Politique culturelle à Avignon : entretien avec Paul Rondin, directeur délégué du Festival d'Avignon

« Pourquoi Avignon n’est-elle toujours pas la capitale du théâtre ? »

Politique culturelle à Avignon : entretien avec Paul Rondin, directeur délégué du Festival d'Avignon - Zibeline

Les élections municipales de mars 2020 peuvent-elles avoir des conséquences sur une institution comme le Festival d’Avignon ? Entretien avec son directeur délégué, Paul Rondin.

Zibeline : Quels sont les relations entre la ville et le Festival ?
Paul Rondin : Le Festival ne peut pas aller bien sans sa ville et la ville ne peut pas aller bien sans son Festival. La coordination et l’entente doivent être professionnellement parfaites. L’envie d’être au service de la culture étant commune, on n’a pas eu de grands chemins à parcourir pour se retrouver, même s’il y a parfois eu des ajustements à faire. Le Festival est le cœur de l’attractivité de cette ville et la manifestation qui régénère chaque année sa visibilité nationale et internationale.

Les élections municipales sont-elles un enjeu pour le festival ?
Toujours car le festival n’est pas intouchable ni éternel. Les Chorégies d’Orange ont été au bord d’une extinction. On pourrait faire du Festival un Puy du Fou à la place d’un lieu de débat d’idées, de cosmopolitisme. Je ne pense pas que tout le monde aie le même avis sur la question. Et la petite rengaine qui dit que le Festival est trop riche et qu’il capterait des moyens aux dépens des autres structures locales est démagogique et insupportable. C’est un discours d’une absurdité totale mais il ne vient pas de la municipalité. Le Festival est un redistributeur de l’argent qu’on lui confie.

Faut-il selon vous repenser le fonctionnement du Festival ?
Il faut que la culture soit dans l’espace public et que tous les publics puissent accéder à la culture y compris le non-public, mais ça ne veut pas dire pour autant que tout le monde peut diriger le Festival. Personnellement, je ne peux pas m’occuper d’une centrale nucléaire comme tout le monde ne peut pas diriger le Festival d’Avignon. La réputation d’un Festival dans le monde est cent fois plus importante qu’une Comédie française.

Que pensez-vous des politiques culturelles menées dans cette ville ?
Je ne comprends pas pourquoi cette ville n’est toujours pas la capitale du théâtre. C’est-à-dire pourquoi on n’a pas fait de cette ville un lieu de fabrication à plein temps du spectacle vivant. Je ne parle pas d’ouvrir des salles 24 heures sur 24 mais d’une véritable économie du spectacle vivant. Il y a tout pour. Pourquoi aucune municipalité n’a réussi à capitaliser là-dessus ? C’est une erreur stratégique, alors que l’ambition est à portée de main.

Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS
Février 2020

Photo : Paul Rondin, Festival d’Avignon © Christophe Raynaud de Lage

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