Papicha censuré en Algérie

Papicha s’assoit sur la censure

Papicha est sorti en salle le 9 octobre en France, mais a été censuré en Algérie. L’avant-première prévue le 21 septembre a été annulée à la dernière minute sans explication. Le fait est d’autant plus insensé qu’une grande partie du financement est venue du ministère de la Culture algérienne.

À défaut de projection, le film risquait de ne pas concourir aux Oscars. Mais malgré la volonté de sabotage des autorités algériennes, le film participera bel et bien à la compétition internationale.

Même si les raisons d’une telle censure n’ont pas été avancées, le contexte politique et social actuel donne quelques clés de compréhension : une participation aux Oscars pourrait jeter un coup de projecteur sur la révolution pacifique en Algérie, la cause du peuple en quête de sa souveraineté risquerait d’être internationalisée.

Déjà lors du Festival de Cannes, la réalisatrice Mounia Meddour et les actrices du film, ont brandi le slogan des manifestations sur le tapis rouge. Avec un film dont les principaux thèmes sont la lutte et la résistance, le film a été perçu comme un danger potentiel. Il est regrettable que l’œuvre ne touche pas son public tout de suite. C’est un film fait en Algérie par des Algériens pour les Algériens, et ils seront les derniers à le voir.

Le cas Papicha est symptomatique d’un régime autoritaire sur le déclin. La censure du film pourrait être un non-événement de plus dans le paysage médiatique.

Quand les algériens sortent par millions dans toutes les villes du pays, la chaîne officielle programme un orchestre symphonique andalou. Lorsque les revendications des étudiants appellent à la démission de Gaïd Salah, actuellement chef de l’état-major, les chaînes publiques parlent d’un soutien populaire en faveur de l’homme de 80 ans. La voix du peuple n’arrive pas jusqu’à la télévision, comment pourrait-elle arriver jusqu’aux urnes prévues le 12 décembre ?

DJAMILA AÏNENNAS
Novembre 2019