Redécouvrir la Villa Valmer... avant qu'il ne soit trop tard

Panorama 5 étoiles

Redécouvrir la Villa Valmer... avant qu'il ne soit trop tard - Zibeline

Elle niche sur un promontoire dominant la rade de Marseille. Indiquée depuis la Corniche, rares sont pourtant ceux qui franchissent son petit portail en fer… Le panorama offert par la Villa Valmer en son zénith vaut pourtant le détour. À découvrir avant sa privatisation en hôtel de luxe.

« Accaparé par la pêche, l’armée et la marine impériale, pollué déjà par les déchets de savonneries ou d’abattoirs, le rivage, au début du XIXe siècle, n’avait rien de très engageant », notait le Professeur Pierre Echinard en 1992 dans son étude Le temps du loisir. Pour attirer l’élite, férue alors de la mode balbutiante des bains de mer, Marseille dompte son littoral et tourne son regard vers le sud. La percée de la Corniche démarre à l’été 1848, et ce seront désormais 5 kms de promenade dominant les flots qui s’offriront aux visiteurs. Après le premier tronçon, du Prado à la Fausse Monnaie, démarrent en 1861 les travaux poursuivant le cheminement jusqu’aux Catalans. Les viaducs du Pont de la Fausse Monnaie sont achevés en 1863. 

Époque fastueuse
L’anse des Catalans, la rade de Malmousque, deviennent alors des lieux prisés de villégiature à vertu thérapeutique. C’est l’époque des fastueuses demeures qui vont ponctuer un littoral marseillais désormais convoité, et l’on grignote avec ardeur les collines – Bompard, Endoume, Roucas… – pour y dénicher les points de vue les plus remarquables : Château Berger, Château Talabot, Palais du Pharo… Charles Gounelle, négociant salonais en oléagineux, leur emboîte le pas avec la Villa Valmer, édifiée sur les anciens terrains de chasse du comte de Villechaise. À la même époque, ailleurs dans la ville s’édifient les châteaux de Valmante, de la Buzine ou encore de Montredon. 

Rocaille fleurie
La Villa Valmer est donc l’un des fleurons de ce patrimoine marseillais, témoignant des fastes d’une époque lointaine, où l’important était de paraître. De son intérieur, hélas interdit à la visite, on ne retiendra que des descriptions qui titillent l’imagination : salons et boiseries, fresques et toiles peintes évoquant les comptoirs étrangers de l’époque… Dans son parc, subsistent les vestiges d’un art raffiné du jardin, de rocaille fleurie en expérimentations botaniques. Autant de souvenirs à raviver de nos jours, le temps d’une promenade. En pénétrant par le petit portail de fer qui trône le long de la Corniche, on laisse le square de jeux pour enfants sur sa droite, pour s’engager sur la grande allée serpentant entre chênes liège et palmiers, abandonnant peu à peu le tumulte incessant des voitures. Le long des bordures, espèces indigènes, exotiques et vivaces panachées s’exposent dans des bacs sculptés à même la roche ou le ciment : oliviers, pins d’Alep, arbousiers, pistachiers, dimorphotecas, lavande, lantanas… 

Panorama confisqué
En son point culminant, le parc de 1,6 hectare délivre son époustouflant panorama, l’un des plus beaux points de vue offerts sur la rade scintillante de Marseille. En premier plan, les avancées rocheuses de la Fausse Monnaie, l’ilot Gaby et l’anse de Malmousque qui s’esquisse. En toile de fond se découpent l’archipel du Frioul et la silhouette du phare du Planier. À l’extrême gauche, le regard s’abîme dans la Baie des singes et devine le début des calanques. Las… ce panorama sera bientôt confisqué aux Marseillais. Malgré la mobilisation locale – notamment une pétition ayant recueilli plus de 18 000 signatures -, la Ville a délivré en août dernier un bail à construction, autorisant un promoteur à réhabiliter la Villa en hôtel cinq étoiles*. Si le calendrier des opérations reste flou à ce jour, l’édifice sera à terme grillagé, et sa terrasse privatisée. Une partie du parc restera ouvert à la promenade, mais ce sont les derniers moments pour profiter de la Corniche en son zénith !

Les dédales du Roucas
La balade peut s’achever par le haut du parc : le petit portail métallique vous mènera dans les ruelles de Bompard, puis vous déversera dans celles tortueuses du Roucas Blanc (bon coup de jarret requis, les pentes sont raides), pour atterrir par exemple au Vallon de l’Oriol. Si l’on choisit de repartir par l’entrée principale, on en profitera pour jeter un coup d’œil sur le Marégraphe (ouvert  au public pendant les Journées du patrimoine). Fixant le point zéro géodésique de France continentale, il est le témoignage des avancées scientifiques tout aussi contemporaines de ce XIXe florissant, qui vit s’épanouir conjointement la station marine et l’aquarium d’Endoume.

* lire à ce sujet l’article de La Marseillaise du 1/9/19

JULIE BORDENAVE
Janvier 2020

 

© J.B

Vague à la mer 

Construite en 1865 par Henry Condamin dans la tendance néo-Renaissance, en vogue durant le Second Empire, la Villa Valmer tient son nom de la contraction de son nom originel : la Vague à la mer. Résidence d’été du négociant Gounelle, la Villa est habitée par sa fille jusqu’en 1906. En 1942, l’édifice est réquisitionné par la marine de guerre, qui en fait le siège de la Marine marchande, avant d’être occupé par l’armée allemande jusqu’en 1944. L’École de la marine marchande réinvestit les lieux jusqu’en 1968. Dans les années 70, la Ville de Marseille y installe ses services d’urbanisme. Depuis 2002, la Villa Valmer abrite des bureaux de coopération méditerranéenne, sous la direction de la Banque mondiale.

Y aller 

271, Corniche Kennedy, 13007 Marseille
Bus 83, arrêt Parc Valmer

1er octobre au 31 mars : de 8h à 18h30
1er avril au 30 septembre : de 8h à 20h

Photo : © Julie Bordenave