Analyse du budget 2016 de la Région PACA

Priorité à l’entreprise, et à l’emploi

Analyse du budget 2016 de la Région PACA - Zibeline

« Pendant 18 ans à la Région on n’aimait pas forcément le monde de l’entreprise. Or il ne peut y avoir de croissance qu’avec le soutien aux entreprises. C’est notre principal défi. »

C’est par ces mots que Christian Estrosi présentait son budget : il faut répondre à l’urgence économique, dans une région où le taux de chômage atteint 12% (taux national 10%) et où « les citoyens ont été séparés de la proximité régionale et se sont donc défoulés aux élections ».

La mise en place du FIER, fonds d’investissement pour les entreprises de la région, n’est pourtant pas à proprement parler une mesure nouvelle : un Fonds d’Investissement existait déjà, il est augmenté de certains fonds européens, et fléché différemment.

La Région est endettée, « la plus endettée après l’Île de France », et Christian Estrosi veut « trouver des marges » pour mener une politique en faveur de l’emploi, en espérant que des entreprises vont s’installer en PACA grâce à des garanties bancaires et des prêts régionaux, et à une attractivité retrouvée grâce au tourisme, à la formation, à la culture.

Pour cela, il veut « faire des économies de fonctionnement » de 44 millions. En fermant les antennes régionales des départements, en diminuant la masse salariale, en réduisant le parc de voitures… autant de mesures qui semblent insuffisantes. Car le FRAT (Fonds régional d’aménagement des territoires) augmente, les communes rurales pourront bénéficier pour leurs équipements d’un investissement régional déplafonné… Mais l’idée est de « se tourner vers l’avenir, ne plus soutenir les secteurs qui s’effondrent et doper l’innovation ». C’est-à-dire la transition numérique, le très haut débit, mais aussi le nautisme de luxe de La Ciotat, le pastoralisme, la sécurité des gares, et un plan « Smart Mountain » de développement des stations de skis (canons à neige et télésièges) qui ne pense pas une reconversion adaptée au changement climatique…

Économie, culture et politique

La relance par l’investissement est un choix politique, et une option économique de plus en plus contestée, parce qu’à l’usage elle n’a, de nos jours, qu’un faible impact sur l’emploi. La relance par le soutien à la consommation est une autre option, et il n’est pas certain que les secteurs retenus par l’actuelle majorité soient réellement des secteurs d’avenir.

Ainsi on peut noter une diminution de l’aide à l’Économie Sociale et Solidaire (11% de l’emploi dans la région est pourtant associatif), des budgets Formation et Lycées qui diminuent, la fin des pénalités pour les communes qui ne respectent pas le quota minimal d’habitations sociales…

Si la « sanctuarisation » du budget de la culture est une bonne nouvelle (augmentation de 1,1%, soit dans les faits un simple maintien), elle ne sera pas suffisante pour sauver un secteur créateur d’emploi, mais aux dotations nettement diminuées depuis des années, notamment dans les Bouches-du-Rhône, par les autres collectivités territoriales.

Mais Sophie Joissains, vice-présidente en charge de la Culture, affirme vouloir continuer à subventionner les compagnies régionales, à développer l’action culturelle, à soutenir la diffusion, les lieux, les festivals, la formation, et les dispositifs existants. Une politique culturelle qui ménage deux visions différentes de la culture : celle de l’attractivité, et celle du droit culturel pour les habitants de PACA.

Car l’emploi culturel, et l’attractivité du territoire induite par la bonne santé d’un secteur essentiel au tourisme, sont les raisons évoquées par Christian Estrosi pour soutenir le secteur culturel : la richesse culturelle, monuments et festivals, est citée par un nombre croissant de touristes comme étant importante dans leur choix de destination, et les touristes venus d’autres régions dépensent 15 milliards d’euros chaque année dans le territoire, dont 7 milliards d’euros pour le seuls touristes étrangers.

Mais l’investissement dans la culture (53 millions d’euros comme dans les mandatures précédentes) sert également, et essentiellement, à construire une société meilleure. Raison qui devrait présider à tout choix économique : l’Économie Sociale et Solidaire, la formation, la préoccupation écologique, la volonté d’investir dans des secteurs pas nécessairement rentables, mais essentiels au développement de chacun, ne peuvent être oubliés. 80% des richesses produites dans la Région sont consommées par ses habitants : en dehors même de la préoccupation sociale, l’appauvrissement actuel de certaines populations a un impact direct sur le recul de la consommation, donc sur l’emploi, et la fameuse croissance.

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2016

Le budget 2016 de la région PACA a été voté le 8 avril

Photo : CC Olivier Ezratty