Des podscasts qui questionnent les normes, produits par la Pride Marseille

Paroles non conformes

Des podscasts qui questionnent les normes, produits par la Pride Marseille - Zibeline

Masculinité, corps, fantasmes, intersectionnalité, chemsex sont les thématiques d’une série de cinq podcasts initiée par la Pride Marseille.

Dans la continuité du mot d’ordre de la Pride Marseille 2021, « Toujours trop », l’association a souhaité « ouvrir un nouvel espace de militantisme dans lequel on creuse un peu plus loin nos revendications pour essayer de comprendre les sources des discriminations et des stéréotypes », explique Philippe Amidieu, son co-président. Et le projet d’aboutir à la réalisation de Non conformes, une série de cinq podcasts « qui questionne les normes et les injonctions sociales ». Chaque épisode est construit selon un même déroulé : un témoignage introductif suivi d’un échange entre deux universitaires ou professionnels référents, animé par la comédienne Marine Baousson. Des discussions souvent passionnantes sur les thèmes de la masculinité, des corps, de la sexualité (fantasmes et chemsex) ou de l’intersectionnalité. Pour éclairer autant que déconstruire, dix spécialistes ont répondu à l’appel de l’équipe marseillaise : la philosophe Olivia Gazalé, la psychologue Brigitte Laloupe, l’enseignante-chercheuse en sciences politiques Camille Froidevaux-Metterie, les sociologues Emmanuel Beaubatie et Sarah Mazouz, la sexologue Axelle Romby, les anthropologues Laurent Gaissad et Ary Gordien, le médecin généraliste Thibaut Jedrzejewski, le psychanalyste David Friboulet. « À travers ces podscasts, notre volonté était de nous adresser à toute la société, au-delà de la communauté, pour réfléchir et avancer ensemble sur des sujets sensibles », insiste Philippe Amidieu.

Si la partie témoignage donne quasi-exclusivement la parole à des hommes homosexuels, les récits décrivent des vécus auxquels peuvent s’identifier une grande diversité de personnes LGBT+. « Pendant des années, je négocie avec moi-même. Je sens qu’il y a un truc bizarre. J’essaie d’étouffer un peu ça, de me rassurer. Et puis, il y a ce jour, à la salle de sport… » Marié depuis six mois avec une femme qu’il aime sincèrement, Philippe finit par partir, réalisant qu’il n’avait jusqu’alors pas assumé son homosexualité par manque de « modèles » dans lesquels il aurait pu s’identifier plus tôt. « Mon corps ne rentre pas dans les cases et ça dérange les gens, les corps non normatifs. Si je me fais agresser, c’est d’abord de la misogynie. Puis quand ils comprennent, ça bascule dans l’homophobie. En transitionnant, tu te rends compte que le genre est l’échafaudage sur lequel tient la société », témoigne Joséphine, femme transgenre bisexuelle de 28 ans.

« Il y avait ce côté un peu effrayant et excitant à la fois. Ce qui attirait aussi c’est l’interdit. Tu deviens acteur de tous tes fantasmes et ça libère de pas mal de trucs. Ce genre de soirée peut durer des heures voire des jours. Comme ça se passe chez Monsieur tout-le-monde, on s’y sent bien. Vu que ces drogues te donnent un appétit sexuel et une énergie énormes, tu as toujours envie de plus. La fatigue du corps se met à jouer sur le mental. Ça peut vraiment arriver à tout le monde », raconte Maxime, consommateur de chemsex. « Je deviens français alors que je suis un bébé de six mois, mais j’ai compris bien plus tard que je ne l’étais peut-être pas vraiment, du moins aux yeux des autres. Je pense que plusieurs de mes ex étaient surtout attirés par ma culture ou plutôt par ce que je renvoyais. Je me souviens d’un mec qui me demande si je cuisine bien, si je sais faire des nems. On me rappelle constamment que je ne suis pas blanc », témoigne Lilian, gay adopté, d’origine coréenne. Des mots justes, poignants et sans tabou.

LUDOVIC TOMAS
Octobre 2021

À écouter sur pride-marseille.com/podcasts

Photo : Pride Marseille 2021 © Chris Boyer