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Le point sur les perturbateurs endocriniens avec Vanessa Delfosse, spécialiste de l’« effet cocktail »

Perturber les endocrines

Le point sur les perturbateurs endocriniens avec Vanessa Delfosse, spécialiste de l’« effet cocktail » - Zibeline

« J’aurais aimé que mon discours ne soit pas si catastrophiste. Visiblement j’ai échoué » conclut avec candeur Vanessa Delfosse, spécialiste de l’« effet cocktail » des perturbateurs endocriniens*. Ces substances chimiques omniprésentes depuis les années 1950, capables de mimer l’action des hormones naturelles, et de perturber gravement le développement des humains (entre autres êtres vivants).

La chercheuse est intervenue le 5 avril sur le Campus Joseph Aiguier à Marseille, dans le cadre des Jeudis du CNRS, cycle de conférences scientifiques ouvertes à tous. Pour livrer un exposé un peu difficile à suivre pour les non-spécialistes de biologie, dans ses aspects les plus techniques, mais très clair sur le fond. Au quotidien, l’homme moderne s’est entouré de plus de 150 000 composés chimiques, dont beaucoup ont un effet néfaste sur sa santé. Environ 500 d’entre eux sont identifiés à ce jour, parmi lesquels certains sont désormais interdits… mais d’autres non, puisque les lobbys de la chimie, des pesticides et du plastique pèsent de tout leur poids auprès des instances européennes pour freiner la réglementation, afin que l’on continue à consommer massivement leurs produits empoisonnés (lire à ce sujet notre article La santé en mains sales).

Triclosan, phtalates, dérivés halogénés… Ils sont présents dans nos peintures, solvants, Tupperware, composants électroniques, produits d’entretiens, cosmétiques… entraînent malformations, cancers, obésités, baisse considérable de la fertilité… Vanessa Delfosse estime que les troubles autistiques, en constante augmentation, pourraient être corrélés à l’exposition aux perturbateurs endocriniens, et que les répercussions d’ensemble de cette exposition, toutes pathologies confondues, coûtent 150 milliards par an dans l’Union Européenne. Leur dangerosité est d’autant plus forte qu’ils peuvent être actifs à faible dose, conjuguent leurs effets voire les surenchérissent, s’accumulent dans l’organisme.

Alors que faire ? Pour la chercheuse, il faut garder en tête le concept de fenêtre d’exposition (l’organisme est plus vulnérable aux toxiques in utero et dans l’enfance), et prendre en compte le principe de précaution. Changer d’habitudes au quotidien, éviter les contenants alimentaires en plastique, surtout chauffés, manger bio. « Bien-sûr, on ne peut rien contre l’exposition passive, face à l’épandage de pesticides dans les champs, par exemple ». Rien ? Si, pister les industriels, peser sur les politiques. Elle-même observe que depuis dix ans qu’elle travaille sur ce sujet l’inquiétude monte et « les gens militent de plus en plus ». Une personne dans l’assistance relève que les perturbateurs endocriniens sont une bombe à retardement, car leurs effets sont transmis d’une génération à l’autre. Vanessa Delporte opine, puis soupire : « Il faudrait en étudier l’impact sur 100 ans. L’exposition a commencé après guerre, on ne pourra vraiment estimer les conséquences que d’ici 20 ou 30 ans ».

GAËLLE CLOAREC
Avril 2018

* Elle a reçu pour ses travaux le prix « Grandes avancées françaises en biologie » de l’Académie des sciences en 2016.

À lire :
Intoxication
Perturbateurs endocriniens, lobbyistes et eurocrates : une bataille d’influence contre la santé
Stéphane Horel
La Découverte, 19 €