Les ateliers de Venelles du Festival d'art lyrique d'Aix ouvrent virtuellement

Portes ouvertes aux ateliers de VenellesVu par Zibeline

Les ateliers de Venelles du Festival d'art lyrique d'Aix ouvrent virtuellement - Zibeline

Le Festival d’Art lyrique d’Aix poursuit son travail dans l’ombre et ne perd pas contact avec ses publics en maintenant vaille que vaille les activités de son service Passerelles.

Frédérique Moullet, responsable pédagogique de Passerelles fait la liaison entre les services éducatifs (Frédérique Tessier) et artistiques (Marie-Laure Stéphan). La quatrième édition des « portes ouvertes aux ateliers de Venelles » se déroule tout au long de la journée du 15 avril, grâce à un lien Zoom.

Zibeline : Quelle est la place de Passerelles au sein du Festival International d’Art lyrique d’Aix ?

Frédérique Moullet : Il s’agit d’amener à une découverte de l’opéra par une approche dans le sensible, à travers la pratique artistique. Pour cela nous sommes en lien avec une trentaine d’intervenants du territoire local, des artistes qui sont aussi pédagogues et qui ont envie de partager une lecture de l’opéra souvent contemporaine, souvent sur les sujets qui nous touchent encore beaucoup. Cela fait partie de mes fonctions de rencontrer ces intervenants, de créer des contenus et ces interventions autour de l’opéra. Ce travail s’adresse ensuite aux services éducatifs et aux structures du tissu associatif, socio-culturelles, médico-social, sanitaire, judiciaire… On fait des propositions globales de découverte de l’opéra. On part du principe que le plus pertinent c’est d’expérimenter à travers une pratique sensible pour aller vers un opéra. L’opéra étant très complet, il y a la musique bien sûr, mais aussi la mise en scène : on peut passer par les décors, et des rencontres avec ceux qui les construisent, par l’histoire, par le débat autour des thématiques qui sont soulevées. Aussi, on crée des parcours-opéra qui sont réalisés en lien très étroit avec le partenaire qui a inscrit son groupe à ces projets découverte afin de leur proposer cette expérience échelonnée en plusieurs rendez-vous : des rencontres qui se déroulent normalement sur les lieux du festival, dans nos ateliers de Venelles ou sur les plateaux du Grand Théâtre de Provence, du théâtre de l’Archevêché… pour vraiment créer la rencontre avec le personnel du festival, les artistes… Nous nous déplaçons à la rencontre des publics sur leur territoire, dans leurs structures, parce qu’on le sait très bien, il n’est parfois pas évident de se déplacer. C’est important d’inviter chez nous mais c’est aussi important d’aller vers. Tout un panel d’actions est mis en œuvre, via les ateliers de pratique artistique (pratique plastique, chorégraphique, musicale) et de présentations d’opéras.

Mais la crise sanitaire est passée par là…

Oui, forcément, comme beaucoup, il a fallu réadapter certaines de nos propositions. Traditionnellement, en toute première phase de ces parcours, pour concevoir ensemble ces propositions, on rassemble tous les partenaires de l’Éducation nationale et du service socio-artistique en deux journées de formation. On accueille une centaine de personnes aux ateliers de Venelles et on leur propose de découvrir tous ceux qui peuvent être proposés à leurs bénéficiaires, de telle sorte que chacun expérimente, choisisse, ce qui sera le mieux adapté à son public. Toutes ces propositions sont gratuites, c’est quelque chose que nous prenons en charge. Cette année, réunir deux fois cent personnes dans un lieu qui est fermé au public n’a pas été possible, donc on a imaginé une plate-forme vidéo, on a réalisé une semaine de tournage au théâtre de l’Archevêché où on a fait de petites capsules, pour les envoyer à nos partenaires. On a essayé de créer une mallette pédagogique autour de cette journée de formation afin que chacun puisse la présenter à ses publics. On y trouve des présentations d’opéras, des aperçus de certains ateliers aussi. Malgré tout, c’est très différent de regarder un tuto vidéo et de faire en direct avec l’artiste, rien ne remplacera le « présentiel ».

Comment tout cela se décline ?

À l’heure actuelle on a quand même pu reprendre les ateliers et les interventions de sensibilisation dans les structures et les écoles. Tout ce qui est possible en présentiel est fait !

On propose, on adapte aux normes sanitaires adoptées par les structures.

Une partie de nos rencontres-découverte passent par les métiers techniques. Pour nombre de structures qui travaillent dans l’insertion sociale et professionnelle (notamment l’enseignement professionnel) la rencontre autour des métiers est une excellente porte d’entrée vers l’opéra. On se rend compte que l’opéra c’est aussi de la menuiserie, de la coiffure, des métiers que l’on côtoie au quotidien et qui ont une application dans le secteur culturel.

