Europresse, agrégateur de presse numérique disponible via le réseau de bibliothèques à Marseille. Que disent les médias ?

Presse à volonté chez soi ?

Europresse, agrégateur de presse numérique disponible via le réseau de bibliothèques à Marseille. Que disent les médias ? - Zibeline

Depuis 2007, le réseau des bibliothèques de Marseille utilise le service Europresse. Proposé par la société canadienne CEDROM-SNI, Europresse est un agrégateur de presse numérique qui permet de consulter des articles archivés, mais aussi ceux de l’édition du jour pour une grande partie des titres disponibles. À Marseille l’offre concerne quelque 4000 journaux, magazines, sites web ou blogs, potentiellement accessibles aux 60 000 inscrits du réseau.

Dans un premier temps, ce service était réservé aux usagers dans les murs des bibliothèques. Mais la numérisation et la mise à disposition des données est un des moyens qu’ont trouvé les bibliothèques marseillaises pour compenser leur faible taux d’ouverture au public. Ainsi, depuis plusieurs mois, l’accès à distance a été mis en place : se connecter au site Internet de l’Alcazar avec ses identifiants personnels suffit pour accéder à l’ensemble des ressources. Consulter chez soi la dernière édition du Monde, de L’Equipe, ou du Courrier International, sans débourser plus qu’une inscription à la bibliothèque, est désormais possible. Le service est encore méconnu et les utilisateurs sont peu nombreux, mais le taux est amené à augmenter : en 2013, 4,4 utilisateurs quotidiens, en moyenne, étaient connectés à distance, ils étaient 8,5 en 2014.

Opacité et garde-fous

L’offre entre dans le cadre d’une mission de service public et veut ouvrir les journaux à un nouveau lectorat. Mais il présente aussi un risque pour les organes de presse. Pourquoi acheter un journal qu’on peut consulter gratuitement ? Un certain nombre de garde-fous sont mis en place : afin d’éviter une érosion des ventes, un nombre maximal de connexions simultanées est autorisé, et le seuil de 10 fixé à Marseille n’est que très rarement atteint. C’est principalement ce nombre qui détermine le coût du service. Mais si le nombre d’utilisateurs est pour l’heure peu élevé, le volume de consultations est déjà conséquent : sur la période janvier-septembre 2014, près de 11 000 articles du Monde ont été lus ainsi.

Quelle rétribution le quotidien en a-t-il reçu ? Comment l’argent est-il redistribué aux entreprises de presse ? La plus grande opacité règne sur le sujet. CEDROM-SNI refuse de communiquer le moindre chiffre sur sa part de revenu et sur les rétributions aux journaux, qui ne sont guère plus bavards. Globalement, la société canadienne verse une redevance à un journal qui varie selon le trafic qu’il génère.

Ce revenu complémentaire compense-t-il les pertes éventuelles sur les ventes ? Une meilleure transparence serait bienvenue autour de cet outil qui, à terme, pourrait nuire à la presse, en pérennisant l’habitude déjà bien ancrée d’un service gratuit pour l’usager, et en concentrant le lectorat autour des titres disponibles : ainsi la Marseillaise ne fait pas partie de l’offre.

Les syndicats du livre ont fait un enjeu majeur de la mise à disposition des livres numériques hors les murs des bibliothèques. Les syndicats de la presse devraient jeter un œil avisé au service Europresse. Car inciter à la lecture de la presse dans les salons des bibliothèques relève du service public ; l’amener chez l’usager, à l’heure où tant de journaux ferment, est nettement plus risqué. Idéal pour le lecteur, du moins tant que la presse reste plurielle, il est difficile d’affirmer qu’il en soit de même pour les journaux. À moins que la redevance perçue éponge vraiment le manque à gagner ?

JAN-CYRIL SALEMI et AGNÈS FRESCHEL
Mars 2015

Photo : Consommateurs d’info du IIIe millénaire -cc- Grafffio