Philo Kakou n°15-16

Philo Kakou 15-16

Philo Kakou n°15-16 - Zibeline

«Cacou » ; en provençal, celui qui se la pète, qui fait le fanfaron. En grec Kakou est le génitif de kakos, mauvais, laid. Donc Philo Kakou, la philosophie du mauvais !

En passant par Aristote on a décidé de s’attaquer à un beau morceau : le finalisme. On le rappelle : la cause finale est une des quatre causes qui, pour Aristote, explique les choses ; j’explique cette statue garce au marbre, grâce au ciseau du sculpteur et aussi grâce à l’intention de ce dernier.

En bref on a toujours coutume d’expliquer les choses en fonction du « pourquoi », premier questionnement infini de l’enfant : pourquoi il y a un monde, pourquoi il y a des arbres. On veut du sens, on veut une intention comme Aristote. La rationalité des Grecs était d’expliquer : ils ont perfectionné les mathématiques, la géométrie. À l’inverse des Égyptiens dont l’immense production reposait sur l’empirique, et qui n’avaient pas de base théorique et géométrique pour la construction de leurs pyramides.

Dans l’élan de cette rationalité, les Grecs inventent la téléologie : expliquer les choses par leur fin (telos), par le « pourquoi ».

Platon, dans un célèbre dialogue, le Timée, pose un démiurge, des dieux, pour expliquer le monde. C’est ce qu’on appelle une téléologie extrinsèque, qui vient de l’extérieur. Aristote sera plus fin ; il développera une téléologie intrinsèque. Cette chose est telle qu’elle est parce qu’elle a évolué pour son bien propre ; il est dans sa nature de chercher ce qui est le mieux pour elle.

Tout ça pour dire qu’on ne sortira jamais du finalisme, ou de la téléologie si vous voulez faire plus savant ; combien sommes-nous encore à penser que la girafe a un long cou pour attraper les feuilles des arbres ? Et en biologie il est difficile d’admettre aussi que les bras ne sont pas faits pour attraper. Juste que les bras et les longs cous sont là, avant leur finalité !

Alors pour terminer je vous laisse jusqu’à la semaine prochaine avec cette belle citation de Jacques Monod, de cet ouvrage fétiche pour tous les jeunes étudiants de philosophie : « Longtemps le biologiste s’est trouvé devant la téléologie comme auprès d’une femme dont il ne peut se passer, mais en compagnie de qui il ne veut plus être vu en public » (La logique du vivant)

Régis Vlachos
Décembre 2018