aussi nous avons préparé un ensemble vertueux, basé sur l’implantation d’entreprises innovantes sur le site du Pôle Yvon Morandat, dont la conception doit répondre à une charte très stricte correspondant aux critères des quatre labellisations que le Pôle a obtenues, celle de Parc d’activité Ecoquartier, celle de Quartier Durable Méditerranéen, le label PARC et le label FLEXGRID. Le Puits de Sciences sera exploité selon des règles strictes, alimenté par un réseau d’énergie unique en son genre, entre la récupération de la géothermie grâce au 35 millions de m3 d’eau (l’équivalent du barrage de Bimont !) de la réserve souterraine formée dans les anciennes galeries de ce qui fut le plus grand puits minier d’Europe (à long terme cette eau pourra aussi être rendue propre à la consommation), les panneaux photovoltaïques en autoconsommation, la récupération des énergies fatales, l’optimisation des consommations, les échanges en blockchain entre les groupes de bâtiments. Dans ce quartier solaire, les bâtiments suivent une conception bioclimatique, 100% des bâtiments neufs sont labellisés Bâtiments Durables Méditerranéens, 100% des constructions du Pôle seront producteurs d’énergies renouvelables. Et le Puits des Sciences aussi, avec des panneaux photovoltaïques sur le toit, son niveau or en bâtiment bioclimatique… D’autre part, un Comité scientifique et d’orientation, constitué de chercheurs mais aussi de représentants des futurs utilisateurs dès 2020, travaille sur la programmation de cet outil qui ne se veut en aucun cas figé. Le montant de l’opération s’élève à 14,7 millions d’euros HT, avec la Mairie de Gardanne en maître d’ouvrage, secondée par l’ensemble des collectivités du territoire, Métropole, Territoire du Pays d’Aix, Département, Région, État.

Un projet éminemment citoyen…

Exactement. Ce lieu, destiné à mettre en avant les initiatives des uns et des autres, repose sur des valeurs de solidarité, d’humanité, de partage, d’accueil. Il s’agit d’une opération pour le plus grand nombre, dans un esprit de la science pour tous : multifonction, il n’est pas là pour écraser d’un savoir surplombant, mais pour accueillir. Un restaurant gastronomique et panoramique sera sur le toit du chevalement, tandis qu’une restauration plus rapide sera proposée en bas, les produits venant du local. Une réflexion a aussi été menée quant à la mobilité, le lieu est très accessible par la route, des offres alternatives de covoiturage, de ligne de transports en commun sont mises en place. Il s’agit vraiment de changer de modèle grâce aux trois axes forts, écologie, emploi, énergie. Déjà existent deux cents emplois sur les mille envisagés, alors que le site n’est pas encore lancé ! L’ouverture au public est prévue pour 2022.

Un concours de maîtrise d’œuvre a été lancé…

Top secret ! Vous aurez les résultats le 27 janvier !

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2020

*SEMAG : Société d’économie mixte d’aménagement de Gardanne et de sa région

Photographies : Nicolas Fortuit © X-D.R. et Puits Yvon Morandat © Humans & Drones