L’année dernière quatre-cents personnes ont foulé le sol des ateliers de Venelles sur deux jours.

Aussi il a fallu s’interroger sur la manière de préserver ces propositions. Avec la crise actuelle il est impossible d’accueillir du public dans les ateliers, ils fonctionnent avec des règles très strictes. On a donc imaginé une vidéo prise en directe des ateliers, avec une caméra à l’épaule où nous irons à la rencontre de cinq métiers et on est en train d’écrire tout un fil d’interviews à leur propos. Cela permet de découvrir quelques aspects des productions sur lesquelles on travaille et de prendre conscience de ce que sont ces métiers techniques. Dans un format d’une heure, on rencontrera une maquilleuse coiffeuse perruquière, une costumière, on parlera des accessoires, de décoration.

Pour un public très large ?

Comme tout se passe par vidéo, on pourra s’adresser à l’ensemble des publics du réseau Passerelles à qui ce travail est proposé en exclusivité, puisqu’on révèle quand même des petites choses sur les productions du festival ; cela fait partie d’un partenariat privilégié avec les enseignants, les structures médico-sociales etc.

Les bénéficiaires de ces projections pourront poser des questions ?

Oui, il y aura au fur et à mesure des questions sur le chat zoom, on essaiera de répondre directement à certaines questions dans la zone de chat, et à la fin de la session tous les intervenants se retrouveront dans un même point et on leur posera quelques questions.

Comme on peut difficilement anticiper le nombre de questions et de participants, on a choisi de garder les questions pour la fin.

On fait nos premiers pas mais on commence à bien maîtriser l’outil zoom !

Cela donne quatre rencontres pour cinq métiers. Nous avons déterminé des métiers-phares de nos portes ouvertes habituelles. Traditionnellement, on avait quinze points de rencontre et quinze corps de métier. Chaque groupe rencontrait entre quatre et cinq groupes de professionnels. On a gardé ce principe de quatre rencontres, qui sont du coup très visuelles parce qu’on a la contrainte aussi de la caméra. Les participants seront soit à la maison soit dans leurs structures en groupe pour certains (foyers et structures sanitaires). Forcément, le coup d’arrêt qui a été donné la semaine dernière nous a un peu embêtés pour tout ce qui relevait de l’Éducation nationale, mais on n’avait pas d’autre possibilité de report de dates. Ça tombe pendant les vacances mais on espère que les élèves et les étudiants qui sont en révisions ou confinés en famille nous rejoindront du coup depuis leurs salons.

Beaucoup d’écoles participent encore cette année ou le covid a mis un frein à tout cela ?

On a cette année, comme l’année précédente, une centaine de partenaires issus de l’Éducation nationale, de la maternelle à l’université, et une centaine de structures associatives, sociales, sanitaires judicaires etc. On avait quand même bon espoir de reprendre nos activités « normales ». De fait, on essaie d’adapter nos propositions : tout ce qui peut être maintenu est prioritaire et on privilégie absolument le lien social et humain en présence, via nos ateliers. On a imaginé un format distancié pour certains groupes. On travaille notamment en plusieurs rendez-vous zoom avec un intervenant qui est musicien et compositeur, Guillaume Rosa, qui accompagnera un groupe de l’APHM de manière à leur faire réaliser un tout petit bout d’opéra -écrire un petit livret, le mettre en musique-, une manière vivante de toucher du doigt comment on fait un opéra, même par ce travail à distance !

Pour certains personnes qui sont isolées et n’ont pas la possibilité de rejoindre la structure associative qui permettait vraiment de créer du lien, on a imaginé de faire des petits DVD où ils retrouveront les intervenants. On a bien conscience que la mallette numérique qu’on a réalisée en décembre n’est pas forcément accessible à tout le monde, car on n’a pas forcément Internet à la maison. On en a donc choisi quelques extraits avec des intervenant que les gens ont l’habitude de rencontrer tous les ans et on leur envoie un DVD en initiant une correspondance autour de deux œuvres de la programmation.

D’autre part on a dû annuler la tournée de nos spectacles pédagogiques qui devaient proposer une dizaine de représentations sur le territoire entre le 19 et le 23 avril. On espère les reporter fin juin. Il s’agit de Vibrations qui a fait l’ouverture du festival Momaix en octobre 2020.

La rencontre physique et la rencontre avec l’artiste sont essentielles et on espère bien renouer avec cela assez vite.

On espère que, à l’instar des années précédentes, les publics qui ont travaillé sur les productions seront encore accueillis aux générales de nos opéras et que sera toujours possible une découverte générale de l’opéra offerte à des publics lointains grâce au spectacle pédagogique donné à proximité de leur lieu de vie dans les structures proches.

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2021

Photographie © Clément Vial- Journées Portes Ouvertes – Festival d’Aix