Sécurité oblige, le Théâtre du Gymnase à Marseille, ferme partiellement

Pas de monde au balconVu par Zibeline

Sécurité oblige, le Théâtre du Gymnase à Marseille, ferme partiellement  - Zibeline

Le Théâtre du Gymnase à Marseille ferme partiellement pour cause de sécurité, et doit entamer de lourds travaux qui vont entraîner une délocalisation des deux prochaines saisons

Sur la Canebière, à deux pas de rues traumatisées par les effondrements, les expulsions et les arrêtés de péril, l’annonce de la fermeture d’un bâtiment pour raisons de sécurité a de quoi inquiéter : à ce jour les rues voisines, celle d’Aubagne, de la Palud et Jean Roque, restent fermées. Depuis le 5 novembre 2018 rien n’a été reconstruit, les habitants ne sont pas tous relogés, et les expulsions continuent… Tandis que les rénovations de façades et les piétonnisations / bétonisations tentent de sauver la face et de clamer que « Marseille change », la situation du bâti marseillais s’aggrave.

Pourquoi ? La Chambre régionale des comptes l’a noté très clairement, la Ville de Marseille n’entretient pas suffisamment ses bâtiments, et les bâtiments culturels n’échappent pas à la règle : L’Alcazar, grande bibliothèque municipale à vocation régionale, est entourée de barrières de sécurité parce que des éléments de sa façade se détachent ; la Criée, Centre dramatique national qui a fermé trois fois pour trois désamiantages successifs -deux des membres du personnel sont morts du cancer de l’amiante- n’en finit pas de voir se succéder des travaux partiels. Aujourd’hui, ce sont des éléments de sa corniche qui nécessitent échafaudages et travaux en urgence…

Dans un écrin fragile
Jusqu’alors le Théâtre du Gymnase, entièrement refait en 1983 avec des subsides de la Ville, de l’État et des collectivités territoriales, semblait échapper à la loi marseillaise de l’effondrement : le projet de Dominique Bluzet semblait recueillir l’attention sinon de la Ville, du moins du Département : il s’agissait pour le directeur du Gymnase et des Bernardines de redonner un élan culturel à la Canebière et à ses rues adjacentes, où se côtoient la plus grande pauvreté, le marché de Noailles et son trafic de cigarettes, et des équipements culturels majeurs : Conservatoire, Théâtre de l’Odéon, Alcazar, Gymnase et Bernardines, sans compter le Lycée Thiers et ses classes prépas, et la grande Librairie Maupetit.

Las, le Théâtre du Gymnase, s’il ne s’effondre pas vraiment, présente de graves défaut de sécurité. Le Second Balcon et les Loges ont révélé des fissures : elles reposent sur des poutres et un système d’attaches jugés « insuffisants » et « insuffisamment entretenus », et viennent d’être interdits par la commission de sécurité. Sont donc condamnés trois étages, soit plus de la moitié des 680 places du théâtre. 

Encore un théâtre en moins ?
Dominique Bluzet se veut rassurant. Pour son public, pour ses salariés (près de 100 pour le seul Gymnase), pour les artistes programmés en fin de saison et les saisons prochaines. Il se réjouit de la solidarité immédiate de la Criée, de La Friche, de L’Odéon et de L’Opéra qui ont d’emblée répondu présents pour sauver et accueillir chez eux ce qui peut l’être. Soulignant que le parterre ne représente aucun danger et que les spectacles peuvent avoir lieu avec une jauge réduite, le directeur sait pourtant qu’il devra rembourser des places, payer des dédits aux compagnies programmées, et s’attendre à de longs travaux entraînant une longue fermeture…

Reste à espérer qu’ils seront menés efficacement et que les Marseillais ne se verront pas privés d’une salle de théâtre de plus : les lieux qui programment du spectacle vivant à Marseille se font rares, après les changements de destination successifs du Théâtre du Gyptis et du Théâtre de Lenche, alors que les théâtres de la Friche n’ont qu’une programmation sporadique, et que L’Odéon, pourtant municipal, ne programme que du théâtre privé vu à la télé… 

Les Marseillais, la Canebière et le Gymnase méritent mieux que cet abandon !

DOMINIQUE MARÇON
Mars 2020

Photo : © Caroline Doutre